‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 294 sur 345 · LIVRE CINQUIÈME. — LAVAL · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. — LAVAL

» créent une situation toute nouvelle qu'il est important 5) de bien étudier et de bien définir. Il est urgent, en effet, " de déterminer quels devront être, à la reprise des hosti- » lités , le meilleur plan de défense, et enfin le mode de » résistance le plus efficace.

» Dans le Nord, l'armée de Faidherbe, obligée de se » renfermer dans les places fortes, va évidemment re- » trouver devant elle les troupes de Manteuffel, renforcées » par une partie de celles qui. investissaient Paris, sans » préoccupation dès lors pour leurs derrières.

» Au Havre , le corps Loysel , refoulé dans une pointe )) étroite , sera tenu facilement en échec par le corps alle- )) mand qui menace cette ville.

» Dans l'Est, la première armée, qui paraît vivement » pressée par celle de Werder, ne semble pas , quant à » présent, dans des conditions à reprendre l'offensive; » tout ce qu'elle pourra tenter, s'il lui est donné de sortir » de cette situation difficile, sera de se rabattre sur le Jura )^ et de là sur la Saône, pour couvrir Lyon et s'opposer à » la marche de l'ennemi vers le Midi.

j) Sur la rive gauche de la Loire , le corps ennemi qui » est à Orléans, tirant des renforts de l'armée de Paris, » tentera évidemment sa marche sur Bourges et sur Nevers 5 avec d'autant plus de focilité, qu'occupant, par suite de » la convention , le département de Loir-et-Cher, il peut » se masser devant le 25* corps, près de Vierzon.

» Dans l'Ouest, la deuxième armée, jointe aux forces î) locales et aux troupes du général Gléret, couvre la Bre- » tagne et la Normandie , de la Loire à la Seine , en face » des armées du prince Charles et du grand-duc de Meck- » lembourg. Elle ne saurait désormais avoir le même ob- » jectif pour ses opérations ultérieures, puisque Paris est )) au pouvoir de l'ennemi. Les efforts des Allemands contre

« cette armée seront probablement les suivants : au nord,

" le grand-duc de Mecklembourg cherchera à occuper la » Normandie ; au sud , le prince Charles , libre de masser 5) ses troupes dans le département d'Indre-et-Loire , qui » lui a été donné par l'armistice, essayera sans doute de » couper, de Bordeaux et du sud-ouest de la France, la » deuxième armée. Enfin, au midi, aucune force sérieu- » sèment organisée ne semble prête à empêcher une mar- » che de l'ennemi sur Bordeaux, s'il venait à la tenter.

M Les troupes dont nous disposons, il ne faut pas se le » dissimuler, n'ont encore ni une organisation assez solide, » ni une cohésion suffisante, ni une assez grande habitude » de la vie militaire, pour constituer des armées pouvant » manœuvrer et lutter avec constance et persistance contre " celles que l'ennemi va pouvoir leur opposer en nombre » au moins égal. Il faut donc éviter les engagements qui ' peuvent être décisifs. Le but à atteindre est d'affirmer " l'idée de la résistance et de la produire sur tous les » points à la fois, de façon à forcer l'ennemi à se disper- ?' ser, d'obhger l'Allemagne à maintenir en France une )) armée d'au moins 500,000 hommes, de lui imposer des w sacrifices qui finiront par le lasser, et d'atteindre ainsi le » moment où, solidement organisés, nous pourrons, par » un suprême effort, entreprendre dans de bonnes condi- » tions de refouler l'ennemi de notre territoire.

» Ce que les Allemands redoutent le plus, c'est la guerre 1) de détail, la défense du sol pied à pied, la résistance » derrière tous les obstacles. C'est ce qu'il faut obtenir du » véritable patriotisme de nos populations. Les armées, » les corps formés ne doivent être que des points d'appui, » des moyens ménagés pour profiter habilement des fautes » de l'ennemi, de ses échecs et de sa dispersion. Il faut » donc organiser partout la défense locale en faisant appel » à tous les gens de cœur, en les groupant autour de per- » sonnalités influentes dans leur propre pays, habituant la

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