‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 333 sur 345 · LE GRAND-DUC DE MECKLEMBOURG A SA FEMME · texte numérisé non relu

LE GRAND-DUC DE MECKLEMBOURG A SA FEMME

Le Mans , i^ janvier, minuit. Hier soir le Mans abandonné par l'ennemi, occupé par les 3" et 10® corps. Pris beaucoup de prisonniers et de matériel de guerre. Mon corps dans le combat d'hier a fait 4,000 prisonniers. Aujourd'hui, en amont du Mans, avancé sans combat jusqu'à la Sarthe, que l'avant-garde a franchie.

Versailles , iU- janvier. Le prince Frédéric-Charles annonce du Mans : L'ennemi se retire en partie sur Alençon , en partie sur Laval, poursuivi par nos colonnes. De l'armée du général Chanzy, rien que dans les combats non interrompus du 6 au 12, 16,000 prisonniers non blessés sont tombés entre les mains de la deuxième armée ; en outre , il lui a été enlevé douze canons et mitrailleuses, six locomotives etdeux cents voitures. De Podbielski.

Versailles^ i^ janvier. Les colonnes cnga^e'es dans la poursuite des armées battues du général Chanzy envoient les rapports suivants sur le 14:

1" Le général de Sclimldt a trouvé près de Chapelle, deux milles et demi à l'ouest du Mans, la division Barry. Énergiquement atta- (|uée, celle-ci se retira sur Laval dans une fuite désordonnée, en laissant plus de 400 prisonniers entre nos mains. Nos pertes en tués et blessés ne s'élèvent qu'à 1 officier et 19 hommes;

2" Le camp de Conlie a été occupé après quelques coups de fusil; on y a pris de grands approvisionnements d'armes, de munitions et Je vivres ;

3° Beaumont a été occupé après un petit combat de rues ; pris quarante voitures de munitions et environ 1,000 prisonniers. De plus, on annonce que le 14, un détachement sous les ordres du général de Rantzau a été attaqué à Briare par des détachements ennemis considérables, et est cependant parvenu à faire sa trouée sans perdre beaucoup de monde. De Podbielski.

Versailles^ 16 janvier. Les rapports delà deuxième armée, arrivés jusqu'à ce moment, chiffrent les pertes totales en tués et blessés, dans les combats victorieux du 6 au 12 de ce mois, à 177 officiers et 3,203 hommes. Jusqu'à présent il a été pris à l'ennemi plus de 22,000 prisonniers non blessés, deux drapeaux, dix-neuf canons, plus de mille voitures chargées, et, en outre, une grande quantité d'armes, de munitions et de matériel de guerre.

De Podbielski.

Versailles y 17 janvier. Le général Schmidt pénétra, en poursuivant l'ennemi qui se retire sur Laval, jusqu'au delà de Vaiges ; il a fait de nouveau plus de 2,000 prisonniers. Dans la nuit du 16 au 17, Alençon a été occupé après un combat sans importance.

De Podbielski.

Versailles, i9 janvier. Tours a été occupé le 19, sans résistance, par des détachements de la deuxième armée. De Podbielski.

229. Comment le plan de Gambetta a échoué. (Militaer-Wochenblatt.)

Avec la retraite du général Bourbaki et la cessation des efforts laborieux pour débloquer Belfort, échoua aussi la deuxième partie du grand plan stratégique de Gambetta, après qu'avec la défaite du général Chanzy sous les yeux de Gambetta, la première partie déjà avait pris une fin complètement malheureuse.

La bataille de trois jours près d'Orléans, au commencement de

COV APPENDICES.

décembre 1870, avait rompu l'armëe de la Loire en deux moitiés, railedroiteserctirantenremontantlaLoire, et vers le sud, l'ailegauche en descendant la Loire vers l'ouest. Gambetta consacra cette séparation, en plaçant les fractions de l'armée de la Loire qui se retiraient sur Nevers et Bourges, sous le nom de première armée de la Loire, sous les ordres du général Bourbaki; les autres fractions, comme deuxième armée de la Loire, après la démission du général d'Aurelle de Paladines, sous le commandement du général Ghanzy. Les deux armées se réorganisèrent et reçurent des renforts.

Le plan stratégique de Gambetta consista à diriger vers l'Est 1 armée de Bourbaki, soit pour se porter contre la principale ligne de communication des armées allemandes devant Paris, par la lacune entre l'armée du prince Frédéric-Charles et le corps du général de Werder , soit pour opérer encore plus vers l'Est, et se jeter avec des forces supérieures sur le corps de Werder pour débloquer Belfort. Les Français espéraient que ce déplacement du théâtre des opérations de l'armée de Bourbaki vers la France orientale, aurait pour eux des conséquences d'une extrême importance. Le moins qu'on en attendait était que le prince Frédéric-Charles s'empresserait d'envoyer vers l'Est une partie de son armée à la suite du mouvement menaçant de Bourbaki, et rendrait ainsi possible au général Chanzy, qui reprenait l'offensive, de battre l'armée allemande affaiblie et de s'avancer pour débloquer Paris. L'armée de Chanzy fut, à cet effet, augmentée du corps de Bretagne.

Les sti'atégistes français espéraient de plus grands succès encore de l'opération de Bourbaki. Celui-ci devait recevoir des renforts considérables provenant de Belfort, mais surtout de Lyon, On ne doutait pas un instant qu'avec cette supériorité de forces il ne culbutât le corps de Werder; mais on poussa ces espérances imaginaires encore bien plus loin, dans l'hypothèse erronée que rien ne serait fait ou ne pourrait être fait par les Allemands pour éviter ce danger menaçant.

