LIVRE QUATRIÈME. — LE MANS
«Je maintiens mes ordres; prenez tout ce qu'il vous » faudra de monde , et que demain on enlève les positions » abandonnées aujourd'hui par le général Rousseau. Gharn gez le général Goujard d'enlever Thorigné; je suis sûr )' qu'il réussira. »
Enfin, à l'amiral, le 10, à trois heures quarante-cinq minutes du matin :
« Le général de Jouffroy m'informe qu'il est à Grand- » Lucé avec sa division et la brigade Bayle; je lui prescris 5) de continuer sa retraite sur Parigné, afin d'attaquer la » gauche de l'ennemi, qui est très-pressant sur la route de » Saint-Galais . Ildirigera sur Écommoy les colonels Thierry, » Falcon et Marty, qui, à ce qu'il pense, doivent le rejoin- » dre à Grand-Lucé. Basez-vous donc sur ces renseigne- )) ments pour opérer votre retraite et celle du général » Barry, en donnant une direction et un point de concen- » tration au général de Gurten. »
En même temps le général en chef prescrivait au général Deplanque, commandant la Indivision du 16^ corps restée en avant de Pontlieue , de reprendre Parigné au jour et de s'y maintenir.
Ce dernier mouvement fut exécuté par la 2* brigade (lieutenant-colonel Pereira) , appuyée en arrière par la 1" brigade (colonel Ribell), qui devait prendre position entre Ghangé et l'Huisne. Le village de Ghangé restait occupé lui-même par un bataillon du 39* de marche et un du 62®. De plus, le général de Roquebrune, à qui il restait une brigade de la V^ division du 17® corps, l'autre ayant été renforcer le général de Jouffroy » vint remplacer la brigade Pereira et s'établir le long du chemin aux Bœufs, sa droite appuyée à la route de Parigné.
En exécution de ces ordres, le 10, à deux heures du matin, le 2® bataillon du 39® de marche (capitaine Sombret) , se portait sur Parigné-l'Évéque et y entrait à quatre
heures et demie sans rencontrer de résistance. Le reste de la brigade avait suivi le mouvement ; elle se composait du 3^ bataillon de marche de chasseurs à pied , de ce qui restait du 39Me marche et du 75® mobiles, de la légion des mobilisés de Maine-et-Loire, d'une batterie de mitrailleuses (19® du 10® régiment, capitaine Delahaye), et d'une batterie de 4 (la 24® du 15® régiment, capitaine Dedouvres).
10 JANVIER. COMBAT DE PARIGNÉ-l'ÉVÊQUE.
Cette colonne, retardée parle mauvais état des chemins, très-glissants pour les hommes, les chevaux et surtout l'artillerie, n'arriva à Parigné qu'à neuf heures du matin. L'ennemi, profitant de la neige qui tombait à gros flocons et empêchait de voir au loin , s'était avancé sur le village et avait pu, sans être aperçu, s'établir dans une ferme sur la gauche, et dans le bois. A peine arrivé, le 3® de chasseurs à pied , qui formait l'avant-garde du colonel Pereira , fut reçu par un feu très-vif contre lequel il fit bonne contenance, tandis que les tirailleurs du 39® et ceux du 75® mobiles protégeaient la concentration de la colonne. On fut longtemps avant de pouvoir faire avancer deux pièces d'artillerie jusqu'au haut du village , d'où elles pouvaient battre la route de Grand-Lucé. Le feu de ces pièces arrêta un instant deux fortes colonnes ennemies qui apparaissaient dans cette direction. On en profita pour couvrir de sable et de fumier la route si glissante de Parigné et pour amener le reste de l'artillerie. La batterie Dedouvres put ainsi contre-battre deux batteries allemandes établies l'une à l'ouest du village et l'autre au nord-ouest, à une distance de 1,500 mètres. En même temps le capitaine Delahaye, amenant ses mitrailleuses entre les premières maisons, ouvrait son feu sur les tirailleurs embusqués dans les bois qui couvrent les hauteurs à l'est, et bientôt sur deux nou-
Telles batteries qu'il forçait à changer plusieurs fois de position.
