LIVRE CINQUIÈME. — LAVAL
colonnes en avant de Seès et sur Prez-en-Pail. Le prince Frédéric-Charles était toujours au Mans , ses avant-postes couvrant toutes les routes, les plus rapprochés à Soulgéet à Bazougé; au sud il occupait encore Sablé, Poillé, Auvers-le-Hamon et Brulon.
Il s'agissait de percer ce rideau, de bien se rendre compte des mouvements de troupes de Tennemi et de deviner ses desseins. C'est ce qu'allait essayer de faire le général en chef, en poussant à fond et partout ses reconnaissances, qui, seules désormais, amèneront quelques faits de guerre, car le combat de Sainte-Mélaine devait être la dernière tentative faite par l'ennemi sur nos lignes.
Le 19 janvier, M. Gambetta, ministre de l'intérieur et de la guerre de la délégation de Bordeaux, arrivait à Laval, où sa présence était des plus utiles. Le général en chef allait pouvoir traiter directement avec lui toutes les questions intéressant la réorganisation de l'armée , le mettre à même déjuger de l'état réel des troupes et de leurs besoins, et surtout lui exposer, sans intermédiaire, ses idées sur la défense du pays, aussi bien que ses projets pour la reprise des opérations dès qu'elle deviendrait possible.
Les préoccupations du commandant de la deuxième armée étaient profondes, il faut le reconnaître. Il avait été renforcé du 19® corps, cela est vrai, mais la ligne qu'il avait à garder, de la Loire à la Seine, était de cinquante lieues; ses effectifs avaient diminué de plus de moitié depuis six semaines par suite des combats incessants , des maladies et des désordres pendant la retraite du Mans ; le moral des troupes s'était affaibli par les fatigues , les privations , la durée d'une lutte sans répit; l'ennemi, qu'aucune diversion n'appelait ailleurs , recevait constamment de nouveaux contingents et paraissait décidé aux plus grands efforts pour en finir avec une résistance qui devenait pour
lui un danger chaque jour plus menaçant.
Dans le cas d'un nouvel échec, la retraite sur la Bretagne , en utilisant les lignes de défense successives qu'elle présente, donnait évidemment la possibilité de prolonger cette résistance ; mais une fois la Vilaine perdue , les Allemands envahissant la Manche , masquant les ouvrages de Garentan et maîtres du cours inférieur de la Loire et de Nantes, menaçaient Bordeaux et le sud-ouest de la France, en nous privant ainsi des grands établissements dont nous ne pouvions nous passer.
Il fallait donc opter pour la direction de retraite offrant le plus d'avantage. Celle qui devait faire aboutir l'armée derrière les lignes de Garentan paraissait préférable , puisqu'en couvrant la Normandie le plus longtemps possible, on restait à même de se reporter sur la Seine et sur Paris. Mais pour s'y arrêter il fallait assurer la défense de la Bretagne , en organisant d'une façon sérieuse les forces locales de ce pays si admirablement disposé pour la guerre de partisans.
Le général en chef pensait donc à employer , pour le remplacer sur les positions qu'il lui faudrait bientôt quitter, les mobilisés bretons, qui, si désorganisés qu'ils eussent été par les mauvaises dispositions prises au camp de Gonlie, n'en pouvaient pas moins être utilisés dès que, réunis sous des chefs de leur choix, ils sentiraient que c'étaient leur sol, leurs foyers et leurs familles qu'ils allaient défendre.
Telle paraissait être la situation au moment où le ministre arrivait à Laval ; le commandant de la deuxième armée n'en désespérait pas, et si grands, si pénibles qu'eussent été les derniers revers, sa confiance n'avait pas été ébranlée. Son but restait le même : arrêter l'invasion, et par des efforts suprêmes , s'ils étaient bien combinés , aider les défenseurs de Paris à rompre l'investissement qui les isolait du reste de la France. Gette pensée a pu