‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 328 sur 345 · DÉPÊCHE CONFIDENTIELLE · texte numérisé non relu

DÉPÊCHE CONFIDENTIELLE

Guerre à général Chanzy, au Mans. A communiquer à Gambetta, à Lyon.

Bordeaux, 26 décembre, quatre heures quinze miautes.

La première armée allemande, moins les trois quarts du 15e corps, est vers Châlons. A Orléans, l'ennemi paraît se concentrer et en même temps envoyer des forces vers Montargis. Il ne paraît pas avoir grand monde le long de la Loire ni en Sologne. On signale un corps de 15 à 20,000 hommes sur Auxerre, qui paraît se diriger vers Montargis. Dans le nord, la position de Faidherbe est excellente. Je m'occupe d'accétérer les souliers et les vêtements. Vous avez dû en recevoir de fortes quantités. Signé : de Freycinet.

N** 471. Général Chanzj au général Barry, à Chahaignes,

par Ecommoy.

Le Mans, 21 décembre 1870.

L'ennemi, après avoir repoussé de Monnaie les troupes du général Pisani, est aux environs de Tours. Les communications télégraphiques et par chemins de fer, directement du Mans à Tours , sont interrompues. Le général Pisani, renforcé par le général de Gurten venant

de Poitiers, a l'ordre de se rabattre du côtd du Mans; je l'arrêterai en deçà du Loir qu'il faut défendre. Avec vos troupes et celles dont \\ s'agit, je formerai une colonne pour repousser l'ennemi de Tours, ou tout au moins pour l'empêcher de descendre sur la rive droite de a Loire. Faites donc étudier les passages du Loir, de la Ghartre au Lude, et les défenses de ces passages.

Avez-vous reçu la poudre pour les ponts, qu'il ne faut détruire qu'à la dernière extrémité et dans le cas d'une défense impossible. Envoyez-moi d'urgence la composition exacte et les emplacements de tous les corps, troupes ou détachements sous vos ordres, à Chahaignes, la Ghartre, Ghâteau-du-Loir, Jupilles, etc., et l'indication des corps qui manquent pour la reconstitution complète de la 2^ et de la 3® division du 16^ corps.

Je veux en un mot vous reconstituer solidement et vous charger de la défense du Loir en vous reliant par le chemin de fer du Mans à Ghâteau-du-Loir, et en me ménageant la possibilité d'opérer sur le Loir dès que cela me sera possible. Donnez-moi tous les renseignements que vous avez de l'ennemi dans les directions de Ghâteau-Renault et de Montoire. Signé : Guanzy.

N"* 472. Général Chanzy au général Ferri Pisani, à Langeais {par Saumur)^ et à général de Curten, à Poitiers.

Le Mans, 21 décembre.

Vous avez reçu l'ordre du ministre de vous réunir et de vous replier sur mon armée. Je fais occuper le Loir, de Ghâteau-du-Loir à la Ghartre^ et défendre les passages jusqu'au Lude. Portez-vous sur Ghâteau la Vallière, d'où, réunis, vous pourrez menacer l'ennemi s'il cherche à descendre la Loire. Je vous y ferai renforcer au besoin. L'ennemi ne me paraît pas en force aux environs de Tours. L'opération est possible et de la dernière importance. Votre retraite en deçà du Loir, par le Lude, serait toujours possible; vous couvririez dans tous les cas la droite de l'armée.

Envoyez-moi la composition exacte des troupes sous vos ordres , infanterie, cavalerie, artillerie, et renseignez-moi promptement et chaque jour sur les mouvements et la force de l'ennemi sur la rive droite de la Loire, dans les directions de Tours et de Ghâteau Renault. 'Signé : Ghanzy.

N° 478. Général Chanzy au ministre de la guerre y à Bordeaux.

Le Mans, 21 décembre 1870.

Le général Pisani n'ayant pu tenir à Monnaie, on signale l'ennemi

arrivé à Tours. Je prescris aux généraux Pisani et de Curten, une fois réunis comme vous leur en avez donné l'ordre, de se porter, sur Ghàteau-la-Vallière, avec ligne de retraite sur le Loir, se reliant avec les forces que j'ai disposées le long du Loir pour couvrir l'aile droite de l'armée, si l'ennemi cherche à prolonger son mouvement au delà de Tours, et me donner la possibilité de l'attaquer si je trouve une bonne occasion. L'armée s'installe dans de bonnes conditions autour du Mans; je n'ai pas encore pu faire partir les francs-tireurs Lipouski, qu'il me tarde de lancer dans la direction de Nogent. On me signale 4 à 5,000 Prussiens à la Ferté-Bernard, paraissant se diriger sur Bonnétable; je prends des mesures pour empêchei: ce mouvement. Je suis sans nouvelles des opérations des autres armées et des forces ennemies qu'elles peuvent avoir devant elles. Je suis de plus en plus convaincu qu'un mouvement de la première armée sur Troyes est facile, opportun et nécessaire. Signé : Chanzy.

N« 484. Au général Pisani, Saumur.

Le Mans, 22 décembre 1870.

Ralliez de suite, comme je vous l'ai prescrit, les troupes du général de Curten, et portez-vous sur Château-la-Vallière, ou tout au moins sur le Lude, pour couvrir le Loir. Reliez-vous aux corps que j'ai à Ghâteau-du-Loir et à la Ghartre, et essayez de tomber sur le flanc ch'oit de l'ennemi s'il s'avançait de Tours sur Saumur ; je crois la chose très-possible. L'ennemi n'est pas nombreux sur la Loire, il ne s'avance que parce que nous nous retirons. Recherchez le colonel Lacombe et employez ses huit escadrons à éclairer le pays jusqu'à Tours. Je regrette que vous ayez quitté prématurément votre position de Langeais. Signé : Ghanzy.

N» 507. Le général Chanzy au général Barry , à Chahaignes

{par Ecommoy).

Le Mans, 22 décembre 1870.

L'ennemi , après une démonstration sur Tours, n'a pas pénétré dans la ville et se retire sur Château-Renault; il paraît en désarroi et inquiet de mouvements qui appellent son attention ailleurs. Occupez Château-du-Loir, si vous ne l'avez déjà fait, et envoyez une reconnaissance de cavalerie et d'infanterie, commandée par un officier énergique, dans la direction de Beaumont, afin de savoir quels peuvent être les mouvements de l'ennemi sur la rive gauche du Loir. Je vais organiser une colonne mobile et la diriger sur Château-la-Val-

lière et Tours, dès que je saurai que le mouvement prescrit aux troupes qui sont à Saumur s'exécute. Le moment est opportun; il ne faut que de la confiance pour réussir, et je compte sur vous.

Signé : Chakzy.

N" 596. Général Chanzy à général de Ciirten et à général Cléreî, à Neutllé-Pont-Pierre ; à général Barry, à Chahaignes {par Ecommoy), et à l'amiral Jauréguiberry, à Pontlieue.

Le Mans, 27 décembre 1870.

D*après les renseig^nements qui me parviennent, l'ennemi est en très-petit nombre à Blois et sur les deux rives de la Loire, de Blois à Tours. Il y aurait encore une force assez considérable à Vendôme; et enfin des partis battraient le pays du Loir à la Loire , en menaçant Montoire, Château-Renault et jusqu'à Monnaie.

Le général de Jouffroy, avec une colonne mobile, a l'ordre de faire une démonstration en avant de Saint-Calais , sur Vendôme. Il reste à protéger d'une façon efficace la ligne ferrée si importante du Mans à Tours. Le général Barry assure cette protection sur la rive droite du Loir. Le général de Curten , afin de se relier avec la 3® division du 16® corps qu'il commande, s'avancera de Gbâteau-la-Vallière à Neuillé-Pont-Pierre, poussant ses avant-postes à Neuvy-le-Roi et à Beaumont-la-Ronce.

Le général Cléret, avec les troupes dont il dispose, prendra position à Saint-Antoine du Rocher, avec avant-postes à Cérelles , à Notre- Dame d'Oé, utilisant pour s'éclairer dans la direction de Monnaie et dans celle de Blois les escadrons du colonel Lacombe , qu'il est inutile de conserver à Saint-Paterne. Le général de Curten pourra ainsi tirer ses approvisionnements du Mans , par le chemin de fer, et le général Cléret de Tours , par la même voie.

La mission de tous est donc , je le répète, de couvrir le chemin de fer du Mans à Tours, et les forces dont on dispose suffisent, et au delà, pour assurer cette protection quoi qu'il arrive.

Me tenir exactement renseigné sur les mouvements de l'ennemi et sa force, en contrôlant avec soin toutes les nouvelles.

Signé . Chanzy.

Corps d'observation de la Chartre.

Chahaignes, le 21 de'cembre 1870.

Mon général.

Ainsi que je vous l'ai fait connaître, j'ai installé hier matin mon quartier général à Chahaignes, emmenant avec moi rW Jnpilles la petite

brifjade Baille avec une batterie de 4 que j'ai postée sur la gauche du village, en un point (la Montrée) d'où elle balaye la route de laChartre au Mans, pour protéger la retraite. L'infanterie est campée dans les prairies boisées au-dessous, regardant le village de l'Homme.

Trois bataillons, avec quatre pièces et un peloton de lanciers, commandés par un colonel , sont postés au pont de Braye.

Le général Paris occupe la Chartre avec quatre bataillons, deux escadrons et demi et dix pièces. Pour compléter et assurer ce système, en surveillant de près mon objectif, j'aurais l'intention, si cela n'est pas en dehors de vos vues, d'occuper Ghâteau-du-Loir avec les quelques renforts que m'amène le général Desmaisons et une batterie. Je tiendrai ainsi la route du Mans, avec Jupilles pour point intermédiaire.

Je ne puis guère plus rien tirer de Jupilles, qui forme ma réserve et garde la forêt de Bersay.

Dans l'état des troupes que je commande , je ne puis songer à aucun mouvement offensif. Je m'estimerai fort heureux si je tiens nos positions. Si j'avais des francs-tireurs, je pourrais inquiéter l'ennemi.

Je m'occupe de la réorganisation en ce qui concerne ma division, dont je n'ai ici que 800 hommes du 38^, 800 du 31e, 600 hommes de la Mayenne et douze pièces.

Je transmets vos instructions aux autres troupes. J'enverrai les états de besoins au Mans, parce que, avec les divisions et corps différents qui composent mes troupes, ces besoins ne peuvent être assurés par le 16* corps.

Je crois pouvoir renvoyer au Mans les quatre pièces de 12 que j'ai à la Chartre.

On m'annonce que les Prussiens travaillent au rétablissement du pont de Lavardin, et que, d'un autre côté, ils se montrent vers Château-Renault.

J'ai trouvé, dans le pays boisé que j'occupe ici, beaucoup d'empressement et de générosité de la part des maires et des populations; il n'en a pas été de même à Montoire et à la Chartre, où les autorités se sont montrées plus que tièdes vis-à-vis de nous.

Les communications télégraphiques de Chahaignes au Mans me sembleraient plus faciles par Château-du-Loir.

Quelques cartes du pays me seraient indispensables.

Le général : Barry,

Chahaignes, 23 décembre 1870.

Mon général , Conformément à vos ordres, j'ai fait reconnaître tous les ponts et

APPEISDIGES. 537

çuës entre la Charfre et le Lude, et je vous en adresse ci-joint la nomenclature :

Tous les ponts et çue's sont observe's et gardés par des postes permanents du 31^, que j'ai installé aujourd'hui à Ghâteau-du-Loir, avec une batterie de six pièces en position sur l'emplacement ménagé à cet eflPet et admirablement choisi ; il serait à désirer que la défense de la Ghartre fût aussi forte. Je ne détruis plus aucun pont. Il me faudrait, pour la surveillance dont je suis chargé, un autre régiment de cavalerie, hussards. Je n'ai pas encore reçu mes mitrailleuses. Mes renseignements sur l'ennemi , reçus de divers côtés , s'accordent à représenter le duc de Mecklembourg se portant rapidement sur Ghartres : soixante mille hommes, une grosse cavalerie et cent pièces pour se porter vers Paris, à la suite des événements encore inconnus pour nous du 21 décembre. Autour de moi, toujours des uhlans et des réquisitions ; rien de bien sérieux. On me croit beaucoup plus fort que je ne suis , même dans le pays. Mes francs-tireurs annoncés ne sont pas venus ; ils me font grand'faute : ils purgeraient mon voisinage de ces incursions insolentes. Le général : Barry.

