‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 199 sur 345 · LIVRE QUATRIÈME. — LE MANS · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. — LE MANS

plètes : il eût été nécessaire d'occuper Ja crête de la Gorbinière, en face du château de Benchart, pour garder les deux flancs du défilé dans lequel passe la route qui mène de l'Homme au Mans par Saint-Pierre du Lorouer, et battre à revers le village même de l'Homme , en occupant ainsi les hauteurs d'où l'ennemi put, le lendemain, contrebattre nos batteries et nous atteindre par ses obus jusque sur nos positions.

Le 9 au matin , des colonnes prussiennes , débouchant de la Maladerie, se dirigèrent sur Saint-Pierre du Lorouer. Elles furent accueillies par un feu violent de nos pièces de 4 et de nos mitrailleuses , qui les força à rétrograder. Une batterie ennemie apparut alors à l'Homme , essayant de nous déloger du Pressoir. Dominée par notre artillerie, qui tirait à deux mille quatre cents mètres, ne pouvant répondre avec avantage, elle dut reculer jusqu'à la Gondonière , d' où , renforcée par six autres pièces , elle put régler son tir avec une grande justesse malgré la distance. En même temps, une troisième batterie prussienne tirait à toute volée des hauteurs de la Gorbinière, et ses projectiles arrivaient jusqu'en arrière de nos lignes, dans le ravin de Ghahaignes à Jupilles, qu'elle croyait occupé par nos réserves.

Cependant la fusillade avait commencé sur tout le front des positions. Pendant qu'à gauche le 3P de marche reculait lentement tout en combattant, l'ennemi arrivait à passer la Venue. Pour faire face à cette attaque et éviter d'être tourné par la forêt de Bersay, le général Barry chargea le 8** mobiles d'en garder les passages ; nos pièces des Héraudières arrêtaient en même temps une colonne prussienne qui cherchait à débarrasser le chemin de l'Homme à Ghahaignes de ses abatis et à enlever le village.

Il était dix heures. L'amiral, prévenu de ce qui se passait, hâtait l'arrivée des renforts. Mais déjà l'ennemi

avançait en lx)ice sur le plateau de Glia baignes par le chemin du Prësidial, précédé par des pièces de montagne qui, tirant à mitraille, jetèrent le désordre dans nos rangs. Malgré l'avantage de leurs positions et pressés par le nombre , nos troupes reculèrent , la droite sur Châteaudu-Loir par Fiée , la gauche sur Jupilles par la foret de Bersay. La retraite était dès lors nécessaire. Le général Barry la fit avec ordre, arriva le soir à Jupilles avec son artillerie, pour prendre le lendemain la direction d'Écommoy.

Tel fut le combat de Ghahaignes, dans lequel nos troupes montrèrent une grande vigueur et surent résister pendant longtemps à 8,000 hommes d'infanterie allemande, soutenus par une nombreuse artillerie. Nous comptions de notre côté, 12 officiers et 350 hommes tués, blessés ou disparus.

De Ghahaignes , l'ennemi continua sa marche vers le Mans. Le colonel Bayle, qui arrivait au secours du général Barry avec le 38* de marche et le 66^ mobiles, se battait depuis le matin à Brives. Il ne renonça à la lutte qu'en apprenant qu'on se retirait; et se voyant assailli sur son flanc droit par la colonne venant de Ghahaignes, il se repha alors en bon ordre sur le général de Jouffroy, au Grand- Lucé.

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