‹ Campagne d'Italie de 1859Chapitre 13 sur 13 · V. M. Soniier n'indique que deux cas de pour · texte numérisé non relu

V. M. Soniier n'indique que deux cas de pour

riture d'hôpital ; le premier, revêtant la forme ulcéreuse, ayant rongé une cicatrice (d'amputation du bras?) entière et tous les muscles pectoraux: le second, a forme pulpeuse avec fausses membranes, suppuration sanieuse, mais sans destruction des tissus. Les sujets étaient pâles, anémiques, affectés d'embarras gaslro-intestinal, aspect muqueux de la langue, anorexie, etc. Le fer rouge, les injections iodées, au dehors ; a l'intérieur, le quinquina, le fer réduit par l'hydrogène, ont contribué, avec les pansements méthodiques et répétés, k sauver un des deux malades.

YL « L'infection purulente, expose M. Sonrier, est la plus commune, je dirais volontiers, en me plaçant a un point de vue plus élevé, Vunique complication des plaies, dans les grandes agglomérations de blessés. Si Ton considère, en effet, que les phénomènes intercurrents dont nous venons de parler s'attaquent exclusivement à des sujets amputés, imprégnés de leurs propres sécrétions morbides., saturés d'émanations nosocomiales, — si Ton tien: compte de l'opiniâtreté avec laquelle ils se reproduisent sous diverses formes, lors même qu'on

a triomphé des accidents, hémorrhagie, conicité, elc, auxquels on les attribuait, — comment ne pas Yoir, dans cet appareil pathogénique, les manifestations variables d'une infection générale, identique, de l'économie atteinte aux sources mêmes de la vie...?

VIL Tous les grands chirurgiens ont été unanimes pour recommander l'amputation immédiate, dans les fractures très-comminutives des os, aux membres inférieurs surtout et particulièrement à la cuisse. J'ai fait, dans une précédente lettre, toutes mes réserves sur l'infirmation de ce précepte, telle que sembleraient l'autoriser des cas assez nom-' breux de conservation, observés durant la campagne. Cette question capitale de chirurgie militaire inspire a M. Sonrier de judicieuses réflexions. « Quand il s'agit de prendre parti dans d'aussi graves débats, m'est avis, dit-il, qu'on ne saurait trop spécifier la nature et l'étendue des désordres, tenir bonne note du temps écoulé depuis la blessure. Si vous avez affaire à une fracture comminutive avec esquilles adhérentes, exempte de corps étrangers, sans dilacération trop étendue, — si la suppuration,

modérée et louable, n'occasionne ni frisson, ni diarrhée, ni symptômes de résorption, — si le patient, sain d'ailleurs et robuste, bien trempé au moral, se trouve placé dans des conditions locales et climatériques propices a la guérison des plaies, attendez, peut-être obtiendrez-vous une consolidation.

« Au contraire, la brisure est-elle considérable, multiple, avec esquilles, projectiles, bourre, etc., chassés bien avant dans les chairs — le blessé fébricitant, affaibli — ^^îa plaie envahie par une suppuration louche, fétide..., amputez sans délai, car chaque jour, chaque heure de retard est un acheminement vers une fm cruelle ! Différer, c'est attendre la suppuration, Thémorrhagie, le tétanos, la pourriture nosocomiale, la résorption purulente, menaces terribles incessamment suspendues sur la vie de votre malade ! L'hésitation, dans ces conditions, c'est la mort !

VÏÏI. « Deux fois, la désarticulation coxo-fémorale nous a paru indiquée ; mais, comment se décider a une mutilation aussi grave, connaissant les insuccès, a peu d'exceptions près constants, en Algérie comme en Grimée, et dernièrement même en lia-

lie? Au trente-deuxième et au cinquante-sixième jours de la lésion, les progrès toujours croissants d'un mal san remède nous ont décidé à amputer les deux blessés au-dessous du petit trochanter, malgré la statistique décourageante de l'Hôtel des Invalides. Notre premier opéré a guéri : le second est mort d'hémorrhagie consécutive, après deux mois de traitement... »

Nous perdons plus d'individus que nous ne sauvons de membres, disait Dupuytren. Trop souvent le chirurgien s'arrête, désarmé, devant des motifs déposition personnelle, d'âge, de carrière brisée, et voit mourir avec quatre membres un blessé qui qui eiit pu vivre avec trois, Assurément, quand il s'agit de retrancher la cuisse, il y a conscience a supputer, dans la question d'opportunité, les chances adverses d'une mutilation aussi grave. Sans doute encore, les 63 fractures consolidées du fémur recensées aux Invalides par M. Hutin, les observations recueillies récemment à Milan, les guérisons que M. Sonrier a observées et notre expérience personnelle démontrent surabondamment que de pareilles brisures, mêmecomminutives, peu-

vent être soustrailes à la dure loi du couteau. Mais # qui pourrait affirmer que ces succès, numériquement si minimes, proportionnellement a la masse des fractures de cuisse par armes de guerre, n'ont pas été achetés aux prix des plus douloureux sacrifices !

(( Je ne puis, sans de profonds retours de tristesse, s'écrie en terminant le D"" Sonrier, songer à une petite salle de vingt-cinq lits, affectés, à Crémone, aux Autrichiens les plus gravement atteints. Je vois alors se dresser devant moi, ces figures hâves, terreuses, au teint flétri par l'épuisement et une longue résorption purulente, implorant avec une pantomime accompagnée de cris déchirants, comme une grâce dernière, l'ablation d'un membre qu'on avait voulu conserver, pour aboutir a une lamentable agonie, dont nous sommes demeurés les spectateurs impuissants... ! »

Les enseignements de cette guerre, fixeront, il faut l'espérer, mon cher ami, les graves questions de chirurgie que je n'ai fait qu'effleurer dans mes Lettres rapides. L'art et l'humanité réclament,

d'une plume plus autorisée que la mienne, un service qui suffirait seul à illustrer le nom déjà illustre du Médecin-Inspecteur de l'armée d'Italie. — Puissent des souvenirs, recueillis jour par jour sous ses yeux, apportant quelques matériaux utiles a cette œuvre de science et de devoir, me continuer, auprès d'un Chef, affectueux autant qu'affectionné, la collaboration dont il a daigné me faire, depuis quatre mois, une douce et honorable habitude !

Je te serre bien cordialement la main,

Paris, le 30 Août 1859.

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