‹ Campagne dans le haut Sénégal et dans la haut Niger, 1885-1886Chapitre 44 sur 45 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Quelques esprits se sont préoccupés de rechercher quelle solution, compatible avec nos intérêts et avec l'honneur national, pourrait être appliquée an cas où l'on viendrait à constater l'inutilité des sacrifices 9 l'inanité des efforts qui sont faits dans le haut Sénégal ; à notre avis, la situation poui*rait être 9 à ce moment, liquidée de la manière suivante :

Profiter du bon état de nos relations avec les deux grands chefs soudaniens, Ahmadou-Scheikou et Samory, pour nous retirer du Niger et revenir à nos anciennes possessions, Bafoulabé ou Médine. Sauvegarder les intérêts des populations, peu nombreuses en réalité, auxquelles nous avons promis notre protection, en les invitant à émigrer vers nos postes; de Médine à Saint-Louis, l'espace ne manquerait pas à leur donner. Mais ces populations préféreraient-elles peut-être encore le patronage de ces chefs indigènes, avec tous les inconvénients qui

en résultent, aux avantages de notre protection? Les émigrations continuelles dés races peulhe et toucouieure, du bas Sénégal, vers le Kaarta, nous portent à le croire.

Devons-nous redouter qu'une puissance rivale vienne nous disputer la prépondérance sur ces peuplades du Soudan occidental? Gela n'est pas à craindre : ainsi, les Anglais, qui, par leur colonie de Sierra Leone, ne sont qu'à cent lieues du haut Niger, tandis que nous avons dû en faire quatre cents pour atteindre ce fleuve, sont restés impassibles spectateurs de notre mouvement de pénétration dans cette partie du Soudan.

La mesure que nous proposons sera considérée par les indigènes comme une reculade, dira-t-on? elle aura pour conséquence de porter un coup terrible à notre influence dans le Soudan? Il n'y a pas lieu de se préoccuper outre mesure de ce côté de la question. Nos victoires ont montré à ces races ce dont nous étions capables.

De plus, nous avous, dans l'histoire du Sénégal, un exemple à citer d'un fait analogue, que les gens intéressés à la continuation d'un état de trouble favorable à leurs combinaisons qualifiaient également de reculade, d'évacuation humiliante, et qui a donné les meilleurs résultats. C'était en 1870;

depuis plusieurs années nous nous étions emparés du Cayor, province du Sénégal aux portes mêmes de Saint-Louis. Nous y avions établi des forts qui exigeaient chaque année, comme cela a lieu aujourd'hui pour le haut Sénégal, l'envoi d'une colonne, uniquement pour en opérer le ravitaillement. La province à occuper n'était pas très-étendue ; mais, peu à peu, les populations plus aguerries, mieux armées, étaient arrivées à tenir nos colonnes en échec et, en dernier lieu, elles avaient fait essuyer à l'une d'elles une véritable défaite.

Ces expéditions nous entraînaient ainsi à des dépenses considérables d'hommes et d'ai^ent. Que fit le gouverneur Yalière ? A la suite de deux succès éclatants que remportèrent nos troupes sur les populations du Gayor, aux combats de Louga et de Païen, le gouverneur réunit les chefs de la province; il leur proposa de retirer les troupes françaises, à condition qu'ils s'engageassent à assurer la tranquillité dans leur pays et à favoriser notre commerce. Ceux-ci prirent solennellement l'engagement qui leur était demandé : invités à désigner un chef, ils élurent Lat Dior, qui, d'ennemi irréconciliable qu'il était, devint dès lors notre allié. En même temps, nos troupes évacuèrent le Cayor.

Les premières années qui suivirent cet événement furent des années de paix profonde.

Ce n'est que lorsque l'ancien état de choses, notre ingérence dans les affaires des populations du Cayor, a été en partie rétabli , comme consé* quence de la construction du chemin de fer du bas Sénégal y que la paix fut de nouveau troublée dans cette contrée.

Concurremment avec cette solution, s'imposerait la mise en pratique des deux mesures dont il a été fait mention dans la première partie de cet ouvrage :

Désarmement des peuplades qui se révoltent contre l'autorité française, et interdiction de la vente d'armes et de munitions sur cette partie de la côte occidentale d'Afrique.

Nous pensons fermement que là réside la solu* tion, en ce qui concerne le Sénégal, d*un problème qui fait aujourd'hui l'objet des préoccupations de tous ceux qui voient avec regret une partie des richesses nationales se perdre, par mille voies indirectes, en des entreprises fatalement vouées à un stérile résultat.

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