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APPEINDICES. 573
le but de vos opérations. Si l'ennemi ne vous offre pas jusqu'ici une grande résistance , il se montre de ce côté très-entreprenant. Depuis notre arrivée au Mans, ce ne sont que combats continuels dans la vallée de l'Huisne, sur la route de Saint-Galais, sur les deux rives du Loir, et en avant du chemin de fer du Mans à Tours. Le duc de Mecklembourg , après avoir concentré ses forces sur l'Eure, et tiré des renforts des contingents venus d'Allemagne, cherche à descendre l'Huisne, nous refoulant sur le chemin de fer de Chartres au Mans et menaçant celui du Mans à Alençon. Le prince Frédéric-Charles, après quelques démonstrations sur Gien et la rive gauche de la Loire, a réuni toute son armée entre Vendôme et Blois, et nous menace par Saint-Calais oii il est de sa personne, et par la vallée du Loir, par laquelle il cherche à tourner nos positions et à couper la ligne ferrée du Mans à Tours. Il est évident que le but de l'ennemi est d'en finir avec l'armée de la Loire, soit en l'attirant en dehors de ses positions, soit en la bloquant sur ses positions pour empêcher sa marche sur Paris. Je vais d'abord résister aux attaques. Dès que j'aurai les renforts qu'on m'annonce, je tenterai l'offensive. Votre mouvement est excellent, mais, pour Paris et pour moi, le résultat est à trop longue échéance. Il me tarde de vous voir sur les communications de l'ennemi, et de voir le prince Charles se préoccuper de ce nouveau danger; cela nous dégagera d'autant, et donnera à notre mouvement plus de possibilité et de chance de succès. Signé : Chanzy.
Le (jénéral Bourbaki au générai Chanzy , au Mans.
Montbozon, le 8 janvier 1871, dix heures trente minutes du malin.
Mon quartier général est à Montbozon, il y sera encore demain avec celui du 18^ corps; ceux du 20® et du 24® seront à Rougemont et à Cuze. Le 15® corps est dirigé sur Clerval; une brigade sera détachée à Blamont, menaçant Montbéliard. Le reste du corps sera dirigé , au fur et à mesure des débarquements , dans la direction de Fontenelle, et formera l'extrémité droite. J'ai quitté Bourges pour faire évacuer Dijon , Gray, Vesoul et lever le siège de Belfort. Les garnisons de ces deux premières villes , menacées de se voir couper leur retraite sur le Haut-Rhin , se sont retirées sans combat. Je continue l'exécution de mon programme. Mes avant-postes ont eu quelques engagements avec l'ennemi, il peut se faire que notre première rencontre sérieuse ait lieu à Villersexel. Quels que soient les moyens employés, je me propose, une fois Belfort débloqué, de me porter sur les communications de l'ennemi. Mes mouvements ont été retardés par la ditficulté de faire vivre des troupes lorsqu'elles s'éloi-
gnent des voies ferrées, comme par l'état des chemins et des routes, qu'une couche de verglas rend peu praticables.
On m'annonce que l'ennemi n'occupe plus Orléans, et qu'il dirige des forces considérables vers l'Est. J'ai demandé que les troupes du général de Pointe, à Nevers, fissent des démonstrations et tiennent l'ennemi en respect du côté de Clamecy et sur les bords de la Loire.
Vous pensez sans doute, puisque vous êtes prêt, qu'en prenant maintenant l'offensive vous faciliterez et la tâche des défenseurs de Paris et la mienne. Je chercherai le plus promptement possible à couper les communications de l'ennemi, mais je crois qu'il convient de ne jouer son va-tout qu'à bon escient. G. Bourbaki.
NOTE 27 bis.
Guerre à générai Chanzy, au Mans,
Bordeaux, 11 janvier 1871.
Vous êtes pleinement autorisé à enlever son commandement à tout chef de corps qui n'écouterait pas strictement les ordres reçus ou ne saurait pas maintenir sa troupe, et pareillement vous avez pouvoir de récompenser sur-le-champ les officiers et les soldats qui donneront l'exemple du dévouement et de la ténacité. Quant aux récompenses sollicitées par vous pour la deuxième armée, plus des trois quarts ont été accordées, et les décrets ont paru au Moniteur. Si vous ne les avez pas reçus^ c'est sans doute par suite d'un retard dans le transport des plis. Je vais les hâter. Signé : de Freycinet.
Intérieur à général Chanzy , Mans.
Bordeaux, 11 janvier, deux heures quarante-cinq minutes.
Nous comptons absolument sur vous pour résister à ce suprême effort.
Vous pouvez faire toutes les nominations, promotions et révocations nécessaires, assuré que la ratification suivra sans retard.
Signé : Léon Gambetta.
N» 684. Au général de Colomb, à Yvré-l'Evêque.
Le Mans, 11 janvier 1871.
Je vous remercie de ce que vous avez fait aujourd'hui. Je suis sûr que demain vous ferez davantage encore. Vous m'avez dit combien vous êtes satisfait du général Goujard. Je le fais commandeur. Le ministre m'a donné pleins pouvoirs pour récompenser ou punir.
Demandez-moi, je ne serai point avare.
Vous allez recevoir mes instructions ; il faut à tout prix conserver votre position.
Je ne puis vous envoyer de troupes fraîches, je n'en ai pas. Mais afin de vous venir en aide, je prescris au gênerai Jaurès de se replier par sa droite, de venir défendre les hauteurs en avant de Sargé jusqu'à Yvrë-l'Évêque , et de renforcer la division Goujard de toutes les troupes dont il pourra disposer. Il faut que la division Paris rachète demain son hésitation d'aujourd'hui. Faites-lui attaquer demain les positions perdues aujourd'hui, et reprendre Champagne. Prévenez-la que je récompenserai, séance tenante, les braves qui se distingueront. Ce que je vous demande est difficile, je le sais, mais je sais aussi que là oii vous commandez on peut tout oser. J'y compte.