C'est à ce moment, vers onze heures du matin, qu'apparurent les troupes du général de Jouffroy, venant de Grand-Lucé ^ C'était le 70® mobiles (Lot), amenant deux mitrailleuses et quatre pièces de 4, qui s'avançait jusqu'au haut du village. Le colonel Pereira put croire un instant à un secours sérieux devenant de plus en plus nécessaire, car l'ennemi apparaissait en force de tous les côtés . Malheureusement là devait se borner le renfort venant du général de Jouffroy. Le 45® de marche etle F'^bataillon de chasseurs, qui suivaient à une certaine distance le 70® mobiles, par suite d'un ordre mal transmis ou mal compris, avaient quitté la route qui mène directement sur Parigné , s'éloignant ainsi de cette direction. D'un autre côté, le général de Jouffroy craignant , dans le cas où les instructions données par le général en chef pour la reprise d' Ardenay ne seraient pas exécutées, de se heurter à Parigné contre des forces trop nombreuses , résolut de rentrer au Mans par Mulsanne. Cette décision devait avoir les conséquences les plus fâcheuses. En voyant arriver le 70® mobiles, le colonel Pereira fit immédiatement appuyer par un bataillon de ce régiment les tirailleurs du capitaine Sombret, postés dans les jardins et le long des haies en avant et au-dessous de notre artillerie, et surveiller les routes de Challes et de Volnay.
Vers midi, l'ennemi, augmentant en nombre, établissait un grand nombre de pièces sur les crêtes à l'est du village, et tentait de forcer notre gauche pour nous couper la retraite sur le Mans. Nos canons répondaient avec succès à ceux des Prussiens et l'affaire semblait en bonne voie, lorsqu'à une heure les troupes qui gardaient la vallée sur la droite sont surprises et enfoncées par une brusque atta-
i Voir la note 20»
que de l'infanterie ennemie , qui gravit les pentes à leur suite et entre dans le village par les rues perpendiculaires à la route. Les mobiles s'étaient jetés dans les maisons, et l'ennemi arrivait sur nos positions{ La batterie de 4, attelée à la hâte, ne peut enlever une pièce presque entièrement démontée. Nous allons perdre de même cinq mitrailleuses, lorsque le colonel Pereira, appelant à lui deux compagnies du 39^ de marche qu'il avait en réserve au centre du village, et réunissant quelques mobiles, quelques artilleurs et des officiers qui ont ramassé des fusils, parvient à reprendre quatre de ces mitrailleuses; la cinquième, dont l'attelage avait été tué, ne peut être sauvée. Il n'y avait plus à songer à tenir : la 2" brigade de la 1" division du 16* corps avait eu 1 officier tué, 15 blessés et 1,370 hommes tués , blessés ou disparus depuis le matin ; le lieutenant-colonel Pereira ordonna donc la retraite sur Ruaudin. Quant au 70^ mobiles , après avoir été repoussé par la brusque attaque de l'infanterie prussienne, il s'était rallié, avait repris l'offensive et reconquis ses pièces, un instant aux mains de l'ennemi. Il s'était ensuite retiré sur Brette après des pertes très-sensibles, et avait rejoint la colonne de Jouffroy.
L'ennemi, maître de Parigné , continua sa mtirche sur le Mans et vint se heurter contre les deux brigades placées sur la route en avant de Pontlieue et à hauteur de Changé, Le général de Roquebrune s'apprêtait, vers deux heures, à se porter au canon qu'il entendait en avant de lui , lorsqu'une partie des troupes débandées de la brigade Pereira apparurent sur la route de Parigné, poursuivies par une forte colonne ennemie '. Deux pièces de 7 et deux mitrailleuses, placées dans une bonne position et enfilant la route, suffirent pour arrêter la marche de cette colonne,
* Voir la note n" 21.