‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 137 sur 345 · LIVRE TROISIEME. — VENDOME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. — VENDOME

SITUATION DE l' ARMÉE LE 15 DÉCEMBRE AU SOIR.

Malgré les succès obtenus à Fréteval et sur le plateau de Sainte- Anne, la perte des positions de Bel-Essort allait rendre difficile et périlleuse la défense de Vendôme. L'ennemi pouvait , en effet , établir là des batteries qui pourraient fouiller tout le ravin de la Houzée, prendre d'écharpe celles que nous avions établies en avant du Temple , et en s'avançant jusqu'à la pente qui donne sur le Loir, contre-battre le feu de nos pièces en position sur la rive droite. D'un autre côté, les troupes, qui n'avaient pu prendre encore aucun repos et qui souffraient beaucoup de la température, n'offraient pas à ce moment la solidité désirable pour continuer la lutte dans de bonnes conditions, si l'ennemi appelait à lui de nouveaux renforts et tentait une nouvelle bataille. Toutefois, le commandant en chef était tellement convaincu que les Allemands euxmêmes étaient à bout de forces et qu'il n'y avait point à craindre de leur part d'effort sérieux pour le lendemain , qu'il résolut de se maintenir sur ses positions , préoccupé d'ailleurs des effets d'une retraite précipitée, qui, dans la situation présente, pouvait amener un désastre en donnant aux troupes la possibilité d'une nouvelle débandade. Il rendit compte des événements de la journée par la dépêche télégraphique ci-après , adressée le 15 au soir au ministre de la guerre , à Bordeaux.

« Le 21* corps a repris ce niatin Fréteval, que l'ennemi

« avait occupé fortement la nuit dernière. Le grand-duc de

» Mecklembourg laissant devant Fréteval et Morée un corps

» d'observation , s'est présenté vers midi par Rocé et Gou-

» lommiers devant nos positions de Bel-Essort, obligeant

) les troupes qui les occupaient à se retirer par le pont de

u Meslay, qu'elles ont brûlé. Tournant ensuite la tête du

» ravin de la Houzée, il est venu donner la main au prince " Frédéric-Charles, parti ce matin de Blois pour nous » attaquer sur nos positions du plateau de Sainte-Anne. » Nos troupes ont bien résisté de ce côté ; nos positions ' sont maintenues; on s'est battu jusqu'à la nuit. L'en- • nemi semble accentuer son mouvement vers l'Ouest ) pour couper la route de Tours , la ligne du chemin de » fer , et marcher sur Montoire , afin de nous tourner par » notre droite et de nous séparer de Saint- Amand , où se » trouve le général Barry. Nous résisterons demain , et si » nous y sommes forcés, toutes les dispositions sont » prises pour nous replier le mieux possible sur la rive » droite duL oir, en faisant sauter tous les ponts maintenus » en cas de retraite. Dans cette éventualité, il ne nous " resterait plus qu'à nous diriger sur le Mans ; je ne le ' ferai qu'à la dernière extrémité, persuadé que notre ' meilleure chance est dans la résistance , et que tout mou- » vement de retraite peut être le signal d'un désastre qu'il » faut éviter à tout prix. Je regrette de plus en plus qu'au- »' cune démonstration ne vienne nous aider à sortir d'une » situation qui n'est rien moins que difficile ^ »

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