Signé : Ciianzy.
N° 1275. A général Goujard, Yvré-C Évoque.
Le Mans, 11 janvier 1871.
Je suis très-content de vous et de vos troupes.
Le ministre m'a donné le droit de récompenser ceux qui le méri feraient.
Je vous fais commandeur.
Signalez-moi ceux pour qui vous voulez des récompenses ou des punitions.
Je ne ménagerai ni les unes ni les autres.
Je vous remercie pour aujourd'hui et je compte sur vous pour demain. Signé : Chakzy.
Général Goujard à général Chanzy, Mans.
11 janvier 1871.
La division Paris a abandonné le plateau, elle est en pleine déroute.
L'ennemi a réoccupé le plateau abandonné.
Les troupes de ma division , envoyées en soutien , ont été entraînées par la foule et sont descendues avec les autres.
Si l'attaque du général Jaurès sur Champagne se prononce de bonne heure, elle peut nous donner le temps de nous reconnaître.
Signé : Goujard.
Général Goujard à général Chanzy.
12 janvier 1871.
Vous me récompensez au delà de mes mérites, recevez mes remer-
cùnents les plus sincères. Comptez sur tout mon dévouement. Je serai jusqu'à ma dernière heure entièrement dévoue' au salut de la patrie. J'ai près de moi des officiers qui ont donné le plus bel exemple, je vous les désignerai dans quelques instants.
Je vous envoie un officier qui vous expliquera en détail la situation militaire. Signé : Goujard.
Général de Colomb à général Chanzy, au Mans.
Yvré, 11 janvier 1871.
En rentrant ce soir, j'ai fait à votre officier d'ordonnance le récit aussi exact que possible de la journée. Je complète le rapport verbal qui déjà fait connaître ma situation.
Après occupation du plateau par Tennemi, les troupes ramenées ont repris la position, grâce au concours énergique des zouaves pontificaux entraînés par le général Goujard. Le chef d'état-major de la 2" division vient de me dire avoir parcouru une partie du plateau sans rencontrer trace d'ennemi. La 2® division est complètement désorganisée , le colonel Koch et plusieurs chefs de corps sont blessés; tous les corps sont mélangés. Je vais couvrir la gauche par un bataillon du général Goujard qui le donne comme solide ; cela j)ermettra peut-être de réorganiser un peu demain de bonne heure les différents corps. Avec cette infanterie, se trouvent sur le plateau quatre mitrailleuses américaines et deux obusiers de montagne laissés par le général Goujard. Je ne dois pas dissimuler le peu d'espoir que j'ai de tenir demain dans ces conditions, à moins de recevoir des renforts sérieux. Il résulte de l'interrogatoire séparé de plusieurs prisonniers, que le front de la deuxième armée a été attaqué aujourd'hui par les 3^, 9'^, 10^ corps d'armée prussienne sous les ordres immédiats du prince Frédéric-Charles, soutenus par une artillerie formidable. Beaucoup de contingents ennemis, qui ont donné aujourd'hui, n'étaient pas entrés en ligne depuis les 3 et 4 décembre, et ont fait jusqu'à quarante kilomèties depuis hier pour arriver sur le théâtre de l'action.
Signé : de Colomb.
N"" 648. Au général Barry, par Ecommoy. A communiquer
à l'amiral.
Le Mans, 10 janvier 1871.
Ralliez toute votre division à Mulsanne où je renvoie tous vos
fuyards. Vous y attendrez les ordres de l'amiral tout en vous portant au canon, quelle que soit la direction où vous l'entendiez. Si après vous avoir fait reconnaître, votre présence peut être utile comme soutien, et si l'ennemi continue sa marche sur le Mans, votre place, pour défendre les positions confiées au 16® corps, est en avant de Pontlieue, sur les hauteurs qui dominent le Chemin aux Bœufs qui conduit d'Arnage à Changé. Parigné a été réoccupë cette nuit par des troupes du général Deplanque.
Il m'est de plus en plus démontré qu'il ne faut que de la vigueur pour battre les Prussiens. Signé : Chanzy.
Amiral à général Chanzy.
Pontlieue, 12 janvier 1871.
Le général Deplanque est attaqué, les fuyards abondent de plus en plus. Je fais passer de l'autre côté de la Sarthe les convois, les bagages, les réserves, l'artillerie qui nous sont inutiles pour le moment. Quel ordre voulez-vous que je donne aux généraux Roquebrune et de JoufFroy?
Le général LeBouèdec est abandonné du peu de troupes qu'il avait ralliées cette nuit, je ne suis couvert ici, du côté des routes de Tours et d'Angers, que par deux escadrons de chasseurs.
Signé : Jauréguiberry.
Annulai à général en chef, au Mans.
Pontlieue, 12 janvier, cinq heures du matin
Je reçois votre dépêche qui me prescrit de reprendre, dès ce matin^ une offensive vigoureuse. J'ai aussitôt donné l'ordre au général de JoufFroy, qui se trouvait chez moi, de faire occuper par les troupes de sa division les positions en avant que défend le général Desmaisons. Le général de JoufFroy m'a répondu que si je lui retire la brigade Desmaisons, il ne peut répondre de rien. J'ai néanmoins maintenu l'ordre, afin d'avoir trois mille hommes à ma disposition. Le général Deplanque m'écrit qu'il lui est impossible de rester dans ses positions, parce que, si la fusillade un moment interrompue recommence, ses troupes ne tiendront plus.
Signé : Jabréguiberry.