LIVRE OUATIUEME. — LE MAINS
être inquiétée ; elle était réunie tout entière à Sainte- Corneille vers onze heures. La 1" brigade, attaquée vers neuf heures, avait dû soutenir un combat assez vif et abandonner une partie du matériel du génie restée en arrière pour pratiquer des coupures et faire des abatis sur les routes. Le général Jaurès donna alors l'ordre au général Gollin de se retirer sur Savigné-l'Évêque et de là sur Ballon, qu'il devait occuper et défendre. Arrivée à quelques centaines de mètres de Gourcebœuf, où l'ennemi, venu de la direction de Bonnétable, s'était embusqué, la tête de colonne fut accueillie par une vive fusillade à laquelle répondirent vigoureusement les francs-tireurs manceaux, dont on ne peut trop louer la vigueur dans cette circonstance. Le 1" bataillon de l'Orne se porta à la baïonnette sur le village et allait être ramené , lorsque , aidé par trois compagnies du 41® de marche, commandées par le capitaine Lévy, il put enfin se rendre maître de Gourcebœuf. A dix heures toute cette division arrivait à Ballon et s'y installait sur de bonnes positions.
Quant à la 3^ division, elle avait commencé à combattre vers onze heures du matin du côté de Ghanteloup. L'ennemi avait essayé de se servir de son artillerie ; mais la nature du pays, découpé et couvert, rendant le tir inefficace, il avait tenté sans succès des attaques de vive force dans lesquelles il nous laissa quelques prisonniers. Sur la gauche de la route de Bonnétable, du côté de la Croix, on s'était abordé à la baïonnette; nos troupes, sans se laisser intimider par les hurrahs des Allemands , avaient soutenu le choc avec énergie. La lutte continua acharnée jusqu'à la nuit sans que nous perdissions un pouce de terrain. La fusillade était également très-vive sur la droite de la route, sans incident important de part et d'autre»
Vers quatre heures et demie, l'ennemi se présenta eti masse par la route de Montfcrt et prononça une attaque
aat) LA DEUXIEME ARMEE DE LA LOIRE.
vigoureuse. Le 15° régiment de mobiles, sous les ordres du lieutenant-colonel de Labarthe, soutint bravement le choc, et après des engagements corps à corps, finit par conserver ses positions. Au même moment, du côté de Champagne, le commandant Picot, à la tète du 3® bataillon de marins, faisait les mêmes efforts et obtenait les mêmes résultats.
A six heures et demie, l'ennemi ayant échoué sur tous les points, devint moins pressant et ralentit son feu. Le général de Villeneuve en profita pour prendre ses dispositions de retraite , en engageant ses diverses colonnes sur les routes qu'elles devaient suivre, et en rappelant ensuite lentement et successivement ses tirailleurs, qui maintenaient ceux de l'ennemi.
A huit heures , le mouvement put commencer dans la direction de Souligné et s'opéra dès lors sans être inquiété. La 3" division, outre son matériel roulant qu'elle avait complètement sauvé, ramenait encore un assez grand nombre de caissons et deux batteries de 8 du 17^ corps, qui, ne sachant où se diriger, étaient venues se placer sous sa protection. Toutefois, les pertes étaient sensibles : près de 2,000 hommes avaient été tués, blessés ou avaient disparu.
Après sa brillante attaque du 1 1 au soir, la division de Bretagne ne fut plus inquiétée jusqu'au lendemain à onze heures et demie. Quelques reconnaissances ennemies venaient d'apparaître en avant d'elle, s'avançant assez timidement, lorsque, recevant l'ordre de retraite, le général Goujard se replia sans être poursuivi dans la direction de Montbizot, passa la Sarthe sur ce pont et put arriver, à huit heures du soir, à Saint-Jean, où il coucha. Le 13, à trois heures et demie de l'après-midi, il arrivait à Sillé-le-Guillaume .
La 1" division, qui avait passé la Sarthe à Beaumont,