N" 477 bîs. Général Chanzy au général Jaurès, à Sargé.

Le Mans , 21 décembre 1870.

On me signale quatre à cinq mille Prussiens, infanterie, cavalerie et artillerie, qui seraient arrivés aujourd'hui à midi à la Ferté-Bernard. D'autres détachements seraient passés au Theil, descendant la route de Bonneval. Toutes ces troupes semblent venir de l'Est ; il importe de ne pas les laisser devant vous atteindre la Sarthe pour s'emparer des ponts qui leur donneraient accès sur la rive droite. Organisez donc vos colonnes mobiles, ainsi que vous me l'avez proposé, et lancez-les à la poursuite de ces détachements.

Les francs- tireurs Lipouski, que je dirige sur la Ferté et Nogent, ne peuvent quitter le Mans que demain. Continuez demain l'installation de vos corps et vos travaux de défense, en vous éclairant le plus loin possible, entre la Sarthe et l'Huisne. Signé : Chanzy.

DEPECHE

N° 505, Au général Jaurès, à Sargé.

Le Mans, 22 décembre 1870.

Les renseignements qui m'ariivent ce soir de différents côte's me donnent l'assurance qu'un coup de main, ou tout au moins une poursuite fructueuse, peut être tenté sur la Ferté-Bernard et Nogent. Organisez de suite, sous le commandement du général Rousseau, une colonne mobile de deux mille hommes d'infanterie, choisis dans toute sa division, qui restera en position ; pourvoyez-la de trois jours de vivres et d'une réserve de cartouches ; tenez-la prête à partir demain vers onze heures. Je demande à la gare si on peut m'assurer son transport d'Yvré-l'Évêque à la Ferté-Bernard. Vous donnerez en même temps l'ordre au colonel Villain de partir de Gonnerré, avec deux bataillons de ses troupes, pour Sceaux, oiiil attendra le général Rousseau. Gomme il serait trop long de mettre en chemin de fer de l'artillerie, faites partir, demain de bonne heure, une batterie de 4 et deux mitrailleuses bien attelées, sous l'escorte de deux escadrons, pour rejoindre à Sceaux le colonel Villain. Sa colonne , réunie au général Rousseau, se portera sur la Ferté-Bernard, et de là sur le Theil, pour pousser sur Nogent et se rabattre sur Authon ou à gauche sur Bellesme, selon les renseignements qu'il aura de l'ennemi et les chances qui se présenteront à lui. Je compte sur les dispositions que vous prendrez et sur l'énergie du général Rousseau pour un bon résultat. Sa retraite, s'il se heurtait à des forces trop considérables, pourrait toujours se faire le long de l'Huisne ou par Bonnétable, et, tenu au courant de son mouvement, vous le feriez soutenir sur la direction qu'il vous indiquerait.

Ne choisissez que des troupes solides. Tout dépend de la rapidité du mouvement. J'enverrai demain de la cavalerie sur Vibraye. Je veux également essayer une démonstration dans la direction de Tours, où l'ennemi n'a osé pénétrer. Si le transport en chemin de fer n'était pas possible, le général Rousseau irait coucher le plus loin qu'il pourrait, et vous combineriez ses mouvements et ceux du colonel Villain en conséquence.

Les francs-tireurs du colonel Lipouski partent également pour la Ferté-Bernard et Nogent. Si le général Rousseau les rejoint, il les prendra sous son commandement et les fera concourir à son opération. Une fois la voie libre sur la Ferté-Bernard et Nogent, il sera toujours possible de ravitailler le général Rousseau, ce qui le dispense d'un convoi et rend son mouvement plus facile et plus rapide. Ren-

dez-moi compte des dispositions que vous prenez pour l'exécution de cet ordre. Signé : Ghanzy.

N° 506. Général Chanzy au général commandant à Alençon.

Le Mans, 22 décembre 1870.

Je crois l'ennemi en désarroi du côte de Nogent. J'envoie demain une colonne mobile pour le poursuivre dans cette direction et battre le pays sur les deux rives de l'Huisne.

Je compte sur les deux bataillons de l'Orne dont vous m'annoncez l'envoi à Mamers. Du côté de la Loire, l'ennemi, qui n'a osé entrer à Tours, semble rétrograder sur Château-Renault. Ces renseignements sont pour vous seul. Signé : Chanzy.

N" 609. Général Chanzy à général de Jouffroy , à Montoire ,

par Château- du- Loir.

Le Mans, 28 décembre 1870.

Je vous félicite sur le résultat que vous avez obtenu hier. Continuez à poursuivre l'ennemi, soit sur Vendôme, soit sur Château- Renault, selon les renseignements que vous aurez et les chances qui se présenteront. En marchant sur Château-Renault vous aurez toujours, au besoin , votre ligne de retraite sur Neuvy-le-Roy, occupé par le général de Curten , ou sur la Chartre, occupée par le général Barry. Si vous marchez sur Vendôme, vous avez pour retraite la route que vous avez suivie et celle de Saint-Calais. Les généraux Barry et Michel, avec lesquels vous devez vous tenir en communication, ont l'ordre de vous appuyer si vous le leur demandez, et dans la direction que vous leur indiquerez. Je ne puis d'ici prescrire des dispositions pour vous soutenir, ne sachant à quelles forces vous avez affaire, la route que vous allez suivre et la ligne de retraite que vous adopteriez. Je renouvelle mes ordres aux généraux Barry et Michel, et je préviens le général de Curten. Ne perdez pas de vue qu'il est très-important que l'ennemi, signalé de nouveau à Château- Renault et à Amboise, mais en petit nombre, ne puisse plus arriver ici à Tours, ni sur le chemin de fer de cette ville au Mans.

Signé : Chanzy.

N° 611. Général Chanzy à général Barry, à Chahaignes.

Le Mans , 28 décembre 1870.

Le général de JoufFroy a fait un bon coup de main hier en repoussant l'ennemi de Montoire sur Château-Renault ; il importe de pour-

suivre ce succès. Donnez-lui donc immédiatement l'appui qu'il vous demanderait. Si vos routes le long du Loir sont coupées, il vous est toujours possible, en vous entendant avec lui, de l'appuyer par Bessé et la route qu'il a suivie, s'il opère sur la rive droite du Loir ; ou en passant cette rivière à la Chartre, s'il se porte sur la rive gauche. Dans le cas d'un mouvement, vous ne partiriez qu'avec ce qu'il y a de plus valide et de plus solide dans vos troupes, en laissant sur vos positions ce qui est nécessaire pour les garder et en n'emmenant de voitures que ce qui est indispensable. Ne re'parez pas les routes coupées qui aident toujours à la défense de nos positions en deçà du Loir. Je ne vois aucune utilité à occuper le Grand-Lucé ; les troupes qui y sont peuvent vous remplacer celles que vous emmènerez. Le ministre m'autorise à disposer du général Peytavin. Donnez-lui l'ordre de venir ici, je lui donnerai une division au 17® ou 21* corps. Ne perdez pas un moment pour appuyer de JoufFroy, s'il le demande.

Signé : Ghakzy.

N" 613. Général Chanzy à général de Cîirten,

Neuillé-Pont-Pierre ,

Le Mans, 28 décembre 1870.

Le général de Jouflroy a battu l'ennemi hier à Montoire, lui a fait cent prisonniers, enlevé des bagages, et l'a poursuivi dans la direction de Château-Renault. Je lui prescris de continuer soit sur Vendôme, soit sur Château-Renault, selon les indications qu'il recueillera. Il sait que vous occupez Neuillé-Pont-Pierre, Beaumont-la-Ronce etNeuvyle-Roy ; soutenez-le dans la direction qu'il indiquera, s'il vous le demande, sans autre ordre de moi. On signale des partis ennemis aux environs de Monnaie et sur Amboise. N'oubliez pas que vous couvrez toute la ligne du chemin de fer du Loir à la Loire. N'hésitez pas à courir sus aux partis de l'ennemi qu'on vous signalerait; vous disposez de forces supérieures aux siennes. Il n'est pas de cas oii il puisse tromper votre surveillance ou forcer votre ligne. Donnez-moi l'indication exacte des positions que vous occupez et celles du général Gléret, provisoirement sous vos ordres. Signé : Chanzy.

N" 617. Général Chanzy à ministre de la guerre.

Lyon-Bordeaux,

Le Mans, 28 décembre 1870.

Le général de JoufFroy, parti hier de Bessé avec colonne mobile pour surprendre l'ennemi à Montoire, a eu un engagement assez vif

entre Fontaine, Saint-Quentin et Montoire. L'ennemi a opéré sa retraite dans la direction de Château-Renault.

Poursuivi jusqu'à cinq kilomètres au delà de Montoire, il a laissé entre nos mains une centaine de prisonniers, des caissons, des équipages, ses ambulances, deux officiers tués et plusieurs blessés. Le général de JoufFroy a l'ordre de continuer soit sur Vendôme, soit sur Château-Renault, suivant les indications qu'il recueillera. Je le fais appuyer. Dans la vallée de l'Huisne, la situation est la même, le général Rousseau est resté à la Ferté-Bernard et surveille le Perche. Le colonel Lipouski est à Nogent, Cathelineau à Vibraye. Le général Jaurès fait observer la direction de Mamers par une colonne mobile placée à Ballon. Le mouvement de l'ennemi sur Chartres et au delà se continue. Dans les lettres prises sur le courrier prussien à la Loupe, on trouve la confirmation de ce mouvement.

Un officier écrit de Châteauneuf qu'ils attendent des vêtements et se préparent à une revue du Roi, qui semble réellement avoir quitté Versailles. Signé : Ghanzy.

N" 681. Générai Chanzy à générai Barry, à Cliâteau-du-Loir,

Le Mans, 30 décembre 1870.

D'après nouvelles du général de JoufFroy, hier à trois heures, il se concentrait à Fortan , Lunay et Mazangé , pour reprendre aujourd'hui son opération sur Vendôme. La 1" brigade envoyée vers lui n'avait pas de vivres, cela est des plus regrettables; c'est à vous à en assurer à toutes les troupes de votre division, quelles que soient les positions qu'elles occupent. Le général Michel a reçu ses instructions et s'y conforme. Votre rôle est de soutenir le général de JoufFroy de la façon la plus efficace , tout en maintenant vos positions du Loir, qui ne se trouvent du reste aucunement menacées actuellement , puisque l'ennemi est au delà des Roches et de Château-Renault. J'ai prescrit aux généraux de Curten et Cléret de faire aujourd'hui de fortes démonstrations en avant de leurs positions. Nous ne pouvons être tenus en échec par des forces bien certainement inférieures aux nôtres ; il faut de l'initiative et de la vigueur; vous êtes sur les lieux, appréciez et agissez. Signé : Chanzy.

Lettre du générai de Jouffroy au général en chef.

Lunay, 30 décembre 1870.

Mon général,

Ainsi que je vous en ai rendu compte, hier, j'ai arrêté dans l'aprèsmidi mon mouvement sur Vendôme. Mes troupes, principalement

celles envoyées par le général Barry, étaient fatiguées, les vivres n'étaient pas suffisamment assurés au delà d'un jour, enfin, et surtout, je n'étais pas assez appuyé en raison des difficultés qui m'attendent.

J'ai fait occuper Azay par un bateillon de mobiles ; ce bataillon y est entré sans coup férir à neuf heures du soir. Une reconnaissance ennemie de mille à douze cents hommes, avec six pièces d'artillerie, y était passée le matin vers onze heures , allant dans la direction d'Epuisay.

Je fais occuper ce matin Épuisay par le 36* de marche ; le lieutenant-colonel Marty, qui commande ce régiment, a avec lui quatre pièces de 4 et deux mitrailleuses. Il a pour mission d'occuper fortement et de défendre Épuisay, si besoin est.

