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LIVRE QUATRIÈME. — LE MANS

et de se porter au canon dès qu'il l'entendrait, quelle que fût la direction , s'il n'avait pas le temps d'arriver à hauteur d'Arnag^e pour prendre sa place dans les lignes confiées à la défense du 16" corps , en avant de Pontlieue.

Quant au g^énéral de Gurten , qui avait trop de chemin à faire pour arriver sur les mêmes positions avant la bataille , il lui fut prescrit de continuer sa retraite sur la Suze, tandis que la colonne du général Gléret, qui avait été momentanément sous ses ordres , se repliait sur la Loire pour défendre le Val contre les partis ennemis qui chercheraient à dépasser Tours.

POSITIONS DE l'armée LE 10 JANVIER AU SOIR.

Ainsi donc, le 10 au soir, à peu d'exceptions près, toute l'armée se trouvait réunie autour du Mans , et tout présageait pour le lendemain une bataille importante. Les troupes restées sur les positions pendant les opérations des colonnes mobiles, n'avaient pas perdu leur temps : partout elles avaient préparé des épaulements pour les batteries , des tranchées et des abatis pour la défense des lignes , coupé les routes et les chemins ; les corps s'étaient complétés le plus possible en effectif, en vivres , en effets de toute nature et en munitions. L'artillerie avait reçu de nouvelles batteries de mitrailleuses et de canons de 7 , et complété ses attelages ; la cavalerie avait pu tirer des divers dépôts un renfort assez important en chevaux et en hommes. A part les nombreux varioleux, dont le déplacement était impossible , les malades et les blessés avaient été évacués au loin sur les derrières. Le camp de Gonlie, dont l'organisation n'avait rien produit de sérieux, avait été levé d'après les ordres du ministre et sur la demande du général de Marivault , qui le commandait , après avoir

fourni à la deuxième armée tout ce qu'on avait pu en tirer

et renvoyé dans les diverses villes de Bretagne la majeure partie des mobilisés qui y avaient été réunis sans qu'on ait pu encore leur donner ni fusils , ni équipements , ni vêtements * .

Le général en chef, auquel on avait fait espérer un renfort de 60,000 hommes que les mobilisés bretons, animés des meilleures dispositions, pouvaient facilement fournir s'ils avaient été organisés, ne put donc en tirer qu'environ 9 à 10,000 combattants , mal armés de fusils de différents modèles, à peine exercés, manquant de cadres sérieux, mal vêtus, mal approvisionnés, et n'ayant même pas, à leur arrivée au Mans, les munitions qui leur étaient indispensables. Il faut enfin joindre à ce renfort si réduit, neuf bataillons des mobilisés de la Mayenne , mieux organisés à Laval, et qui furent, dans les premiers jours de janvier, dirigés sur la Sarthepouren défendre les passages de Beaumont à Alençon et protéger cette dernière ville.

Telle était la situation en face des efforts qu'allaient tenter sur la deuxième armée , contre laquelle elles semblaient s'acharner, les armées allemandes du prince Charles et du grand-duc de Mecklembourg , renforcées par le corps^ bavarois qui s'était reconstitué et par les troupes tirées de l'investissement de Paris. La lutte se préparait menaçante, mais il n'y avait plus à l'éviter'^. Il fallait combattre comme à Josnes, dans de meilleures conditions toutefois, et persister de façon à lasser l'ennemi déjà décimé par une série de combats meurtriers , fatigué par des marches pénibles dans la boue et dans la neige, se servant difficilement de son grand élément de succès , l'artillerie, pour le poursuivre à notre tour s'il échouait contre notre résistance. Bien que n'ayant point été tous à notre avantage, les combats des derniers jours pouvaient nous

* Voir la note 26. — Pièces relatives au camp de Conlie. 2 Voir la note n^ 27.

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