‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 212 sur 345 · JANVIER. COMBAT DE CHANGÉ · texte numérisé non relu

JANVIER. COMBAT DE CHANGÉ

La lutte était plus sérieuse du côté du colonel Ribell, à qui le général de Roquebrune dut même envoyer comme renfort deux bataillons du 43® de marche, qui n'arrivèrent malheureusement qu'à la nuit et alors que le village de Changé était déjà au pouvoir des Allemands. L'action avait été longue et rude sur ce dernier point. La brigade Ribell occupait, comme on Ta vu, une ligne continue de Changé jusqu'à l'Huisne, par la Brosse, la Ronde et les Arches, ayant ses avant-postes à la Girard erie, au plateau de Monceaux, au Pavillon, au château d'Amigne, aux Pelleries et au point de jonction du chemin de fer et de la route de Paris. C'est sur ces positions que l'ennemi, maître de Parigné, fit déboucher deux colonnes par deux chemins qui se trouvent entre les routes de Saint-Calais et de Parigné.

Il était deux heures quand, de la Girarderie au château d'Amigne, les avant-postes du 62^ furent vivement attaqués. Renforcé sur son centre et sur sa gauche par deux autres bataillons, le 3® bataillon de ce régiment supporta vaillamment le choc et se maintint sans perdre de terrain. L'ennemi fit alors un effort sur notre droite, où il fut reçu par deux bataillons du 37® de marche qui le continrent. La lutte continua sans avantage marqué de part et d'autre jusqu'à cinq heures et demie ; mais à ce moment les Allemands, renforcés, obligèrent le colonel Ribell à se replier sur Changé, et le débordèrent bientôt sur le chemin qui va de ce village à la route de Parigné. Sur notre gauche, le 33*mobiles, rappelé du château des Arches, avait été placé, un bataillon comme soutien au château des Noyers, les

deux autres de Changé au gué Perray, pour défendre l'accès des bois qui se trouvent en arrière de la Bonde et par lesquels l'ennemi aurait pu gagner le chemin aux Bœufs. L'attaque sur Changé continuant avec une opiniâtreté qui rendait le village intenable , le colonel Ribell jugea la retraite nécessaire, et le lieutenant-colonel Mallet, du 37® de marche, la couvrit en défendant pied à pied les barricades du village. Laissant aux Noyers deux bataillons du 33" pour garder le pont du moulin, le commandant de la brigade se retira sur le château des Arches, où il arriva à neuf heures avec l'idée de se ménager une retraite sur le Mans par la route d'Yvré-l'Évêque, s'il ne pouvait tenir le lendemain *. Ce mouvement pouvait compromettre Feffet des combinaisons du général en chef, qui, en repliant successivement les colonnes sur les lignes préparées en avant de la ville, s'y disposait à une résistance à outrance. A minuit, le colonel Ribell reçut Tordre de quitter les Arches, de fermer la trouée que sa retraite laissait ouverte, d'occuper fortement ie plateau des Granges jusqu'au Tertre en arrière de Changé, et de garder cette position jusqu'à l'arrivée de la division de Jouffroy, appelée à la défendre. Cet ordre fut ponctuellement exécuté, et le colonel Ribell déploya dans cette journée une activité , une résolution et une énergie dont on ne peut trop faire l'éloge. Donnant lui-même l'exemple, il n'avait quitté le champ de bataille que le dernier, son cheval couvert de blessures, et après avoir eu 5 officiers tués, 35 blessés ou disparus, dont 3 officiers supérieurs, et plus de 1,500 hommes tués, blessés ou dispersés.

Pendant cette même journée du 10, qui était le prélude de la grande bataille du lendemain, l'ennemi avait continué ses attaques sur le 21® corps. Les tirailleurs de la

* Voir la note 22.

Page 1