Le lieutenant-colonel Baille, avec le 38« de marche, le 66" mobiles et six pièces de 4, arrivera ce matin à Fortan.

Les éclaireurs algériens seront aujourd'hui à Montoire ; les fi:'ancstireurs à Bessé et Lavenay ; le 3® cuirassiers et le 3« hussards de marche à Bessé et Lavenay également ; le 2^ chasseurs de marche, à la Chartre.

Le 46^ de marche est à Mazangé ; le 70" mobiles à Lunay ; le 45« de marche aux Roches et à la Barre ; le 1*' bataillon de chasseurs est à la Mazières ; une compagnie, détachée de Mazangé, occupe le gué du Loir.

J'ordonne au colonel Thierry de se transporter aujourd'hui même de Bessé à Savigny ; je donne le même ordre au régiment de cavalerie qui doit arriver à Bessé aujourd'hui.

Mes renseignements me font craindre une concentration à Vendôme.

Toutefois, et bien que je prenne toutes les mesures de prudence nécessaires, je ne crois pas que cette concentration s'élève à quinze mille hommes, comme on me l'a rapporté.

Avec les ressources de mon convoi, que je vais épuiser complètement, je donne aujourd'hui à toutes les troupes répandues d'Epuisay aux Roches, des vivres jusqu'au 2 inclus. Il est donc urgent que je sois immédiatement suivi de vivres et de munitions.

J'espère demain pouvoir vous annoncer, dans la soirée, l'occupation de Vendôme. Toutefois , quelle que soit la résistance que nous ayons à surmonter, je ne considère Vendôme que comme une étape. Si la fortune me favorise, si les troupes répondent aux espérances que je fonde sur elles, malgré la fatigue qui leur a été imposée, malgré une grande insuffisance dans les cadres, je profiterai de toutes les circonstances qui se présenteront pour chasser l'ennemi et le couper de se s lignes de retraite.

Dans cette hypothèse, permettez-moi de vous exprimer la pensée

qu'il faut que toutes les troupes dont vous pouvez disposer se préparent à suivre et à seconder le mouvement hardi pour lequel je ne constitue qu'une avant-garde.

Te vous prie d'agréer, mon général, etc.

Le général commandant la 3« division,

Signé : de Jouffp.oyo

N" 721. Général Chanzy aux généraux de Curien et Cléret,

à Neuillé-Pont-Pierre.

Le Mans, 31 décembre 1870.

Marchez ce matin sur Saint-Amand pendant que le général de Jouffioy attaque Vendôme, afin de couper la retraite de l'ennemi, ou tout au moins de l'inquiéter. Attaquez les avant-postes eu les partis que vous pourrez trouver. Partez à la légère, laissant dans vos cantonnements ce qu'il faut pour les garder, les malades, etc., ne perdez pas un moment. Signé : Chanzy.

N" 737. Général Chanzy à général Barry. Château-du-Loir.

Le Mans, l*"- janvier 1871.

Le général de JoufFroy, après avoir attaqué l'ennemi, auquel il a fait deux cents prisonniers, occupe les positions en avant de Vendôme sur la rive droite ; il est donc de la dernière importance que les secours que vous avez dirigés de son côté lui arrivent promptement. Je regrette que vous ne les ayez pas fait démarrer plus vite.

Le colonel de Curten reçoit l'ordre de prononcer son mouvement sur Saint-Amand. Avec de l'initiative de part et d'autre, il y a évidemment des succès à obtenir. Veillez aux réapprovisionnements en vivres des troupes en avant dans votre direction.

Signé : Chanzy.

N° 755. Général Chanzy à général Barry, à Château-du-Loir.

Le Mans, 1er janvier 1371 .

Le général de Joufiroy m'annonce que, trouvant l'ennemi renforcé, avec une artillerie nombreuse sur la rive gauche du Loir, il reste sur son succès d'hier et se retire par les directions qu'il a suivies ; il vous est donc possible de communiquer avec lui et de vous entendre sur l'aide que vous pouvez lui prêter.

Je ne puis d'ici apprécier et vous dicter ce que vous avez à faire; il

y a assez de monde de vos côtés pour parer à toute éventualité. Je désire savoir ce que fait la colonne Jobé; vos renseignements sur Danzé sont inexacts. Faites fouiller le bois de Bersay; il est inadmissible que l'ennemi ait des coureurs en arrière de vous.

Signé : Ghanzy.

N° 951. A général de Curten, Château-Renault.

Le Mans, 4 janvier 1871.

Le général Jouffroy est à Lassay, occupant la rive droite du Loir, par Mazangé, le Rocher, Montoire et Troo. Le succès du colonel Lacombe est très-bon. Continuez à harceler l'ennemi dans les directions de Vendôme et Blois, telle est votre mission. L'amiral vous aura donné ses instructions pour la reconstitution de votre division. Je ne puis vous donner les troupes que vous me demandez, elles ont leur place ailleurs. Vous remplacez le général Maurandy dans son commandement, qui était défini. Signé : Ghanzy.

N» 801. Général Chanzy à ministre guerre, Bordeaux.

Le Mans, 2 janvier 1811.

L'ennemi ayant fait venir des renforts d'infanterie et d'artillerie de Blois dans la nuit du 31 au 1^'", a pu armer fortement les hauteurs qui dominent Vendôme sur la rive gauche.

Le général de Jouffroy attend, sur ses positions de la rive droite, l'effet que produiront les démonstrations en avant de Château-Renault. Les troupes du général de Curten ont repoussé les avant-postes prussiens à Longpré et à Saint-Amand, en leur faisant subir des pertes.

Les éclaireurs algériens du lieutenant-colonel Goursault ont eu un brillant engagement en avant de Lavardin, ont fait quelques prisonniers et tué du monde à l'ennemi. Ils ont eu de leur côté 10 chevaux tués ou blessés, 1 homme tué et 6 blessés, dont un officier. Il est trèsimportant pour moi d'être fixé sur les forces et les intentions de l'ennemi, enti^e le Loir et la Loire, pour mes opérations ultérieures.

Le 31, une forte reconnaissance de la colonne Rousseau sur la Bazoche-Gouet a poursuivi l'ennemi jusqu'à Gourtalin, lui tuant soixantecinq hommes. Nos éclaireurs à Saint-Galais, et Cathelineau dans la forêt de Vibraye, font une chasse active aux coureurs ennemis qui battent le Perche.

Le général Rousseau doit faire une démonstration sur Bretoncelles*

Signé : Cuanzy.

JN* 805. Général Ckanzy au capitaine Bernard, à Saint-Calais.

Le Mans, 2 janvier 1871.

Faites parvenir cette dépêche au colonel Cathelineau : « Reçu vos renseignements très-intéressants.

Je compte toujours sur votre éclaireur.

Votre mission, jusqu'à nouvel ordre, est de tenir la forêt de Vibraye et de Montmirail, et de surveiller le Perche en avant de vous.

Je vous laisse le soin d'apprécier si, pour remplir ce but, vous pouvez modifier vos cantonnements. Le général Rousseau a l'ordre de faire une démonstration au delà de Nogent ; il est bon que vous vous entendiez avec lui pour lui prêter tout le concours que vous pourrez lui donner.

Si pour cela vous aviez à dégarnir votre droite, je pourrais envoyer quelques corps francs à Montdoubleau et dans le haut de la Braye; faites -moi parvenir vos renseignements par le télégraphe de Saint- Calais et le capitaine Bernard. » Signé : Chanzy.

N° 813. Général Clianzy à capitaine Bernard, à Saint-Calais, pour le général de Jouffroy»

Le Mans, 2janvier 1871.

Général de Curten m'écrit qu'il croit Blois évacué, qu'il s'est entendu avec vous pour faire une démonstration au delà de Saint-Amand. Vous me faites savoir que de votre côté tout va bien , que vous êtes satisfait, et que si vous étiez libre vous feriez plus; vous avez toujours eu pleine liberté, ne craignez donc point d'agir, et si vous avez une bonne chance, profitez-en.

Signé : Giianzy.

N» 827. Le général Chanzy au capitaine Bernard, pour le

général de Jouffroy.

Le Mans, 2 janvier 1871.

L'ennemi a envoyé, de Blois, des renforts sur Vendôme en prévision de votre attaque, mais je doute qu'il y reste concentré. Surveillez ses mouvements et tâchez de savoir quelle est sa force. Mon but est que vous le harceliez pour dégager le pays entre le Loir et la Loire , en vue d'opérations ultérieures. Avec ce que vous a envoyé le général Barry, vous avez assez d'artillerie pour opérer dans un pays où l'ennemi, pas plus que vous, ne peut en déployer beaucoup. Expliquezmoi ce qui s'est passé pour le colonel Thierry, à Danzé et à Azay.

Signé : Chanzy.

N° 829. Général Clianzy au ministre de La guerre, Bordeaux,

Le Mans, 2 janvier 1871.

L'ennemi a en vain essayé des attaques contre les avant-postes du général de Jouffioy, que je maintiens sur ses positions de la rive gauche du Loir. Une reconnaiésance de cavalerie s'est avancée jusqu'à 6 kilomètres de Vendôme, et a ramené treize prisonniers dont un officier. J'envoie une batterie de 4 au général de Curten, puisqu'il croit en avoir besoin, et je compte, pour la remplacer, sur celle que vous m'annoncez comme devant arriver le 4, venant de Nantes.

Signé : Chanzy.

N® 905. Général Chanzy au capitaine Bernard, à S aitit- Calais.

Le Mans, 4 janvier 1871.

Envoyez ma dépêche d'hier au soir au général deJouffroy. Dites-lui de me faire savoir s'il a reçu les munitions et comment il se fait qu'il ait besoin de 300,000 cartouches. Je répète au général de Jouffioy que la mission que je lui ai confiée ne doit point entraîner un mouvement général de l'armée dans la direction oij il opère. Il avait à déloger l'ennemi de Vendôme^ si cela lui avait été possible, et, dans ce cas, à le repousser de Blois ; il aurait fallu combiner, pour cela, plus exactement ses mouvements sur la rive droite du Loir avec ceux du général de Curten sur la rive gauche. Ce dernier fait journellement des reconnaissances en avant de Saint- Amand, qu'il occupe, et jusqu'auprès de Vendôme. Il se plaint de n'avoir aucun renseignement du général de Jouffroy, malgré les courriers qu'il lui a envoyés. Oii est de sa personne le général de Jouffroy? Signé : Chanzy.

N* 949. Général Chanzy à capitaine Bernard, à S aint- Calais ^ pour général de Jouffroy , à Lunay.

Le Mans, 4 janvier 1871.

Le général de Curten me télégraphie aujourd'hui, à quatre heures, de vous avertir de ce qui se passe de son côté, parce qu'il ne sait où vous trouver. D'après des renseignements qui lui paraissent certains, les Prussiens de Blois seraient sortis précipitamment de cette ville, ce matin de bonne heure, au nombre de 15,000 environ, avec artillerie. Ils paraissent s'inquiéter de ce qui se passe sur la rive gauche de la Loire , et semblent se disposer à évacuer Blois. Il se peut cependant que leur mouvement soit sur Vendôme. Le général de Curten, dont la aiiiision est de couvrii' le chemin de fer du Mans à Tours entre le

Loir et la Loire, ainsi que je vous l'ai fait connaître dès le début de vos opérations, harcèle l'ennemi d'une façon incessante en poussant ses reconnaissances au delà de Saint-Amand et très-près de Vendôme; il a surpris ce matin un poste ennemi à Lancé, a fait quinze prisonniers dont un officier, mis une dizaine d'hommes hors de combat, et enlevé fomTages et bestiaux réquisitionnés. De votre côté, harcelez l'ennemi sur la rive droite du Loir, tout en profitant de votre répit sur les positions d'où vous l'observez, pour organiser et outiller votre division, sans attendre votre retour au Mans, où il se peut que vous ne reveniez pas avant de rejoindre votre corps d'armée pour les opérations que je combine. Il serait très-bon que vous pussiez, par votre attitude et des coups de main, amener l'ennemi à évacuer Vendôme, ainsi que vous paraissez l'espérer; mais, je le répète, vos mouvements ne doivent pas engager des opérations en dehors de celles qu'il est utile d'entreprendre et que je puis seul déterminer. Soyez sûr que vos propositions sont chaudement appuyées par moi, et que je serai heureux de les voir réussir , pour vous prouver, à vous et à vos troupes, toute ma satisfaction. Signé : Chanzy.

