CHAPITRE
Est-il possible de déterminer au Sénégal de grands courants commerciaux ?
Passons en revue les divers produits de ce pays; nous examinerons en même temps s'il en est parmi eux dont l'exploitation soit susceptible, même par suite d'un sérieux développement, de fournir au commerce de la colonie un aliment qui lui permette de prendre un essor de grande importance.
1 " Gommes. — De tout temps, le commerce de la gomme a constitué le trafic principal des escales du fleuve, et particulièrement de celles des postes de Bakel et de Médine.
Mais, de l'aveu même des plus optimistes, l'avenir du Sénégal ne peut résider dans l'exportation de ce produit.
La cause en est que la source de production est limitée, et que, pénétrât-on jusqu'au centre de l'Afrique, la quantité de gommes qui parviendrait
à nos escales n'en serait pas bien sensiblement augmentée.
On constate» en effet, que, depuis la création de nos établissements du Sénégal, l'exportation de la gomme s'est maintenue dans les mêmes limites.
Ainsi, eu 1845, ce commerce se chiffrait par 3,457,209 kilogrammes, dont la valeur était de 6,653,720 francs.
En 1885, — une très-bonne année de traite, — il fut de 3,607,000 kilogrammes.
En 1883, il fut de 2,467,388 kilogrammes, qui ne représentaient plus, comme valeur, que 3,775, 1 62 francs, le prix de la gomme ayant diminué, par suite de la concurrence résultant d'une grande exportation de gomme faite par le Soudan oriental.
2* Coton, indigo, caoutchouc, huile de palme, peaux, essences forestières, café. — Les produits de cette catégorie que fournit le Sénégal sont en général de qualité inférieure; ceux d'entre eux qui présentent quelque valeur ont une source de production très- limitée. Doit-on chercher à en développer l'exploitation ou la culture dans le haut Sénégal? Nous ne le pensons pas, car leur exploitation serait grevée de frais considérables de transport (6,000 à 8,000 francs par tonne de France à Bamakou), tandis qu'on peut obtenir ces
mêmes produits sur presque tous les points de la côte, dans de bien meilleures conditions encore de production que dans le haut Sénégal.
3"* Ivoire j plumes d'autruche. — Leur exportation se chiffre aujourd'hui par des sommes peu importantes; cette exportation tend encore à décroître d'année en année^ par suite des moyens employés aujourd'hui par les chasseurs indigènes pour détruire les animaux qui fournissent ces produits.
4" Mines d'or. — Tous les essais d'exploitation qui ont été tentés jusqu'à ce jour ont échoué. Cependant, à notre avis, les mines d'or constituent la seule source de richesses exploitable avec profit dans le haut Sénégal.
A la vérité, cette exploitation eût été rendue plus facile, si, au lieu de pénétrer par Bafoulabé et par Bamakou, on eût atteint le Niger par la Falémé, la haute Gambie, le Fouta-Djalon et le Bouré; on eût pris ainsi possession des terrains aurifères de la Sénégambie; et, en même temps, par l'occupation de la tète des vallées principales, on eût détourné vers nos escales du haut Sénégal le commerce de toute cette région, commerce qui prend la direction des comptoirs anglais de la Gambie et de Sierra -Leone.
5"* Karité. — Le produit par excellence du haut
Sénégal, celui dont l'exploitation devait, à elle seule, défrayer Tentreprise du haut fleuve d'une grande partie de ses dépenses, est le beurre végétal ou fruit de Tarbre kariié. Des forêts sans fin de karités existent, disait-on, entre Sénégal et Niger. Nous avons voulu nous rendre compte du rendement de ce produit, pour être fixé surnl^ avaift/f tages que pré$pf)fer^ son. exploitation* J^s analyses qui ont été fsû^QB,^^ r^8^te que rexpoftajL&OQ
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478 CAMPAGNE BANS LE HAUr SÉNÉGAL
les analyses que nous venons de mentionner, pas un kilogramme de beurre végétal n'a été importé en France comme denrée de commerce. Qui s'aviserait, en effet, de présenter sur un marché euro* péen, un produit équivalant à du suif et qu'on serait obligé de vendre au prix de 2 à 3 francs le kilogramme?
6" Milj arachides. — Il ne nous reste plus à examiner que ces deux produits.
Déjà, en ce qui concerne le bas Sénégal, l'exportation de ces denrées n'est faite par les commerçants qu'à contre-cœur, et le plus souvent, uniquement pour fournir du lest aux navires, qui, sans cette mesure, rentreraient à vide du Sénégal.
En effet, par suite des exportations de cette denrée faites par l'Inde et par l'Egypte, la valeur de l'arachide tombe, par intervalles, sur les places européennes, à un prix si bas, que ce commerce n'est plus rémunérateur ni pour l'agriculteur, ni pour celui qui exporte. Sur les marchés de Marseille et de Bordeaux, ce prix varie entre 20 et 35 centimes le kilogramme; or, il est déjà de 15 à 20 centimes, au Sénégal.
Dans Tune de ces dernières années, l'exportation d'arachides a dépassé, il est vrai, la quantité de 60,000 tonnes! Mais l'année suivante, les indigènes
ayant renoncé à cultiver une denrée qui était pour eux d'un si maigre rapport, l'exportation fut quatre fois moindre.
Quant à cultiver l'arachide dans les pays entre Sénégal et Niger, sous prétexte d'en faire une denrée d'exportation, nous doutons que des esprits sensés y aient jamais songé ' .
' Le prix du transport d'une tonne de marchandises de Kayes à Bamakou atteint 6 à 8,000 francs. Ce chiCfre, donné par le gouyernement, est un minimum. (Voir pages 2 et 8 du rapport du ministre de la marine au président de la République, du 31 décembre 1883, Journal officieL)