LIVRE QUATRIÈME. — LE MANS
sur les ponts, dans les rues et sur les routes. Tous ces mouvements à exécuter par des corps en grande partie débandés , aboutissant tous à des passages restreints , en vue de l'ennemi, étaient de la plus grande difficulté. Les généraux et les chefs de corps, pénétrés de la gravité de la situation, redoublèrent d'énergie ; l'amiral sut masquer le passage si délicat du pont de Pontlieue, et lorsque les Allemands, qui ne se rendaient pas encore exactement campte de ce qui se passait, se hasardèrent à l'extrémité du faubourg, le matériel ainsi que toutes les troupes avaient franchi le pont, dont les gendarmes du général Bourdillon défendirent courageusement l'accès jusqu'au dernier moment , et que le génie fit sauter lorsque la tète de la colonne ennemie n'en était plus qu'à quelques mètres.
Le danger ne fut réellement passé que quand cette masse d'hommes , de voitures , de caissons et de canons , engagée dans la ville , put déboucher sur la rive droite de la Sarthe. Le général en chef quitta le Mans à deux heures et demie, pour surveiller le mouvement de retraite du haut d'un mamelon qui domine la* Ghapelle-Saint- Aubin. L'ennemi pénétrait déjà dans la ville et se portait vers la gare du chemin de fer , d'où les derniers trains partaient au milieu de la fusillade. Une grande partie du matériel était sauvé ; il y eut cependant à déplorer l'abandon de six machines et d'un certain nombre de wagons , que le désordre et l'encombrement des voies par les troupes empêchèrent de mettre en mouvement ' .
La 2** division du 17® corps, qui avait commencé à se battre dès le matin et qui était la plus avancée, prévenue
* M. Piquet, chef du mouvement à la gare du Mans, déploya pendant tout le séjour de l'armée sur la Sarthe, et spécialement dans cette journée du 12 janvier, une énergie et une activité auxquelles on doit le sauvetage d'une grande partie du matériel de la ligne. — Il en a été récompensé depuis par la croix de chevalier de la Légion d'honneur.
du mouvement de retraite, avait profité du brouillard pour se retirer. Le général de Colomb avait renvoyé de suite une grande partie de son artillerie en arrière , mais cette énorme colonne , arrêtée dans les rues du Mans par la cohue des fuyards et des voitures de toute sorte , perdit six caissons de la 2" batterie principale du 2® régiment. Le 17" corps avait déjà dû abandonner, dans le tumulte de la nuit , 2 pièces embourbées qu'on n'eut pas le temps de dégager.
La 2* division passa la Sarthe sur le pont de Moulinl'Évéque , et coucha à Macaire et à Montbizot.
La 3" division (de Jouffroy), qui avait traversé la ville la première, poussa jusqu'au camp de Gonlie sans s'arrêter.
La V^ division (de Roquebrune) , qui avait montré tant de solidité depuis la veille , luttait encore courageusement le long du chemin aux Bœufs, lorsque, à onze heures, il lui fut prescrit de battre en retraite. Elle se replia en bon ordre, protégée par le 4P de marche, qui n'abandonnait ses positions que successivement. L'ennemi, devant cette résistance, n'avança que lentement; la division put traverser le Mans sans être entamée, et passer la Sarthe pour venir coucher en avant de Domfront.