NOTE 11 bis.

Extrait des documents officiels allemands. (La Guerre de 1870-71).

« Le 6 , les divisions désignées pour opérer contre l'armée du gé- » néral Chanzy marchèrent à sa rencontre par Vendôme et se heur- -) tèrent, près de cette localité, à deux corps d'armée ennemis en I) marche. L'ennemi fut, après un violent combat, rejeté au delà '1 d'Azay, et cette position enlevée par nos troupes. Nos pertes sont » sérieuses. » Signé : de Podbielski. »

« Versailles, 7 janvier, nuit.

Tel fut le télégramme qui annonça à l'Allemagne un avantage chèrement acheté par les Prussiens. Il contient, en effet, l'aveu de « pertes sérieuses » , pertes dont nos renseignements nous ont permis de connaître toute l'importance. Nous savons, de source certaine, qu'à Azay, où le prince Frédéric-Charles commandait en personne, deux généraux et un colonel ont été tués , deux officiers supérieurs ont été grièvement blessés; et, de l'aveu même des officiers prussiens, nous avons lieu de croire à l'exactitude des résultats suivants: 43 officiers et environ 1000 à 1200 hommes mis hors de combat dans cette journée. Nos pertes ont été incomparablement inférieures à celles de l'ennemi.

Notre intention n'est pas de raconter cette journée du 6 janvier, mais seulement d'indiquer ce qui s'est passé sous nos yeux à Azay,

5i8 APPEiNDICES.

pciulaiit un combat qui a duré depuis les dix heures et demie du matin jusqu'à cinq heures et demie du soir, et auquel la nuit seule a mis fin

La 2® brigade (colonel Thiéry) se composait de fractions de différents régiments réunies sous ses ordres depuis la retraite d'Orléans (16® de ligne, 33<^ de marche, trois compagnies de discipline, 32® mobiles, 4« bataillon des Bouches-du-Rhône, puis du 66® mobiles (Mayenne), et d'un bataillon du 74® mobiles (Lot-et-Garonne) ; enfin elle n'avait que trois pièces d'artillerie. Dès le 5 au soir, le 74® alla occuper le village d'Espereuse et le 66® la forêt de Vendôme du côté de la ville. Ces deux régiments n'eurent à soutenir, le lendemain, qu'un engagement de peu d'importance. Le reste de la brigade, c'est-à-dire en tout 2,000 hommes d'infanterie et trois pièces de canon dont les caissons étaient presque épuisés parles combats des jours précédents , avait pris position vers le village d'Azay, pour défendre la route de Vendôme à Saint-Calais par Epuisay.

Les forces prussiennes, sur ce même point d'Azay, étaient environ de 10 à 12,000 hommes appuyés par une nombreuse artillerie. Le prince Frédéric-Charles était sur le lieu du combat.

Azay est un petit village situé au fond d'une vallée large de cinq à six cents mètres et arrosée par un petit ruisseau, le Boulon.

La route de Vendôme à Epuisay traverse cette vallée sans passer par le village, mais seulement par un groupe de maisons qui s'appelle la Galette. Ce hameau est environ à un kilomètre sur la droite d'Azay, rive droite du Boulon.

Le 6 janvier, vers neuf heures et demie du matin, nous entendîmes le canon et la fusillade sur notre droite, vers le Gué-du-Loir, où était la l""® brigade. Nos reconnaissances ne tardèrent pas à nous apprendre que l'ennemi s'avançait en force sur nous par la route de Vendôme. Les dispositions de défense avaient été prises en prévision d'une attaque venant de ce côté : le plateau qui domine la vallée du côté de Vendôme était garni de tirailleurs ; un autre bataillon fut placé dans la forêt de Vendôme avec mission de se jeter dans le flanc droit de l'ennemi, lorsque celui-ci aurait repoussé nos tirailleurs; le village d'Azay fut occupé par deux compagnies ; les compagnies de discipline (300 hommes) furent établies à la Galette et sur les hauteurs situées en arrière, afin de défendre la route et le passage du pont; enfin le reste des troupes occupa les pentes ainsi que le plateau de la rive droite. L'artillerie , placée de manière à pouvoir enfiler la route, reçut l'ordre de ne pas répondre à l'artillerie ennemie , mais de réserver ses faibles approvisionnements pour agir contre les colonnes ou les groupes d'infanterie.

Le combat s'engagea sérieusement vers les dix heures et demie du

malin ; il ne devait cesser qu'après la nuit venue. La lutte a été vive de part et d'autre. Nos tirailleurs, repoussés du plateau de la rive gauche, ne cédèrent le terrain que pied à pied. Attaqué à l'improviste sur sou flanc droit, l'ennemi ralentit son mouvement et se montra longtemps hésitant, Il essaya en vain de s'avancer par la route que défendaient les trois cents hommes des compagnies de discipline; ceux-ci lui firent subir des pertes considérables. L'artillerie, qui ne tirait qu'à de longs intervalles et changeait de place fréquemment, employa avec beaucoup d'à-propos et de succès ses obus à balles.

Cependant l'ennemi traversa la vallée et enleva le village d'Azay, qui avait été assez résolument défendu; il gravit les pentes opposées que son artillerie couvrait de projectiles. Néanmoins nous ne cédions le terrain que lentement et de position en position.

Déjà l'ennemi avait franchi la crête et arrivait sur le plateau ; on se fusillait d'un côté à l'autre d'une haie, d'une levée de terre ou d'une ferme. C'est alors que le colonel Thiéry parvint à faire exécuter un retour offensif que favorisa puissamment son artillerie tirant à mitraille.

L'ennemi recula à son tour, et des colonnes traversant la vallée remontèrent les pentes opposées.

Dans ce mouvement de recul précipité de l'ennemi, les compagnies de discipline, qui n'avaient pas quitté leurs positions de la Galette, se virent entourées et obligées de faire feu de tous côtés; elles firent preuve d'une contenance et d'une solidité admirables et firent éprouver à l'ennemi des pertes énormes , surtout au moment où les uns fuyaient et où d'autres s'avançaient à leur secours.

Mais l'artillerie ennemie, au nombre de douze pièces, sans cesse en batterie, réduisit bientôt la nôtre au silence et ne nous permit pas d'essayer de poursuivre notre avantage momentané. Nous fumes même obligés de reprendre nos positions en arrière de la crête.

Vers les cinq heures et demie du soir le feu cessa des deux côtés, chacun gardant ses positions et les postes avancés étant à cent mètres les uns des autres. Telle était la situation, lorsqu'à huit heures et demie nous reçûmes l'ordre de battre en retraite sur Fortan , où nous arrivâmes à onze heures.

Le 7, la brigade du colonel Thiéry partit de Fortan avant le jour, arriva à Sargé (sur la Braye) vers les dix heures du matin, et delà, vers les trois heures du soir, continua sa retraite sur Saint-Galais après avoir livré un sérieux combat d'arrière-garde à la faveur duquel la brigade put franchir la Braye sur le seul pont qui existât , sans rien laisser aux mains de l'ennemi.

Ajoutons, pour terminer, que déjà le 1*' janvier la 2^ brigade

avait eu un engagement avec les Prussiens à Azay; et qu'après la journée du 6, les officiers prussiens se refusaient à croire qu'ils n'avaient eu contre eux, ce jour-là, que 2,000 hommes. Ils mettaient principalement en doute le petit nombre des défenseurs de la Galette (300 disciplinaires). Le colonel du 5^ régiment provisoire.

Signé : Thiért.

Paris, le 18 juillet 1871.

N* 1055, Général Chanzy à général de Jouffroj , par Saint- Calais.

Le Mans, 6 janvier 1871.

Si vous êtes réellement pressé par des forces supérieures, je ne m'explique pas votre retraite sur Epinay : c'était derrière la Braye, votre droite au Loir pour couvrir la Ghartre et les autres positions encore occupées, que vous aviez à vous placer, ayant ainsi votre ligne de retraite assurée sur le Mans. J'ai tout lieu de croire que le général de Gurten a été lui-même fortement engagé aujourd'hui. Je vous avais recommandé de vous mettre avec lui en communication incessante. Il semble s^attendre à une attaque pour demain et me demande beaucoup de munitions. Je le préviens que vous avez quitté vos positions sur le Loir. Si l'ennemi cherche à descendre le Loir, il est de toute nécessité que vous vous opposiez à son mouvement, qui le porterait rapidement sur la ligne ferrée de Tours.

Le général de Gurten m'apprend à l'instant que les choses de son côté ont été vigoureusement menées, qu'il a repoussé l'ennemi, qu'il est maître de ses positions. Il occupe actuellement Saint-Amand.

Signé : Ghanzy.

N" 1083. Général Chanzy à général de Jouffroy , par Saint- Calais.

Le Mans, 7 janvier 1871.

Votre mission n'a jamais eu qu'un but, celui de reprendre à l'ennemi les passages du Loir et Vendôme, si cela était possible; de menacer, de ces positions, l'ennemi qui paraissait vouloir marcher sur Tours, de protéger avec les t'oupes de Curten, au sud, le chemin de fer si important pour nous du Mans à Tours, et d'arriver peutêtre , par quelque bon succès , à refouler vers le haut de la vallée de la Loire les forces prussiennes, qui ne manqueront pas d'être un embarras pour nous quand nous nous porterons en avant dans une direction qu'il ne m'est pas possible de vous faire connaître.

Voyez ce que vous pouvez faire de tout cela , d'après les forces que

vous avez devant vous. Si elles sont une menace sérieuse pour l'une de vos colonnes sur les rives du Loir, la seule chose à faire est de vous entendre avec les généraux Barry et de Curten, de combiner vos mouvements et de vous soutenir mutuellement au besoin. Avec plus d'homogénéité , les mouvements exécutés depuis dix jours auraient eu bien certainement des résultats plus appréciables.

Signé : Ghanzy.

N" 1145. Général Chanzy à général Barry , Château- du- Loir,

Le Mans, 8 janvier 1871.

Je ne serais pas fâché d'acquérir la certitude que le prince Frédéric-Charles est devant nous, car on me le dit à Maintenon. Tâchez donc de le savoir d'une façon exacte. Écrivez de suite au général de JoufFroy de vous renvoyer les renforts que vous lui avez prêtés, en lui envoyant copie de cette dépêche. L'amiral va vous arriver et prendre le commandement des troupes sur les deux rives du Loir. Vos hommes, de fait, doivent être moins fatigués que les Prussiens. Les positions sont toutes à notre avantage ; nos forces de ce côté sont nombreuses. Je ne mets donc pas en doute qu'une résistance vigoureuse ait du succès. Signé : Chanzy.

N°1159. A Camiral Jauréguiberry.

Le Mans, 8 janvier.

Donnez-moi aussi des nouvelles du général de JoufFroy dont je n'entends plus parler. Il est de toute nécessité de reprendre les passages du Loir. Faites-bien comprendre à tous qu'il n'est aucun cas où l'on doive quitter des positions sans avoir essayé de les défendre. C'est cette fatale façon d'agir qui fait que Tennemi marche impunément. Vous avez le commandement de toutes les forces sur les deux rives du Loir, agissez donc pour le mieux, et avec vous ce sera bien.

Signé : Chanzy.

N" 1165. Général Chanzy à ministre guerre , à Bordeaux.

Le Mans, 8 janvier.

L'ennemi a continué aujourd'hui ses attaques sur l'Huisne et sur le Loir. Il agit avec des forces considérables, les unes tirées de Chartres et de la direction de Paris, les autres de la vallée de la Loire. Au nord, le général Rousseau a dû se replier sur Gonnerré; j'envoie là le

général Jaurès et une partie du 21® corps. Sur le Loir, quelques positions ont été également abandonnées sans assez de résistance. L'amiral Jauréguiberry, parti pour Château-du-Loir, en va prendre le commandement. Je fais occuper la route de Saint-Galais par une division du 17® corps. On m'annonce que dans l'Orne les mobilisés se sont retirés de Bellesme et de Mortagne devant quelques Prussiens, sans essayer de résister.

