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ORDRE DU JOUR

Officiers , sous-officiers et soldats de l'armée de la Loire ,

Paris, par un sublime effort de courage et de patriotisme, a rompu les lignes prussiennes.

Le général Ducrot, à la tête de son armée, marche vers nous.

Marchons vers lui avec l'élan dont l'armée de Paris nous donne l'exemple.

Je fais appel aux sentiments de tous, des généraux comme des soldats.

Nous pouvons sauver la France.

Vous avez devant vous cette armée prussienne que vous venez de vaincre sous Orléans , vous la vaincrez encore.

Marchons donc avec résolution et confiance! En avant, sans calculer le danger! Dieu protège la France !

Quartier général de Saint-Jean, le l**" décembre 1870.

Signé : d'Aurelle.

CIRCULAIRE de TOURS.

l»»^ décembre 1870, à huit heures du soir.

Intérieur à préfets, sous-préfets et généraux,

La délégation du Gouvernement a reçu aujourd'hui, l^*" décembre, la nouvelle d'une victoire remportée sous les murs de Paris, pendant les journées des 28, 29 et 30 novembre. Cette nouvelle avait été apportée à Tours par le ballon le Jules Favre , descendu près de Belle- Isle-en-Mer. A quatre heures M. Gambetta, membre du Gouvernement, s'adressant à la foule réunie dans la cour de la préfecture, a confirmé en ces termes la grande et heureuse nouvelle : « Chers concitoyens, après soixante-douze jours d'un siège sans exemple dans l'histoire , tout entier consacré à préparer , à organiser les forces de la délivrance, Paris vient de jeter hors de ses murs, pour rompre le cercle de fer qui l'étreint, une nombreuse et vaillante armée, préparée avec prudence par des chefs consommés que rien n'a pu

ébranler ni émouvoir dans cette laborieuse organisation de la victoire. Cette arme'e a su attendre l'heure propice, et l'heure est venue. Excite's, encouragés par les fortifiantes nouvelles venues d'Orléans, les chefs du Gouvernement avaient résolu d'agir, et tous d'accord, nous attendions depuis quelques jours avec une sainte anxiété le résultat de nos efforts combinés. C'est le 29 au matin que Paris s'est ébranlé. Une proclamation du général Trochu,a appris à la capitale cette résolution suprême, et avant de marcher au combat, il a rejeté la responsabilité du sang qui allait couler sur la tête de ce ministre et de ce roi dont la criminelle ambition foule aux pieds la justice et la civilisation moderne. L'armée de sortie est commandée par le général Ducrot, qui, avant de partir, a fait, à la manière antique, le serment solennel, devant la ville assiégée et devant la France anxieuse, de ne rentrer que mort ou victorieux. Je donne dans leur laconisme les nouvelles apportées par le ballon le Jules Favre, un nom de bon augure et cher à la France, tombé ce matin à Belle-Isle-en-Mer. Le 29 au matin , la sortie dirigée contre la ligne d'investissement a commencé sur la droite par Choisy, l'Hay et Chevilly. Dans la nuit du 29 au 30, la bataille a persisté sur ces divers points. Le général Ducrot, sur sa gauche, passe la Marne le matin ; il occupe successivement Mely et Montmerly, il prononce son mouvement sur la gauche, et, adossé à la Marne, se met en bataille de Ghampigny à Bry. L'armée passe alors la Marne sur huit points , elle couche sur ses positions après avoir pris à l'ennemi deux pièces de canon. L'affaire a été rapportée à Paris par le général Trochu. Ce rapport, où on fait l'éloge de tous, ne passe sous silence que la grande part du général Trochu à l'action : ainsi faisait Turenne. Il est constant qu'il a rétabli le combat sur plusieurs points, en entraînant l'infanterie par sa présence. Durant cette bataille, le périmètre de Paris était couvert par un feu formidable; l'artillerie fouillait toutes les positions de la ligne d'investissement. L'attaque de nos troupes a été soutenue pendant toute l'action par des canonnières lancées sur la Marne et sur la Seine. Le chemin de fer circulaire de M. Dorian, dont on ne saurait trop célébrer le génie militaire, a coopéré à l'action à l'aide de wagons blindés faisant feu sur l'ennemi. Cette même journée du 30, dans l'aprèsmidi , a donné lieu à une pointe vigoureuse de l'amiral de La Roncière, toujours dans la direction de l'Hay et Chevilly. Il s'est avance sur Longjumeau et a enlevé les positions d'Épinay, au delà de Longjumeau, positions de tranchée des Prussiens qui nous ont laissé de nombreux prisonniers et encore deux canons. A l'heure oii nous lisons la dépêche de Paris, une action générale doit être engagée sur toute la ligne. L'attaque du sud, du l^"" décembre, doit être dirigée par le général Vinoy. D'aussi considérables résultats n'ont pu être achetés que

par de glorieuses pertes : 2,000 blessés; le général Renault, commandant le 2* corps, et le général Lacharrière, ont été blessés; le général Ducrot s'est couvert de gloire , et a mérité la reconnaissance de la nation. Les pertes prussiennes sont très-considérables. Tons ces renseignements sont officiels, car ils sont adressés par le chef d'état-major général , le général Schmitz.

Signé : Léon Gambetta.

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