BATAILLE DU MANS
15 janvier 1871. Ce jour, plein de péripéties, a été un des plus remarquables de l'histoire de France pendant la présente guerre, et c'est évidemment une grande bataille qui a été livrée, puisque le combat a duré jusqu'à la tombée de la nuit.
Après la défaite d'hier, 10 janvier, le général Chanzy, déployant une grande énergie, rallia ses colonnes rompues. Ayant reçu des renforts, il se détermina à frapper un autre coup pour relever sa fortune, sachant que la France comptait sur son armée pour briser l'obstacle qu'opposait le prince Charles et venir au secours de Paris.
Après une nuit de travail incessant et d'anxiété, dès qu'il fit jour les troupes françaises étaient prêtes pour le combat.
L'armée se composait de trois corps, le 16^, le 17^ et le 21^, chacun d'eux sous les ordres de l'amiral Jauréguiberry, du général de Colomb et du général de Jouffroy '. Chaque corps d'armée se composait de 50,000 hommes, formant ensemble une force effective de 150,000 hommes, le tout sous le commandement suprême du général Chanzy.
A dix heures du matin, le corps Jauréguiberry était en position sur la rive dcoite de l'Huisne, le général de Colomb sur le plateau d'Auvours, et le général de Jouffi^oy sur la droite, couvrant le village de Brette.
Les Prussiens s'avancèrent en suivant trois routes; ils se trouvaient sous le commandement du prince Frédéric-Charles en personne. Leur force s'élevait à environ 100,000 hommes.
Vers dix heures du matin, les batteries prussiennes, bien établies sur la gauche des Français, ouvrirent le feu. Il y fut répondu avec vigueur. Bientôt après, une force considérable d'infanterie allemande, flanquée de cavalerie, s'avança sous la protection d'un feu violent de grosse artillerie, et attaqua la droite de l'amiral Jauréguiberry.
Cette colonne fut reçue par un feu d'artillerie bien nourri, dans lequel celui d'un certain nombre de mitrailleuses nouveau modèle.
Le combat devint très-acharné et le terrain fut longtemps disputé. Les Allemands, malgré des pertes énormes, réussirent à la fin à repousser les Français, leur prirent deux canons, et les délogèrent de l'importante position qu'ils occupaient près de la rivière.
Le général Chanzy, apercevant le danger qui menaçait cette position, fit avancer ses réserves d'artillerie au secours de l'amiral Jauréguiberry. Celles-ci ouvrirent un feu terrible, qui arrêta pendant quelque temps les Allemands dans leur marche en avant. Deux ou trois attaques furent faites par ces derniers pour obtenir d'autres avantages ; leur projet était de s'emparer de la position de la Tuilerie. Les Français, parfaitement postés, se battirent avec un grand courage et une grande détermination. Chaque a]ttaque fut repoussée avec des pertes énormes pour les Allemands ; celles des Français furent aussi très-sensibles.
Pendant ce temps, un vigoureux effort eut lieu contre la ligne fran-
* Le correspondant confond le général de Jouffroy avec le général Jaurès, et se trompe dans le placement des corps.
çaise qui défendait le chemin de fer de Chartres et de Paris. Après deux heures d'un combat terrible, le centre de la ligne française fléchit; un mouvement de recul s'opéra lentement et en bon ordre, pendant peu de temps, jusqu'à une position en arrière de la première, où un terrain élevé permit d'établir favorablement l'artillerie.
Là, de nombreuses batteries furent installées et servies par des marins ; elles ouvrirent un feu violent et bien dirigé sur l'ennemi se portant en avant. Les Allemands éprouvèrent alors un échec qui les força de rétrograder. Les batteries allemandes qui pendant l'engagement s'étaient 'avancées sur une position dominante à gauche du chemin de fer, répondirent avec vigueur.
La supériorité de l'artillerie allemande devint bientôt sensible. Après un duel inégal, le feu des Français se ralentit, et leurs hgnes éprouvèrent de grandes pertes. Ils se maintinrent cependant héroïquement dans leur position; tous les efforts faits pour les en déloger furent inutiles.
Pendant quelque temps, ce ne fut qu'un combat d'artillerie; mais lorsque les Allemands eurent pris les positions qui leur avaient été assignées, une attaque plus vive commença évidemment avec l'intention de leur part de s'emparer de la rive droite de l'Huisne, afin d'exécuter un mouvement de flanc pour couper l'armée du Mans et faire un grand nombre de prisonniers.
A quatre heures, la tactique des Allemands sembla se modifier. Un nombre considérable de troupes se placèrent sur la droite des Français, couvertes par un bois près du village de Brette qu'ils occupaient.
Le bois se trouvait à l'extrême gauche de la position prussienne, s'étendant pendant plusieurs milles au sud-est de la plaine entre la route et des villages. Il était commandé par l'artillerie allemande.
Un feu d'infanterie bien nourri et bien dirigé, à sept cents mètres environ, fut alors ouvert sur la figne française et sa position à gauche du village de Brette. Il devint bientôt évident qu'il lui serait impossible de tenir plus longtemps si elle n'en délogeait pas l'ennemi.
Une vive canonnade, dirigée alors sur le bois, ne paraissant pas produire beaucoup d'effet, un corps considérable de Français se porta en avant, en bon ordre, pour le traverser.
Ici la dépêche est interrompue.
Londres, 14 janvier 1871.
Le général Chanzy a rallié ses troupes près du Mans, et opère sa retraite en bon ordre.
Téléfjramme adressé au New- York Herald.