CHAPITRE VI
cipaux Maures qui avaient embrassé chaudement le parti des Français.
Avant de finir ce chapitre consacré à la peinture du pays, il m’est impossible de ne pas parler des esclaves chrétiens qui, à la honte des états civilisés, ont gémi dans les fers de ces barbares pendant plusieurs siècles. Ces malheureux, enlevés par la violence à leur pays et à leurs familles, étaient ravalés à l’égal de la bête, et ils terminaient promptement dans l’opprobre et linfamie une vie que n’avait pas su protéger cette civilisation européenne si fière de sa supériorité, et si indifférente aux maux de l’humanité. Ils mouraient abandonnés, et leurs dernières pensées étaient un regret pour leur patrie et un reproche pour leur gouvernement.
A leur entrée dans le ba^ne, ils étaient dépouillés de leurs habits, et revêtus d une espèce de sarrau en toile. La tête, les jambes et les bras restaient nus. Beaucoup laissaient croître leur barbe en signe de désolation. La plupart étaient occupés à faire des cordes ou des voiles pour la marine } d’autres,
achetés par de riches Maures, étaient employés aux fonctions les plus viles de la domesticité; d’autres encore, comme des bêtes de somme, traînaient la pierre et le bois destinés aux constructions publiques. Ils étaient enchaînés, et n avaient pour toute nourriture que deux petits pains noirs.
Sans la charité d’un riche Maure qui a fait un legs en leur faveur, on les aurait laissés mourir de faim le vendredi , parceque ce jour ils étaient exemptés de travail. La nuit ils reposaient dans des corridors , exposés à toute l’inclémence des saisons, ou bien ils couchaient en plein air, et ceux que l’on faisait travailler aux champs n’avaient d’autre refuge que des cavernes. Dès le point du jour, on les envoyait à l’ouvrage, et les gardiens, armés de fouets, arrachaient souvent à leurs victimes le peu d’argent qu elles pouvaient posséder, pour leur faire acheter un adoucissement de rigueur dans l’exercice de leurs devoirs; de cette sorte les captifs ne tardaient pas à épuiser sous la sévérité de ces gardiens, une vie de douleurs et d’opprobre.
Attachés au même joug avec les bêtes em-