J'ai donné l'ordre au général Malherbe de faire reprendre ces points et de faire des exemples sur les chefs de ces troupes.

Signé : Chanzy,

N" 1181. Général Chanzy à amiral Jauréguiberry.

Le Mans, 9 janvier.

Le sons-préfet de Saint-Galais arrive et m'informe que les Prussiens sont entrés dans cette ville, hier matin, au nombre de 10,000 avec quarante canons, commandés par le prince Frédéric-Charles. En venant ici à pied, il a trouvé des troupes ennemies à Saint-Gérotte, Saint-Gervais-en-Vie et Poncé, et une vingtaine de canons , du côté de Bessé. L'attaque se dessine donc de tous les côtés à la fois. Dans ces conditions, je crois préférable de rappeler de suite à vous le général de Curten, tiop en flèche à Château-Renault; de ne laisser en avant du chemin de fer de Château-du-Loir à Tours que la brigade Cléret, pour protéger la ligne contre les coureurs , ayant toujours sa retraite assurée sur le Lude ; de défendre le Loir avec vos deux divisions Barry et de Curten en poussant à votre gauche sur Grand-Lucé la division Jouffroy, pour fermer cette trouée et se relier avec la division du 17® corps que j'envoie à Bouloire. Enfin, si vous savez que l'ennemi marche sur votre flanc gauche, rabattez-vous successivement sur vos positions du Mans, sur lesquelles je maintiens en réserve votre 1" division qui est tout ce qui reste ici.

Dans le cas oii vous vous rabattriez, ayez des cavaliers à Ecommoy pour vous porter les dépêches que j'adresserai à cette station.

Dites-moi de suite quelle est la situation de vos côtés.

Signé : Chanzy.

N® 1185. Général Chanzy à M, le ministre de laguerre.

Le Mans, 9 janvier, onze heures du matin.

Les projets de l'ennemi sont aujourd'hui manifestes. Son but est de nous attirer en dehors de nos positions du Mans pour chercher à nous battre en détail , ou bien de nous refouler sur ces positions et de

nous y bloquer pour empêcher la marche qu'il prévoit sur Paris. Les trois lignes d'attaque sont : par la vallée de l'Huisne, armée du duc de Mecklembourg avec menace sur Alençon, Bellesme et Mortagne; par la route de Vendôme au Mans par Saint-Calais, où se trouverait, dit-on, le prince Frédéric-Charles; et enfin au sud du Loir par Herbault et Château-Renault, pour couper la ligne de Tours au Mans. Ces deux dernières attaques sont faites par l'armée du prince Frédéric- Charles, qui paraît nombreuse et formée de tout ce qu'il a pu tirer de la vallée de la Loire. Dans ces conditions, obligé de faire tête à l'ennemi dans autant de directions, il est indispensable et urgent de faire arriver à Alençon au moins une division du 19® corps et de diriger immédiatement sur Tours ce que le 25° corps doit avoir maintenant de disponible à Vierzon. Je renouvelle également et instamment ma demande de faire venir sur Alençon, pour couvrir le chemin de fer du Mans àCaen, les 9,000 mobilisés de la Mayenne que le préfet m'a déclaré être prêts et bien outillés.

Tous ces mouvements sont urgents et devront être faits par les voies les plus rapides. Il nous faut être nombreux partout, et ne pas nous exposer à voir nos lignes forcées en certains endroits.

Signé : Chanzy.

N" 1201. Général Clianzy à amiral Jauréguiberry,

Château-du-Loir.

Le Mans, 9 janvier, quatre heures trente-deux minutes, soir.

Un officier de cuirassiers, arrivant de Grand-Lucé, dit avoir entendu le canon du côté de Courdemanche. D'un autre côté, le général Digard m'écrit de Grand-Lucé que Montreuil-le-Henri serait encore occupé par la brigade Thiéry, mais que le général de JoufFroy se serait dirigé, avec son infanterie et son artillerie, sur Jiipilles pour rallier le général Barry. L'ennemi occupe Evaillé et Tresson, menaçant Parigné-l'Evêque.

Il résulte de cette situation qu'à part quelques escadrons de cavalerie et quelques francs-tireurs à Parigné et au Grand-Lucé, cette route sur le Mans n'est pas sérieusement défendue.

L'ennemi en profitera dès qu'il en aura la conviction. Faites donc rechercher de suite le général de Jouffroy en envoyant dans toutes les directions, donnez-lui l'ordre de faire occuper solidement Grand-Lucé et Parigné-l'Evêque, et de se mettre en communication avec le général de Colomb , qui couche ce soir à Ardenay.

De votre côté, faites de nouveau rechercher le général Barry qui ne peut être loin puisqu'il s'est replié de Chahaignes. Il doit être à

Jupilles, ou dans la foiét de Bersay ; donnez-lui l'ordre de se replier sur Éconnnoy.

Quant à vous, il ne faut pas songer à marcher sur la Flèche; l'important, si vous ne pouvez tenir à Château-du-Loir jusqu'à votre jonction avec de Gurten, est de vous rabattre sur Écommoy pour de là rentrer dans vos lignes du Mans. Le mieux, pour éviter une marche de flanc, est de marcher à votre tour sur le flanc de l'ennemi, si de la Chartre il se dirige soit sur le Grand-Lucé, soit sur Jupilles. Quant au général de Gurten, en le prévenant de suite, vous pourrez savoir à peu près à quelle heure il vous rejoindra à Château-du-Loir demain. Une fois rallié au général Barry à Écommoy et au général de Joufî'roy au Grand-Lucé , vous pouvez inquiéter sérieusement l'ennemi et, dans tous les cas, opérer votre retraite en de bonnes conditions le long: du chemin de fer. Signé : Ghanzy.

N" 1213. Générai Chanzy à amiral Jauréguiberry,

à Château-du-Loir.

Le Mans, 9 janvier.

Je ne puis m'expliquer que vous soyez sans nouvelles des généraux de Gurten et Barry, le premier ne pouvant être au delà de Neuillé-Pont-Pierre, le deuxième ne pouvant être, avec le général de JoufFroy, qu'à Jupilles ou dans la forêt de Bersay. Envoyez donc des officiers et des cavaliers dans ces directions. Surl'Huisne, le général Rousseau a été repoussé jusqu'à Pont-de-Gennes ; je crois la division du 17^ corps sérieusement engagée en deçà d'Ardenay. La cavalerie et les francs-tireurs, qui se trouvaient à Parigné et Grand- Lucé, se sont repliés sur Mulsanne, à la nouvelle que des colonnes ennemies approchaient. Je ne sais oii est le général de JoufFroy, qui, au lieu de couvrir les grandes routes donnant accès sur le Mans , m'immobilise une partie de l'armée.

Dans cette situation, c'est à défendre nos positions en avant du Mans que nous devons nous acharner. Opérez donc votre retraite avec les généraux de Jouflroy et Barry, tout en assurant celle de Gurten, qu'il faut hâter. J'ai donné au général Deplanque ordre de faire reprendre Parigné cette nuit; à une brigade du 17^ corps, ordre de venir s'établir à Pontlieue et Ghangé; au général Michel, ordre de tenir à Mulsanne jusqu'à ce que vous lui prescriviez de se replier. Je crois toujours qu'en attaquant demain l'ennemi sur son flanc gauche, vous pouvez lui infliger un échec grave : tentez-le.

Signé : Chanzv.

N" 624. Général Chanzy au général de Colomb, à Saînt-Huhert.

Le Maus, 9 janvier 1871.

Il faut avant de songer à battre en retraite sur le plateau d'Auvours, que le général Paris attaque à son tour l'ennemi demain au jour et tâche de le culbuter au delà d'Ardenay. La position d'Auvours n'est qu'un dernier refuge ; elle est déjà gardée par quelques troupes du général Goujard. Le plateau d'Auvours est une série de positions qu'on ne peut indiquer de loin, et qu'il faut reconnaître soimême.

Ayant appris que les troupes qui occupaient Parigné-l'Évêque l'avaient abandonné sans combattre, j'ai donné Tordre au général Deplanque de faire reprendre cette position cette nuit, et au général Roquebrune l'ordre devenir établir demain matin, entre Pontlieue et Changé, la brigade du 17® corps restée sur la rive droite de la Sarthe. Le général Jaurès se porte demain à Pont-de-Gennes en faisant occuper Champagne, la Belle-Inutile et Saint-Mars-la-Brière.

Sic/ né : Chanzy.

Général commandant le 17« corps à général Chanzy.

Yvré, 9 janvier, neuf heures trente-cinq minutes.

Je suis à la station d'Yvré, j'ai vu le général Paris à Saint-Hubert, d'oii j'arrive. Il est resté en bonne position jusqu'à la nuit, mais, débordé sur ses deux ailes, il a été obligé de se retirer. La tête de colonne arrive à l'instant, je vais la faire monter sur le plateau d'Auvours et y prendre position de mon mieux pour la nuit. Ma réserve d'artillerie et mes convois s'établissent entre Yvré et le Mans. Aucune nouvelle des généraux de Jouffroy et Goujard. Le général Paris a entendu la canonnade ce matin sur sa droite; il a eu devant lui des forces très-considérables. J'attends vos instructions à Yvré , veuillez me les envoyer à la station. L. de Colomb.

N" 626. Général Chanzy au général de Colomb, à Yvré-l'Évêque.

Le Mans, 9 janvier 1871.

Je vous réitère les ordres que je vous ai déjà donnés, et qui sans doute ne vous étaient pas parvenus quand vous m'avez expédié votre dépêche de neuf heures trente-cinq. Je nWmets la retraite sur Auvours que si vou« êtes battu. Faites reporter demain au jour la divi*

sion Paris en avant; il faut qu'elle attaque vigomeusement l'ennemi s'il continue sa marche sur le Mans, et qu'elle reprenne les hauteurs d'Ardcnay; de ce côtë-ci , je fais reprendre Parignë-rÉvêque , cette nuit, par les troupes Deplanqiie.

Je le répète, les Prussiens n'avancent que parce que nous cédons trop facilement.

A notre tour de les attaquer.

Vous êtes là, et je compte sur vous. Signé : Ghanzy.

N° 727. Général Chanzy au général Rousseau , à Nogent.

Le Mans, 31 décembre 1870.

Il résulte des renseignements que je reçois que des détachements ennemis répartis dans le Perche et sur la rive droite de l'Huisne voudraient tenter une démonstration sur Nogfent. Vous avez pour déjouer ce projet, outre les forces que comporte votre colonne, les corps francs du colonel Lipouski et les contingents de Cathelineau. Organisez donc une résistance sérieuse, ne perdez pas un pouce de terrain. Si le point de Nogent est mauvais pour la défense , prenez l'offensive, portez-vous dans la direction de Chartres, en ne quittant pas la ligne du chemin de fer. Etablissez-vous solidement sur une bonne position, du côté de Bretoncelle, par exemple. Le général Jaurès tient prêts des renforts s'ils vous sont nécessaires.

Signé : Chanzy.

N" 1137. Général Chanzy à général Rousseau^ à Connerré, A communiquer aux colonels Cathelineau et Lipouski.

Le Mans, 8 janvier 1871.

Le général Jaurès part demain matin pour Montfort avec des renforts et prend le commandement de toutes les forces de ce côté. Mettez-vous en communication avec lui et prenez ses ordres.

Signé : Chanzy.

N" 1163. Général Chanzy à général Jaurès, à Sargé.

Le Mans, 8 janvier 1871.

Les renseignements d'Alençon signalent l'ennemi entré à Bellesme et Mortagne. Ne perdez pas de vue ces directions. Faites prévenir dès demain Cathelineau, qui est à Vibraye ou à Montmirail, pour qu'il con-

APPEiNDICES. 557

naisse au moins vos mouvements et l'envoi d'une division du 17* corps à Bouloire, où elle arrivera demain , et qu'il sache que deux sections de montagne, accompagnées par un bataillon de mille hommes, le rejoindront demain. Signé : Guanzy.