Non-seulement on espérait rompre la route d'étapes de Paris à Nancy et forcer ainsi l'armée ennemie devant Paris à lever précipitamment le siège, mais encore débloquer Belfort, bien plus, envahir même l'Allemagne, pour venger, avec des bandes garibaldiennes choisies sans doute à cet effet, le sol de la France souillé par l'invasion allemande.

Gomme déjà souvent dans cette guerre si pleine de péripéties, les gouvernants français se trompaient et trompaient le peuple de la manière la plus amère, les contre-mesures si bien raisonnées et si magnifiquement exécutées du commandement allemand firent échouer ce plan artistement conçu, grâce aussi à la supériorité morale et militaire des troupes allemandes parfaitement disciphnées, ne reculant devant

aucunes forces numériques supérieures, sur les troupes françaises ramassées avec précipitation et composées en partie de recrues, en partie de gardes mobiles manquant de toute instruction militaire.

Il est difficile, pour le moment, de fixer l'époque à laquelle le général Bourbaki a commencé sa marche vers l'Est; quoi qu'il en soit, cette marche ne resta pas ignorée du commandement allemand, qui put prendre des contre-mesures en temps opportun. L'armée du prince Frédéric-Charles resta dans toute sa force debout contre le général Chanzy pour couvrir l'armée assiégeante de Paris, et détacha seulement une division du 9^ corps à Orléans. Cette division poussa des détachements vers Gien pour observer le général de Pointe, que Bourbaki avait laissé en arrière à Nevers quand il commença sa marche stratégique vers l'est.

La lacune entre les armées du prince Frédéric-Charles et le corps du général de Werder fut remplie par le 7® corps, amené de Metz, et le 2^ corps, détaché de l'armée assiégeante de Paris; ces deux corps d'armée et le corps de Werder furent placés sous le commandement en chef du général de Manteuffel et appelés armée de l'Est,

Il arriva ainsi que lorsque le général Chanzy voulut commencer, le 6, son mouvement offensif pour débloquer Paris, non-seulement il fut, contre son attente, attaqué lui-même, mais il trouva devant lui l'armée tout entière du prince Frédéric-Charles. Repoussé de toutes ses positions, et enfin battu au Mans, il dut, après avoir subi des pertes considérables, se retirer vers le Nord et vers l'Ouest, et ne fut plus en état pendant quelque temps d'entreprendre quelque opération décisive avec son armée dispersée, découragée et décimée.

Le général de Werder se tenait, jusqu'au 27 décembre, à Dijon, et avait la double mission de couvrir la principale route d'étapes et de s'opposer à toute tentative qui aurait pour but de débloquer Belfort. Il avait détaché une brigade en arrière pour investir Langres, et soutenu divers combats contre le corps de Garibaldi et le corps du général Cremer.

A la nouvelle qu'à Besançon se réunissaient des forces ennemies considérables, que de nombreuses troupes partaient de Lyon par chemin de fer pour le nord, et que l'armée de Bourbaki était en marche vers l'est, le général de Werder se sousti^ait à ce menaçant enveloppement en renonçant, le 27 décembre, à sa position si exposée près de Dijon, et en se retirant par marches forcées sur Vesoul, pour être en mesure d'y couvrir le siège de Belfort. Il pouvait d'autant mieux exécuter ce mouvement vers l'Est que les troupes du 7^ corps venaient d'arriver, et pouvaient dès lors se charger de la sécurité de la principale route d'étapes.

Pendant ce temps, le général Bourbaki atteignit, avec ses trois

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corps d'armée (les 15% 18« et 20«), Besançon, où le 24^ corps , récemment formé, se joignit à lui. Il abandonna à Garibaldi l'opération contre la route d'étapes et employa toutes ses forces à débloquer Belfort.

Pendant qu'il faisait des démonstrations contre le général de Werder, établi à Vesoul, peut-être dans l'espoir de le maintenir dans cette position, il envoya le 15* corps directement contre Montbéliard, tandis qu'il s'avança lui-même contre Belfort, dans une direction nordest, avec les 18« et 20*= corps.

Le général de Werder, qui avait concentré à Vesoul le 14^ corps tout entier et rappelé auprès de lui la brigade de Goltz, détachée devant Langres, devina les intentions de l'ennemi et résolut aussitôt de prendre position contre l'armée du général Bourbaki, immédiatement devant Belfort. Il commença sa marche le 9 janvier au matin, rencontra à Villersexel deux corps du général Bourbaki, les repoussa, et continua le lendemain sa marche dans la direction de Belfort. Il arriva avec son corps, le 11 au soir, derrière le ruisseau Lisaine, où il prit aussitôt position, sans que quatre corps ennemis parvinssent à le vaincre dans leurs attaques si vigoureuses des 15, 16 et 17 janvier.

Le 18, le général Bourbaki commença sa retraite. Des détails manquent encore sur ce combat de trois jours, ainsi que des renseignements exacts sur les motifs qui ont pu décider Bourbaki à battre en retraite, soit qu'ils consistassent dans des pertes considérables et dans l'impossibilité de forcer la position du général de Werder, soit dans la crainte que sa ligne de retraite ne fût coupée par les opérations du général de Manteufifel.

Dans tous les cas, la tentative de débloquer Belfort a heureusement échoué, et ce doit être pour le général de Werder et ses braves troupes une douce satisfaction d'apprendre que le royal généralissime a pu, le jour même où il a revêtu à Versailles la dignité impériale, télégraphier à l'impératrice reine Augusta , à Berlin : « Bourbaki, après une bataille de trois jours, s'est retiré devant la résistance héroïque de Werder. Werder mérite, ainsi que ses valeureuses troupes, les plus grands éloges. »

Documents anglais. — Télégramme adressé au New-York Herald (deuxième jour du combat).

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