CHAPITRE I
mes qui recherchent toujours les émotions, se faisaient sur-tout remarquer par l’intérêt qu elles semblaient prendre à cette grande scène militaire. Plusieurs d’entre elles accompagnaient dans des embarcations ceux quelles regrettaient; d’autres plus discrètes se contentaient de faire des vœux pour eux, et suivaient des yeux aussi long - temps qu’elles le pouvaient, la voile qui leur enlevait l’objet aimé; leur attendrissement, la joie bruyante des hommes de l’expédition, les adieux de ceux qui, moins heureux, ne pouvaient en faire partie, les scènes variées des matelots et de leurs familles, tout contribuait à animer ce spectacle et à le rendre digne du grand évènement dont il était le prélude.
Le mistral 1 qui avait commencé à souffler dans la matinée devint tellement fort, qu’il rendit l’opération dangereuse , et on la suspendit plusieurs fois dans la journée. Deux brigades seulement de la première division
1 V ent d’ouest ou de nord-ouest, violent et glacial , qui souffle communément au printemps et en automne sur les côtes de Provence et de Languedoc.
i4 CAMPAGNE D’AFRIQUE,
furent embarquées ; la troisième commandée par le général Clouet bivouaqua sur les glacis de la place. Le 12, la mer étant encore très forte, cette troisième brigade seulement fut embarquée non sans quelques difficultés. Le i3, la pluie commença à tomber; elle dura trois jours ; nos soldats arrivaient de leurs cantonnements dans un état pitoyable, leurs vêtements étaient trempés; mais rien ne pouvait tarir leur gaieté, et les lazzis sur la vie du bord circulaient dans les rangs. A leur arrivée sur les bâtiments qui leur étaient destinés pour faire la traversée, les matelots s’emparaient de leurs habits pour les faire sécher, et leur en donnaient des leurs en échange; la meilleure harmonie régnait entre eux. Si les chefs avaient suivi le noble exemple qui leur était donné par leurs subordonnés , le succès de la campagne n’en eût été que plus prompt et plus décisif, mais le défaut d’accord et l’amour-propre irrité seront toujours les deux plus grands ennemis que les armées françaises auront à combattre.
L’embarquement de tout le matériel de