IS"* 1209. Générai Clianzy à général Jaurès^ à Sargé.

Le Mans, 9 janvier 1871.

J'apprends que les Prussiens sont à un kilomètre de Pont-de- Gennes et que les balles tombent sur la gare ; je ne sais rien de vos mouvements. Où est et que fait donc la division envoyée au secours du général Rousseau? Portez-vous avant le jour à la division Rousseau pour voir par vous-même.

Vous avez, à Montfort, Gathelineau et un bataillon de la Haute- Garonne avec artillerie de montagne qui sont à votre disposition. Avant de partir prescrivez toutes les mesures nécessaires pour l'occupation solide de toutes vos positions primitives, et tenez-moi constamment au courant de ce qui se passe. Signé : Ghanzy.

N" 1215. Aux généraux Jaurès^ à Montfort {station d'Vvré)^ et de Colomb , à [amiral Jauréguiberry, à Château-du-Loir ou Ecommoy.

Le Mans, 10 janvier.

Prenez de suite toutes vos dispositions pour que vos troupes soient munies de quatre jours de vivres, qu'elles doivent toujours avoir: deux de réserve du sac, deux de consommation. Il importe de dégager * toutes les routes et de se débarrasser de la préoccupation des convois, en renvoyant tous les impedimenta sur les emplacements qui leur avaient été assignés sur la rive droite de la Sarthe. Ne faites venir, chaque jour, sur des points bien indiqués, que la quantité de vivres strictement nécessaire pour assurer une distribution et remplacer ceux mangés dans la journée. On peut être ainsi toujours approvisionné à quatre jours de vivres, ce qui est suffisant pour le moment, en laissant libres des communications qu'il ne faut pas obstruer à aucun prix, en mettant à l'abri les convois qu'il ne faut pas compromettre. Tenir strictement la main à l'exécution de cet ordre, dont dépend en grande partie le succès des opérations. Signé : Ghakzy.

Lettre de l'amiral Jauréguiberry.

Château-du-Loir, le 9 janvier 1871.

Mon général,

Grâce à des retards inexplicables sur le chemin de fer, je n'ai pu

558 Appendices.

arriver à Château-du-Loir qu'hier à quatre heures et demie. Je me suis aussitôt rendu sur les positions à défendre auprès de la ville pour les examiner, et j'étais à peine rentré, lorsque j'ai appris que la Chartre avait été évacuée à quatre heures par nos troupes , qui n'avaient pas cru, vu leur petit nombre (il n'y avait qu'un bataillon de mobiles), devoir essayer de défendre cette localité contre une colonne de cinq à six mille Prussiens.

J'ai été presque en même temps informé que l'Homme était enlevé par l'ennemi, et le général Barry m'écrivait que vu le petit nombre d'hommes dont il disposait, il ne croyait pas pouvoir résister à Ghahaignes. N'ayant ici sous la main que cinq cents hommes au plus, c'est-à-dire les troupes indispensables pour garder, pendant la nuit, les passages et les chemins voisins, il m'était impossible d'envoyer le moindre renfort en avant.

Comptant cependant sur les deux bataillons qui devaient partir aujourd'hui du Mans, par la voie ferrée, pour me rejoindre, et craignant que, si Chahaignes était abandonné, le général de Gurten ne lut complètement coupé de Château-du-Loir, je prescrivis au général Barry de défendre la position à outrance.

Pendant la nuit, je vis arriver à Château-du Loir, d'abord le colonel Bérard avec sept cents mobiles environ, puis, vers trois heures du matin, quatre canons de 4 et deux bataillons incomplets du 41^; tout cela était en désarroi , sans vivres , et venait de parcourir trente à quarante kilomètres.

Au point du jour, Chahaignes était attaqué. Je fis aussitôt porter un bataillon et deux canons à Fiée, occuper avec les débris que j'avais ici les hauteurs qui défendent les abords de Ghâteau-du-Loir. J'envoyai des messages au général Barry pour savoir ce qui se passait. La première réponse que je reçus, un peu après onze heures, était un billet du général Barry m'informant qu'il ne pouvait plus tenir, qu'il était tourné sur sa gauche, et qu'il ne savait de quel côté se retirer. Je lui fis dire de se replier sur Fiée, où il trouverait quelques troupes de soutien. Le porteur de ma lettre arriva probablement trop tard, car le général Barry ne put être trouvé, et bientôt on vit se diriger sur Fiée un certain nombre d'hommes débandés.

J'avais pris des mesures , hier en arrivant, pour me mettre en relation avec les généraux de Curten, Gléret et de Jouffroy, et savoir où ils se trouvaient. J'appris, à une heure très-avancée de la nuit, que le premier avait été sérieusement attaqué et forcé d'abandonner quelques positions; il était cependant encore à Ghâteau-Benault. Comme je le savais complètement tourné sur la gauche, par Montrouveau, les Hermites et la Chartre, je lui envoyai l'ordre de se replier sur Beaumontla-Ronce»

Le général de JoiifFroy se trouvait à Courdemanche ; je lui fis connaître le mouvement sur Bouloire, efFectuë par la 2* division du 17® corps, et l'invitai à se relier avec cette dernière. Je lui prescrivis aussi de rendre au général Barry les troupes que celui-ci lui avait prêtées et dont il avait un besoin urgent. J'ignore si la lettre qui contenait ces ordres est ariivée à son adresse.

Vers neuf heures et demie, je reçus le télégramme par lequel vous m'invitiez à rappeler le général deCurten, et laisser la protection du chemin de fer entre Château-du-Loir et Tours au général Gléret.

J'expédiai aussitôt un officier porteur des ordres nécessaires. A une heure un quart arriva le convoi, attendu depuis neuf heures et demie du matin, et qui transportait ici un bataillon du 22® mobiles. Il était Ljop tard pour l'envoyer au secours du général Barry ; je lui fis prendre position à Fiée.

Enfin, il est maintenant près de quatre heures. Je suis sans nouvelles des généraux de Gurten et Barry; j'ai envoyé un télégramme prescrivant aux convois arrêtés à Écommoy de se diriger immédiatement sur le Mans ; car j'apprends qu'une colonne ennemie, forte, disent les habitants, de plus'eurs milliers d'hommes, a traversé Ghahaignes pour aller à Jupilles. Si le général de Gurten était ici, je n'hésiterais pas à partir de suite pour le Mans, car je crains bien que demain la route directe ne soit occupée par l'ennemi ; mais je ne voudrais pas laisser dans l'embarras la 3® division, à laquelle je puis donner un renfort de trois mille cinq cents hommes environ que j'ai ralliés ici, et qui, après une nuit de repos, seront peut-être mieux disposés à agir.

Je vous prie, mon général, de me tenir autant que possible au courant des mouvements de l'ennemi , afin que je sache quelle est la meilleure mesure à prendre.

Le vice-amiral commandant le 16® corps d'armée,

Sl(jné : JAUnÉGUIBERRY,

Amiral à général en chef, au Mans»

Château-du-Loir, 10 janvier, douze heures quarante-cinq minutes.

J'ai reçu ce matin, à sept heures, le télégramme par lequel vous me prescrivez de me replier sur Écommoy en indiquant au général de Gurten, qui arrive ici tout au plus ce soir, une direction et un point de concentration. J'espère pouvoir me mettre en route à onze heures et demie avec neuf mille quatre cents hommes environ, venant

(le corps éparpillés, y compris la colonne Jobey, et qui m'ont rallié hier après-midi ou cette nuit. J'ai tâché de réorganiser tout cela et de me débarrasser de tous les convois survenus de divers côtés, afin de in'engager sans impedimenta sur la route directe du Mans. J'ai l'intention de marcher jusqu'à Écommoy où je n'arriverai probablement que fort tard. Je laisse ici le général de Tucé avec une faible brigade de cavaliers et quatre cents hommes environ d'infanterie. J'ai prescrit au général de Gurten de hâter sa marche, de prendre, en passant, les troupes laissées à Ghâteau-du-Loir, et de les diriger sur Ecommoy.

Signé : Jauréguiberry.

Amiral Jauréguiberry à général Chanzy, Mans.

Château-du-Loir, 10 janvier, deux heures quarante -cinq minutes.

Aussitôt que le général de Gurten m'aura rejoint, je marcherai sur le flanc gauche de l'ennemi, mais je ne puis tenter un pareil effort avec les débris que j'ai ralliés aujourd'hui autour de moi. Je le répète, le général Barry était, aux dernières nouvelles, à Jupilles avec moins de deux mille hommes, et je ne puis réussir à savoir oii en est le général de Jouffroy.

Le général de Gurten , vu les vingt-huit kilomètres qu'il lui reste à parcourir pour arriver à Ghâteau-du-Loir et l'abominable état des routes, ne sera ici que ce soir fort tard.

Signé : Jauréguiberry.

N° 1219. Général Chanzy à général Jaurès, à MontfoH.

Le Mans, 10 janvier 1871.

J'ai fait reprendre l'offensive partout ; sur tous les points où mes ordres ont été ponctuellement exécutés, le résultat est bon. Toutes les troupes qui ont opéré sont aussi fatiguées que celles du général Rousseau. En attendant, nous donnons à l'ennemi un repos dont il a aussi besom que nous ; je maintiens donc mes ordres , attaquez quand même. G 'est à vous à combiner vos mouvements et à engager vos troupes selon ce qu'elles valent et ce qu'elles peuvent faire. Un de mes officiers, qui rentre à l'instant d'Yvré, m'annonce que le général Goujard et le général de Golomb ont commencé vers midi leur marche en avant, Tun sur la route de Paris, l'autre sur la route de Saint-Galais; c'est ce qui rend votre effort d'autant plus nécessaire. Nous ne réussirons qu'en agissant simultanément.

Signé : Ghakzy.

N« 1223. Gcnéral Chanzy à P amiral Jauréguiberry ,

à Châle au-du- Loir .

Le Mans, 10 janvier 1871.

La brigade Pereira est, dit on, battue et en pleine déroute à Parigné.

Le gëne'ral Michel me fait prévenir que les éclaireurs ennemis apparaissent à Mulsanne. La division Barry arrive en désordre à Ecommoy. Il est donc de plus en plus indispensable et urgent que vous hâtiez votre marche et que vous tombiez sur les derrières ou sur le flanc de l'ennemi.

J'envoie une brigade du 17® corps au secours de Pereira.

Signé : Chanzy.

DEPECHE

N° 1225. A Camiral Jaiiréguiberry, à Ecommoy.

Le Mans, lOjanvier 1871.

La situation est celle-ci : Parigné repris par l'ennemi, qui menaçait ce soir Changé ; les troupes du général de JoufFroy rentrées dans les lignes en avant de Ponthieue et chargées avec la division Roquebrune de la défense des positions entre la route de Parigné et la route d'Yvré à Saint-Calais; la division Deplanque entre la route de Parigné et celle de Mulsanne ; les troupes de Bretagne, de cette dernière route à Arnage ; la place des 2° et 3° divisions du 16^ corps est en réserve autour de Pontlieue. Vous commandez tout le secteur entre l'Huisne et la Sarthe, du château d'Hormiers à Arnage ; j'ai donné au général Barry l'ordre formel d'opérer sa retraite sur Mulsanne et d'y rallier sa division, exigez qu'il l'exécute. Ramenez tous les traînards. Je fais partir cette nuit deux trains pour Château-du-Loir, pour faciliter le transport de la division de Curten sur Ecommoy. Une fois réunis à vous, mettez-vous en route d'aussi bonne heure que possible demain. Venez prendre vos positions sur la ligne et frappez un coup sur l'ennemi s'il venait à vous prêter le flanc. Vos trains d'Ecommoy aideront au transport de vos im.pedimenta sur le Mans. Basez-vous là-dessus et donnez vos instructions en conséquence au général de Curten, Signé : Chanzy.

