LIVRE CINQUIÈME. — LAVAL
paraître chimérique à quelques-uns ; quand les faits seront mieux connus et appréciés avec impartialité , l'histoire dira si elle était réalisable ; mais elle n'en avait pas moins sa grandeur , et ce n*est qu'en s'en inspirant que les nouvelles armées pouvaient trouver l'énergie dont elles avaient besoin pour tenter, jusqu'aux limites du possible, de sauver le pays.
Toute préoccupation politique devant s'effacer en présence de cette grande œuvre de la défense nationale, il était nécessaire que tous, généraux, officiers et soldats, sussent, sans arrière-pensée, qu'ils ne combattaient pas pour un parti , mais bien pour le salut de la patrie. Le général en chef demanda au ministre de l'affirmer devant tous les chefs supérieurs de la deuxième armée, réunis à cet effet dans le salon de la préfecture. M. Gambetta, animé des sentiments les plus patriotiques , le fit avec beaucoup de force et d'éloquence , annonçant lui-même qu'il confiait aux grands noms de la Bretagne, quelles que fussent leurs opinions, le commandement des forces destinées à en interdire l'accès à l'ennemi. Les colonels Charette et Gathelineau , nommés généraux au titre auxiliaire, reçurent chacun 15,000 mobilisés qu'ils devaient réunir de suite à leurs volontaires. Le reste fut réparti entre les généraux Déranger, qui commandait à Nantes, et Lipouski, qui devait venir s'établir à l'aile gauche de la nouvelle armée.
MOUVEMENTS DE l' ENNEMI.
Cependant le grand-duc de Mecklembourg appuyait, avec une partie de ses troupes, vers le nord et paraissait se diriger sur Rouen. Ce pouvait n'être qu'une feinte pour s'approcher de Lisieux et de Gaen, dans le but de tourner la gauche de l'armée et de l'isoler de la Manche. D'un
autre côté , les colonnes ennemies se montraient toujours vers Prez-en-Pail , Villaines, en avant des positions que nous occupions sur la rive gauche de la Mayenne , à Meslay, Sablé, la Flèche, et jusqu'à la Loire, ce qui pouvait faire supposer un effort le long de ce fleuve pour tourner la droite et marcher sur Nantes. Il était donc nécessaire d'être mieux fixé avant de faire un mouvement de concentration sur une des parties de la ligne si étendue qu'il nous fallait garder. Néanmoins, pour parer à toute éventualité dans le nord, où le danger paraissait plus sérieux , le commandant en chef faisait occuper solidement Argentan , poussait sur Briouze ce qui était resté du 19" corps à Domfront, portait la division Goujard d'Ambrières par Lassay sur Gouterne, et la remplaçait sur ses positions par la 3® division du 2P corps venant de Mayenne.
Le 22 janvier , les positions de l'armée étaient les suivantes :
A Château- Gonthier, les volontaires de Gathelineau reliés à Laval par la cavalerie du 16° corps, observant tous les passages de la rivière ;
De Laval à Mayenne , les 16® et 17" corps ;
De Mayenne à Ambrières, la 3^ division du 2P corps;
A Gouterne, la division bretonne du général Goujard ;
Les francs-tireurs Lipouski et cinq bataillons de mobilisés de la Mayenne , à la Ferté-Macé , Prez-en-Pail et Garrouges;
La division de cavalerie du 19" corps (général Abdelal) à Ranes ;
Le général Dargent avec les trois divisions d'infanterie des généraux Girard, Bardin et Saussier, à Briouze, É couché. Argentan.
De plus , toutes les dispositions étaient prises pour ren-