‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 308 sur 345 · LIVRE SIXIÈME. — POITIERS. W · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. — POITIERS. W

sur la ligne où tout était disposé pour reprendre la lutte. Il revint alors à Bordeaux assister au grand débat qui allait s'ouvrir. La France meurtrie, atterrée par la nouvelle que la première armée venait d'être contrainte de se réfugier en Suisse, oubliant, devant tant de désastres successifs, qu'elle pouvait encore faire trembler un ennemi qui n'était audacieux que parce que la fortune lui avait donné jusque-là le succès, la France, disons-nous, désirait la fin de la guerre. L'Assemblée vota la paix.

La deuxième armée allait cesser d'exister. Le Gouvernement décida, le 7 mars, qu'elle serait licenciée immédiatement, ainsi que toutes celles qui restaient encore sur divers points du territoire, en Bretagne, au Havre, dans le Nord, à Bourges, à Nevers, et aux environs de Lyon. Les mobilisés, puis les gardes mobiles furent successivement désarmés et renvoyés dans leurs foyers ; les troupes régulières, infanterie, cavalerie et artillerie, dirigées pour la plupart sur Paris, afin de renforcer l'armée chargée de rétablir l'ordre dans la capitale, quelques-unes sur l'Algérie, où une insurrection considérable venait d'éclater, le reste sur les grandes villes telles que Lyon, Toulouse, Bordeaux, etc., et sur les garnisons que nous laissaient les conventions avec les Allemands.

En relevant le général en chef de son commandement, le général Le Flô , ministre de la guerre, voulait bien lui adresser la lettre suivante :

« Bordeaux, le 7 mars 1871.

« Mon cher général,

» Un décret du Gouvernement, qui sera au Moniteur de » demain , dissout toutes les armées ou corps d'armée du

'> territoire , et supprime par conséquent tous les états- » majors qui y étaient attachés. La deuxième armée est » naturellement comprise dans cette mesure, et votre » commandement cessera par conséquent à dater de de- » main. Au moment où vous rentrez dans la disponibilité, ;> eu attendant que des circonstances plus heureuses me )' permettent d'utiliser vos talents et votre dévouement, je » veux vous offrir toutes mes félicitations sur l'honneur !) que vous vous êtes fait et les brillants services que vous ;' avez rendus. Dites à votre brave armée, officiers de tous » grades et soldats, que je les remercie au nom de notre V pays tout entier de leur courage et de leur patriotisme. Si ;) la France avait pu être sauvée, elle l'eût été par eux. La » fortune ne l'a pas voulu; résignons-nous momentané' » ment, mais ne désespérons jamais de ses grandes desti- " nées, que rien ni personne ne pourrait jamais arrêter. » Recevez, mon cher général, l'assurance de mes meil- » leurs sentiments.

» Le ministre de la guerre,

« Général Le Flô, »

Ce témoignage à l'armée de la Loire, venu de haut, était justice. Elle avait beaucoup souffert et vaillamment combattu; ses soldats improvisés, comme plus d'un de leurs chefs, pouvaient être fiers d'avoir lutté pendant près de cinq mois, au milieu de privations sans nombre , de fatigues incessantes, par un hiver exceptionnellement rigoureux , contre un ennemi qui , victorieux des vieilles troupes dont s'enorgueillissait la France, avait bien pu la faire reculer de cinquante lieues durant toute cette partie de la campagne, mais l'avait toujours trouvée devant lui, et la laissait entière, debout et les armes à la main, au moment où se signait la paix.

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