Dépêche au crayon du colonel RibelL

Mon général, De onze heures à la nuit, la V^ brigade de la l""^ division a soutenu

le choc de forces considérables qui se sont emparées d'un village à trois kilomètres de Changé, appelé, je crois, la Pelouse. J'ai envoyé prévenir le général commandant la division que l'attaque était des plus sérieuses, et je n'ai pas hésité, dès le commencement de l'action, à appeler deux bataillons du 37^ de marche et deux bataillons des mobiles du 33*, laissant les trois autres bataillons garder leurs positions. J'ai placé les trois bataillons du 62® à toucher le village occupé, et sa résistance a été énergique. Le 37® a bientôt pris position sur la droite de la route, formant ainsi une ligne double de tirailleurs non interrompue. Après plus de quatre heures de résistance la nuit se faisait, et il m'a été impossible d'obtenir de prendre le village à la baïonnette. Il ne restait plus autour de moi que deux officiers du 62**, et les troupes reculaient. J'ai fait alors occuper le village de Changé, et la lutte a con tinué. Les deux bataillons de mobiles venaient d'arriver, mais la résistance n'était plus possible, les hommes refusaient de marcher par leur inertie. J'ai dû par suite, sans faire sonner la retraite, rallier les hommes le plus qu'il a été possible, et j'ai occupé les positions des Arches où je me trouve, avec les deux bataillons de mobiles du 33^, une partie d'un bataillon du 37^ et un autre du 62®. Les autres troupes aui'ont dû se replier vers le Chemin aux Bœufs. Je ne dois pas cependant vous laisser ignorer que ces4roupes, après avoir bien tenu, étaient en déroute.

J'ai tout lieu de croire que la position que j'occupe sera attaquée demain matin. On a fait une quinzaine de prisonniers qui ont déclaré qu'ils étaient huit à dix régiments, et qu'ils étaient suivis par un corps d'armée considérable. Je crois devoir vous informer directement, tout en faisant prévenir le général commandant la division.

Signé : Ribell.

P. S. Nos pertes me paraissent considérables. Le lieutenant-colonel du 62^, que j'ai vu tomber, est blessé, uç ou deux commandants blessés, plusieurs officiers tués ou blessés.

Général Goujard à général Chanzy^ au Mans.

Yvrc, lOjanvier 1871, quatre heures quinze minutes.

C'est à quatre heures du matin seulement, déjà replié par ordre du général Jaurès, que je reçois sa lettre et votre télégramme. Les troupes ont été toute la journée en marche, toute la nuit sous les armes et en alerte. Mes francs-tireurs excellents, mes meilleurs bataillons ont été envoyés par ordre au général Rousseau. Le 62®, qui n'a pas tenu à la Belle-Inutile et avec lequel je l'ai attaqué de nou-

veau, ne compte plus que 150 hommes; 3,500 sont à Champagne et Auvours ; je n'ai qu'une seule batterie. Mais avant l'ordre de se replier, l'attaque sur Thorignë eût probablement réussi : elle est maintenant bien difficile et, je crois, impossible dans l'état où se trouvent mes troupes. Un officier est au bout du fil pour recevoir vos ordres.

Signé : Goujard.

Général Goujard à général Chanzy, au Mans.

Yvré, 10 janvier 1871, neuf heures quarante-cinq minutes.

Tout allait bien et la journée était bonne ; malgré leur fatigue extrême, les troupes avaient bien tenu, lorsqu'à cinq heures et demie du soir le bourg de Champagne, qui était occupé depuis quatre jours par 1,900 hommes de ma division, a été abandonné après une résistance que je crois insuffisante. Je fais établir un état de nos pertes; j'aurai l'honneur de vous l'adresser. Signé : Goujard.

N° 1235. Général Chanzy à général Jaurès^ à Yvré {faire suivre

sur Montfort).

Le Mans, 10 janvier 1871.

Le général Goujard s'est laissé déloger, vers cinq heures et demie, de Champagne; je lui donne l'ordre de reprendre cette position et de la tenir. Tenez les vôtres de la rive droite de l'Huisne aussi longtemps qu'il n'y aura pas, pour vous, nécessité de reprendre les premières en avant de Sargé, par suite de menaces sérieuses de Bonnetable ou sur votre flanc gauche. De Montfort, vous êtes toujours une menace pour l'ennemi qui cherche à descendre l'FIuisne et à s'ap procher d' Auvours. Nous avons à supporter une attaque sérieuse de l'ennemi; il faut le faire de façon à l'en dégoûter et tenir comme à Josnes.

Prenez pour cela telles dispositions que vous jugerez convenables. Je compte sur vous et sur vos troupes ; il ne faut pas songer au repos avant d'en avoir fini. Signé : Chakzy.

N" 1237. Général Chanzy au ministre de la guerre, à Bordeaux.

Le Mans, 10 janvier 1871.

Les armées du prince Charles et du grand-duc de Mecklembourg ont redoublé d'efforts aujourd'hui dans leurs attaques sur l'Huisne et au sud-est du Mans. Pressées de tous côtés, nos colonnes ont dû battre en retraite sur les positions défensives qui leur avaient été assignées à l'avance. L'action a été des plus vives à Montfort, à Cliam-

pagné, à Parigné-l'Evêque, à Jupilles, à Changé. Sur ce dernier point, la brigade Ribell, après une résistance de plus de cinq heures, a dû abandonner le village à l'ennemi, qui l'occupe depuis la nuit. Nous sommes évidemment en présence d'un effort des plus sérieux de l'ennemi et d'une ferme volonté de sa part d'en finir avec la deuxième armée. Nous allons lutter comme à Josnes. J'ordonne partout la résistance à outrance, je défends formellement toute retraite et tout abandon de positions. Il me faut, pour obtenir cette résistance et un succès, je l'espère, pouvoir ôter tout commandement à tout chef de corps qui n'exécuterait pas strictement les ordres reçus ou ne saurait maintenir sa troupe, mais aussi pouvoir récompenser sur-le-champ les officiers et les soldats qui donneront l'exemple du dévouement et de la ténacité; je vous demande instamment ces droits. La deuxième armée n'a encore rien reçu des récompenses que j'avais sollicitées pour elle ; cet encouragement serait des plus opportuns. Nous avons fait aujourd'hui des pertes sensibles, mais l'ennemi a plus souffert que nous, de l'aveu des prisonniers faits sur plusieurs points. Il a eu beaucoup de morts et de blessés depuis quelques jours, par suite de notre mousqueterie. Dans une brigade, celle à laquelle appartenait le 35'' bataillon de fusiliers, le général Rothmallec a été blessé, le major tué, l'adjudant de brigade et plusieurs officiers tués. Je vous adresse, par lettre, copie de mes instructions. Signé : Ghakzy.

DEPECHE

IS° 632. A générai Goujard, à Saint-Mars-la-Brière, et à général

Jaurès^ à Sargé.

Le Mans, 10 janvier, une heure irciite-cinq, matin.

J'ai donné mes ordres au général Jaurès qui a dû vous les transmettre, et je les maintiens. On juge mal des choses la nuit, et les décisions prises sans savoir exactement où on en est, peuvent être fatales. Tenez donc, et attaquez vigoureusement l'ennemi demain au jour.

Signé : Ghaînzy.

N" 634. Général Chanzy à général de Colomb, à Yvré.

Le Mans, 10 janvier 1871.

Je ne m'explique pas que vous n'ayez pas reçu mes ordres prescrivant d'attaquer l'ennemi demain matin et de reprendre les positions perdues : c'est le seul moyen de l'arrêter. Le plateau d'Auvours ne doit vous servir que si vous êtes battu. Dans ce cas, c'est à vous de

prendre les positions les plus favorables et de vous y maintenir coûte que coûte, conjointement avec les troupes que le 21® corps a dû y laisser, et celles de ce corps qui s'y replieraient dans le cas d'un insuccès. Le mouvement offensif est ordonné sur tous les points, vos troupes ont moins marché que celles de l'ennemi. Débarrassez-vous de vos bagages ; repliez-les sur la rive droite de la Sarthe, et accusezmoi réception. Signé : Chanzy.

N" 638. Au général Goujard, à Yvré.

Le Mans , 10 janvier, huit heures trente mimites.

Exécutez strictement les ordres que je vous ai donnés. Le général de Colomb fait une démonstration sur Ardenay. Le général de Jouffroy, de Grand-Lucé, se porte sur Parigné-l'Évêque.

L'offensive est la seule manière d'arrêter l'ennemi.

Signé : Chanzy.

N" 644. Général Chanzy aux généraux de Colomb , Jaurès^ Goujard, par la station d' Yvré-t Evêque (faire suivre), et amiral Jauréguiberry, Cliâteau-du-Loir, ou, en cas de départ, par Ecommoy.

Le Mans, 10 janvier 1871.

Le 2® bataillon du 39® de marche s'est porté cette nuit sur ParignérÉvêque et l'a occupé sans coup férir; il suffit de vouloir.

Quand le général de Jouffroy, qui est à Grand-Lucé, arrivera à Parigné, il a l'ordre de faire une démonstration soit avec ses troupes, soit avec la brigade envoyée par le général Deplanque, sur le flanc gauche de la colonne ennemie, devant laquelle la 2® division du 17® corps s'est repliée hier en lui abandonnant les hauteurs d'Ardenay, qu'elle doit reprendre ce matin. Je réitère donc les ordres donnés hier, de prendre partout l'offensive et de repousser l'ennemi des positions qu'il importe de réoccuper. Le succès est dans la ténacité. L'ennemi est certainement plus fatigué que nous.

Signé : Ciianzy.

Général Jaurès à général Chanzy, au Mans.

Sargé, le 10 janvier 1871, douze heures cinquante minutes

Je vous envoie un officier avec dépêche Rousseau qui annonce sa reti^aite. Ses troupes, harassées, seront hors d'état, je le crois, d'agir avec succès demain pour reprendre les positions perdues aujourd'hui. Je crois urgent de réunir et de reformer les troupes sur les positions

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défensives, mais je suis prêt à exécuter les ordres que vous m'enverrez. Mes troupes de réserve sont sous les armes, prêtes à marcher, et moi avec. Signé : Jaurès.

Générât commandant le 17° corps à général en chef, au Mans,

Yvré, le 10 janvier, douze heures cinquante.

Je viens de voir la 2° division et de l'établir sur le plateau d'Auvours. Elle a marché une grande partie de la nuit dernière et toute la matinée, a combattu jusqu'à la nuit et marché jusqu'à présent. Elle est extrêmement fatiguée, désorganisée, affaiblie. Je doute qu'elle puisse fournir sur le plateau une résistance solide. Je ne sais pas quelles sont les troupes qui sont à droite et à'gauche et qui doivent, avec la 2® division, occuper le plateau dont le front est beaucoup trop étendu pour qu'elle le défende seule. Faut-il garnir cette position avec des batteries de 8 de réserve? Je crains de les compromettre si la retraite devenait indispensable, ayant à dos une rivière et peu de débouchés. Je suis à Yvré, et j'ai des plantons au télégraphe de la station du chemin de fer. Signé : de Colomb.

Général commandant te 17® corps au général Clianzy^ au Mans,

Yvré, le 10 janvier, trois heures quinze du matin.

Je reçois votre dépêche de minuit peu après vos instructions. Vous ne connaissiez pas encore, au moment où vous l'avez adressée, la véritable situation de la division Paris : elle est en ce moment sur le plateau d'Auvours, au moins en partie, extrêmement harassée, incapable,' je crois, de repousser une offensive vigoureuse ce matin. Je lui donne l'ordre néanmoins de se mettre sous les armes au point du jour, et je verrai s'il est possible de réunir ses détachements, un peu dispersés par une retraite de nuit, et de la porter en avant. Ma réserve d'artillerie, sur laquelle je comptais, n'est pas encore arrivée, cependant elle avait reçu l'ordre du départ à deux heures quarante minutes.

Signé : de Colomb.

Général Jaurès au général Chanzy, au Mans,

Montfort, le 10 janvier 1871.

Mon général ,

A deux heures, nos troupes descendaient pour l'attaque, lorsque l'ennemi, se présentant par les bois qui bordent la route du Mans, a engagé lui-même une attaque sur Pont-de-Gennes par un feu trèsnourri. En même temps, des pièces, en position sur les coteaux qui

font face à Montfort, ouvraient le feu sur la ville. Nos tirailleurs, postes sur toute la ligne du chemin de fer et occupant la gare du Pont-de- Gennes, soutinrent un feu très-vif et y répondirent avec avantage, ne permettant pas à l'ennemi d'avancer.

J'eusse voulu les porter en avant, mais le général Rousseau me déclara formellement que ses troupes supportaient en ce moment tout l'effort dont elles étaient capables, et que les porter sur les bois et sur les hauteurs fortement occupées par l'ennemi serait vouloir les voir promptement ramenées. Je l'eusse fait cependant, si je n'avais reçu du général Collin l'avis que, tandis que sa 1'^ brigade s'engageait avec l'ennemi sur le pont de Connerré, sa 2^ brigade était attaquée vers la Ghapelle-Saint-Remy, et que dès lors il ne pouvait, avec une seule brigade, tenter d'enlever Connerré, où des renseignements positifs annonçaient des forces considérables.

En même temps, la fusillade se faisait entendre sur ma droite ; je dus craindre que l'ennemi ne cherchât à forcer le passage de l'Huisne vis-à-vis Saint-Mars-la-Bruyère. J'avais eu ce matin la précaution de porter sur ce point un bataillon du corps Goujard; mais, pour plus de sûreté, j'y envoyai d'abord M. de Cathelineau, qui est revenu ce soir, puis un bataillon de mobiles à Patines.

Je n'ai pas encore le rapport du général Collin, et, pour ne pas tarder, je vous envoie la présente dépêche. J'y joins le rapport d'une reconnaissance de la cavalerie du général Villeneuve , qui annonce l'arrivée d'une avant-garde ennemie à Bonnétable.

Il n'y a aucune crainte que l'ennemi puisse forcer nos positions ici, de même qu'il nous serait difficile de forcer les siennes, tant les positions des deux rives de l'Huisne sont également fortes; mais je trouve que l'espace entre Montfort et Champagne est bien ouvert, et peutêtre serait-il bon que je portasse une partie de la réserve à Patines, avec mon quartier général à la Ragoterie, pour être au centre de mes divisions.

J'attends, du reste, vos instructions pour demain. La gauche de la division CoUin est im peu éloignée à la Chapelle-Saint-Remy; je crois qu'on pourrait la leporter vers Lombron pour couvrir la route de Bonnétable; car il va falloir peut-être observer sérieusement ce côté-là.

Il ne faudrait pas être attaqué de face à Montfort et de dos à Lombron ; j'y ferais cependant face au besoin. Agréez, mon général, etc.

Le général commandant le 21*' corps, Signé : Jaurès,

Général Jaurès à général Clianzy.

* Montfort, 10 janvier 1871, neuf heures et demie.

Mon général,

Je reçois du général CoUin la dépêche suivante :

« J'ai l'honneur de vous rendre compte que je viens de rentrer, au n moment où la vive fusillade que j'ai eu à soutenir de trois à six » heures finissait. Des ordres envoyés à une heure à M. des Moutis, )» pour l'attaque de Connerré, n'ont pas eu de ce côté le moindre .) commencement d'exécution ; au moment où l'un de mes officiers est » arrivé à la Ghapelle-Saint-Remy, la brigade des Moutis était engagée » sur ce point, et soutenait, depuis plusieurs heures déjà, un feu » assez nourri sur toute l'étendue de son front. J'ai fait à ma droite » une tentative pour reprendre la gare, occupée dans l'après-midi ; je » croyais n'y trouver que des forces insignifiantes que j'ai tenté de .» tourner par le bois de Lechêne et en même temps par la plaine; » mais mes tirailleurs ont trouvé dans le bois des forces assez consi- ») dérables , et ils se sont battus sur ce point jusqu'à la nuit. Mes )» bataillons de la plaine ont alors dû se replier. J'ai repris à peu près >» mes positions d'hier, et, d'après le récit d'un prisonnier qui vient » de m'être amené, j'avais devant moi deux divisions, plus une réserve » derrière. Le prince Frédéric- Charles est attendu demain avec six » divisions.

M En vain M. des Moutis a cherché à se relier sur sa gauche et en » arrière avec la 3® division. Pas de nouvelles d'elle, et on croit avoir « entendu des coups de feu dans sa direction. Il n'en existe pas moins »> un grand vide à ma gauche. J'attends vos ordres. »

Je ne crois pas que le nombre des divisions qui menacent le général Collin puisse être aussi considérable; cependant il faut tout prévoir. Je prescris au général Collin de faire tête à l'ennemi avec la plus grande vigueur, et s'il venait, malgré ses efforts , à être obligé de céder du terrain, de ne le faire que pas à pas, et en se rabattant, sa droite sur Montfort et les bois de Mondoublerain , et sa gauche sur Saint-Corneille. Il s'appuiera alors sur la l'^ brigade de la 3* division qui est à Savigné et en avant, à la fourche des routes.

Pour moi, je porterai probablement une partie de la réserve à Saint- Corneille, pour renforcer ce point intermédiaire qui a une grande importance, à moins que je ne reçoive, dans vos instructions, l'ordre de faire un autre mouvement.

Il y a en ce moment une grande préoccupation, c'est la difficulté extrême de faire marcher des convois et de l'artillerie sur des routes. A un moment donné, cela peut être d'un grand embarras. Je m'ef-

forcerai de le surmonter en m'y prenant à l'avance pour tous les mouvements.

Agréez, mon gdnëral, etc. Le général Jaurès.

P. S. Je n'ai pas encore de renseignements bien exacts sur ce qui s'est passé aujourd'hui vers Champagne et Yvré. Je les attends de l'officier que j'y ai envoyé.

Général Jaurès à général en chef.

Montfort, 10 janvier 1871. Mon général,

Aussitôt mon arrivée à Pont-de-Gennes, je me suis fait rendre compte par le général Rousseau de la situation de ses troupes. Comme je vous l'ai dit par le télégraphe, il m'a déclaré qu'elles ne tenaient plus debout et qu'elles étaient incapables de combattre aujourd'hui et de se porter de Montfort, où elles sont toutes, sur Connerré.

Le général Collin, que j'avais fait appeler, est arrivé, et sur l'ordre que je lui ai donné de se préparer à attaquer Connerré, il m'a fait observer que, vu l'espace qu'il occupe et le mauvais état des chemins qui relient ses positions, il ne pouvait pas être en mesure de se porter sur Connerré avant trois ou quatre heures de l'après-midi.

Ces deux avis étaient certes peu encourageants, mais votre ordre était formel; j'ai donc dû décider qu'il serait exécute. Cependant j'ai cru devoir, pendant que les préparatifs se font, vous éclairer par le télégraphe sur les mauvaises conditions dans lesquelles se produira l'attaque de ce soir. Ce devoir rempli, j'agirai, si je ne reçois pas contre-ordre.

Permettez-moi de vous rappeler que Connerré est un trou qui n'est pas tenable si les hauteurs de Duneau ne sont pas occupées. Or, comme l'ennemi y est certainement établi, elles seront fort dures à enlever. En outre, les troupes ne voient pas, sans quelque appréhension, l'obligation, en cas de retraite, de se retirer par un seul pont.

Nos positions seraient peut-être plus fortes si nous occupions seulement la rive droite de l'Huisne, soit en conservant la division Collin devant le pont de Connerré, se reportant vers la Chapelle Saint-Remy ou vers Lombron, pour qu'elle soit moins écartée, soit en prenant la ligne de défense de Montfort, Lombron, les bois de Mondoublerain et Saint-Corneille.

Je voudrais pouvoir répondre à votre désir de nous voir prendre promptement l'offensive, mais la division Rousseau est vraiment presque une division à reformer. En ce moment même, les chefs de corps

les plus énergiques viennent dire que leurs hommes ne peuvent se lever, et ils me supplient de ne pas leur demander plus que les forces humaines ne peuvent supporter.

Je ne sais vraiment comment je m'en vais faire pour les faire marcher ce soir. Enfin, si c'est possible, ça se fera. Tout le monde me dit que non : nous le verrons bien.

Agréez, mon général, etc.

Le général commandant le 21® corps.

Signé : Jaurès.

Le général de Jouffroy au général Chanzy.

Grand- Lucé , 9 janvier 1871, onze heures du soir. Mon général.

Je suis arrivé ce soir à Grand-Lucé. Pour me conformer aux instructions que m'avait données cette nuit M. l'amiral Jauréguiberry, et au désir que m'avait exprimé M. le général Barry, j'avais disposé mes troupes de manière à prêter aujourd'hui un appui au général Barry et à les rassembler demain à sa portée.

La brigade Bayle et le 46® de marche qui formaient l'extrême droite de ma ligne, dont Maisoncelles était l'extrême gauche, n'ont pas tenu contre des forces supérieures. Tout le reste de la ligne a été harcelé par l'ennemi.

J'ignorais encore les succès de l'ennemi sur ma droite, lorsque, à trois heures de l'après-midi, j'ai prescrit de prendre des positions qui pussent me permettre de lutter encore vers Chahaignes, l'Homme et la Ghartre.

Brives et Saint-Pierre de Lorouer se sont trouvés tout à coup occupés par l'ennemi : mes combinaisons devaient donc échouer.

Jusqu'ici j'ai rassemblé à Grand-Lucé toute la 3® division d'infanterie du 17® corps et la brigade Bayle; j'ai pu aussi y faire arriver mon convoi. Je serai complètement heureux dans ma retraite si je puis réussir à indiquer cette nuit au colonel Thierry, au colonel Falcon et au colonel Marty, qu'ils doivent arriver à Grand-Lucé ou se diriger sur Ecommoy.

Je compte demain matin de très-bonne heure, à moins que les circonstances m'en empêchent ou que vous me donniez des ordres contraires, me diriger vers Saint-Mars d'Outillé.

Toutes mes troupes, dont j'ai tant eu à me louer lorsque je prenais l'offensive, montrent dans la retraite, malgré les fatigues incessantes qu'elles ont à supporter, malgré les privations qui leur sont

imposées, un dévouement bien méritoire. Le repos leur est absolument nécessaire; mais que ce repos leur soit accordé, et on pourra, comme par le passé, compter sur leur valeur.

Je vous prie d'agréer, général, etc.

Signé : de Jouffroy.

Pontlieue, le 10 janvier 1871, dix heures quarante-cinq. Mon général ,

Vos ordres sont exécutés. J'ai prescrit que toutes les troupes soient prêtes à prendre les armes demain matin, à six heures.

Mais je vous l'ai dit de vive voix, je vous l'ai fait savoir par mon chef d'état-major, ce n'est pas impunément qu'on impose à des soldats trois semaines de marches incessantes et de combats, que sans tenir compte des rigueurs de la saison , du mauvais état de leurs chaussures et de leur habillement, on les conduit de succès en succès jusqu'aux faubourgs de Vendôme pour les faire passer ensuite, sans admettre qu'ils soient entamés , au travers des lignes d'un ennemi dont la seule préoccupation était de nous envelopper.

Ce soir, après avoir soutenu une lutte incroyable depuis le 6, après être restés vingt-quatre heures sans manger, mes soldats, par une neige intense, couchent dans la boue sur la route de Tours.

Malgré tout, il faudra demain aborder Changé : nous y serons. J'en ai pour garant le zèle et le courage des chefs de corps et le dévouement d'une partie de leurs soldats. Je ne peux pas dire que nous y serons avant huit ou neuf heures à peine. En raison des difficultés de la situation, de l'insuffisance des cadres, je commettrais une grande faute en vous cachant, en quoi que ce soit, la vérité. Si j'avais à ma disposition des troupes fraîches, je me ferais certainement fort de sauver le Mans par des manœuvres hardies. Ces troupes fi-aîches je ne les ai pas. Je dois me renfermer strictement dans les limites de la voie qui m'est tracée. Je ferai pour le mieux, c'est-àdire ce qu'il est humainement possible de faire. Il reste à savoir ce qu'est le possible.

Je vous prie d'agréer, mon général, etc.

Signé : de Jouffpoy.

P. S. Le 70^ mobiles a repris à l'ennemi 3 pièces d'artillerie et 2 mitrailleuses dont l'ennemi s'était un instant emparé. Je demande que ce régiment soit mis à l'ordre de l'armée. Aucune récompense n'a encore été accordée à ma division.

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