LIVRE SIXIEME
Le général en chef de la deuxième armée, sollicité par un grand nombre de ses collègues à l'Assemblée nationale, exposa sa manière de voir dans les bureaux et dans la grande commission chargée d'examiner la situation militaire du pays. Pensant qu'il était peut-être nécessaire d'aller plus loin, et de porter jusqu'à la tribune les appréciations qu'on lui demandait, il consulta M. Grévy. Le président de la Chambre répondit que la parole ne pouvait être accordée sur une question qui n'était point livrée aux débats, et qu'en outre il lui semblait inopportun de la soulever en séance, alors que les négociations allaient s'ouvrir à Versailles. Le général, qui comptait parler, communiqua à plusieurs députés, MM. Bethmont et Margaine, entre autres, le discours suivant, qu'il avait préparé et qu'il est bon de reproduire ici, pour bien établir quelle était alors, véritablement, sa manière de voir :
« Messieurs,
» Beaucoup d'entre vous m'ont demandé de faire connaître mon » opinion , comme chef d'une des armées qui nous restent , sur la " grande question pour laquelle nous sommes réunis et que l'on !) semble hésiter à aborder : celle de la paix ou de la guerre.
»> Je ne viens pas ici exposer la situation qu'ont faite à la France les » coups qui la frappent si cruellement depuis quelques mois. Nous la
» connaissons tous, sans cependant, je le crains, l'apprécier de U >' même façon.
» Quant à moi, sans chercher à en dissimuler la gravité, je viens > l'envisager avec calme, et, je l'affirme, avec une confiance qu'aucun « de nos désastres n'a pu encore ébranler.
» Je n'apporte pas l'illusion. Il m'a été donné de suivre les événe- »> nients d'assez près pour me permettre d'en apprécier les causes, la » marche et les conséquences. Mais loin d'en être découragé , » j'apporte la conviction profonde que notre pays doit et peut se >' relever.
» Il le doit, parce que la France n'entend pas déchoir; il le peut, » parce que nous ne sommes à bout ni de forces, ni d'énergie, ni de » patriotisme.
» Si des circonstances encore inexplicables pour nous, inespérées » pour lui, ont donné momentanément le triomphe à l'ennemi, l'hé- » roique résistance de Paris, de Belfort, de la plupart de nos places » Fortes, la rude journée de Fraeschwiller, nos succès à Goulmiers, à >' -fosnes, à Vendôme, à Pont-de-Noyelles, à Villersexel et dans d'au- » très combats moins importants que ces véritables batailles, en sau- » vaut notre honneur national et celui de nos armes, font assez " comprendre à l'Allemagne que la revanche est possible si, dans son » orgueil, elle nous force à la vouloir.
» On m'a demandé, à différentes reprises, si je croyais la résistance « encore possible apfès la réduction de nos armées. Pour moi, elle est >' non-seulement possible, elle ne peut manquer d'être efficace si le » pays la veut sérieusement, en acceptant toutes ses obligations et » toutes ses conséquences.
» Je ne puis, vous le comprendrez, entrer publiquement ici dans le .. détail et dans l'appréciation de nos forces. Elles sont, croyez-le ') bien, encore de nature à nous donner espoir et confiance. Nous » pouvons conserver la tête haute.
» Devons-nous continuer la lutte? Quand ma pensée se reporte sur » les scènes de dévastation dont j'ai été si souvent le témoin ; quand " je m'arrête au tableau si navrant que j'avais sous les yeux dans mon » récent voyage à Paris ; quand je songe à cette hécatombe de tant de » victimes, mon cœur de soldat refoule son indignation pour ne son- '• ger qu'aux maux du pays. Je comprends que la meilleure solution » soit la paix, mais la paix honorable, la paix qui, malgré les sacri- >' fices nécessaires, laissant la France debout, ne l'atteint ni dans son '■ honneur ni dans son intégrité.
>' Toute autre paix, croyez-le, et que l'Allemagne ne s'abuse pas, >' ne serait qu'une trêve, qu'un répit. La France ne supporterait pas » longtemps l'humiliation. Si c'est une paix semblable qu'on nous offre,
>» repoussons-la énergiquement. Ne léguons pas à ceux qui nous sui- » vront tout un avenir de haines à assouvir, de hontes à efFacer. » Que la nation, s'habituant à l'idée de nouveaux et cruels sacrifices, » s'arme tout entière pour combattre l'invasion. Que la résistance » s'organise partout pour la défense du sol pied à pied. Que le vide '» se fasse devant l'ennemi. Que tous les gens de cœur prennent un » fusil. Qu'au lieu de discuter, d'écrire ou de conseiller, tous les »> hommes animés du vrai patriotisme agissent et prennent part à la » lutte. Il n'est pas besoin d'être soldat pour défendre son pays et son » honneur.
» Cette guerre du droit le plus sacré contre la force brutale, ne le » mettez pas en doute , sauvera le pays. L'ivresse causée à l'Alle- » magne par son succès inespéré se dissipera, si cette fois elle ac- » quiert la conviction que la nouvelle lutte qu'elle engage est pour » nous celle du désespoir et de la vengeance; si enfin, cédant à la •> raison , elle arrive à comprendre qu'elle peut compromettre dans " les chances de nouveaux combats oii ses forces finiront par s'épuiser, " les résultats qu'elle a obtenus et qui doivent la satisfaire.
» Enfin le moment n'arrivera-t-il pas oii , sortant du rôle d'indifféî> rence ou d'ingratitude dans lequel elles se sont maintenues jusqu'ici, » les puissances étrangères, menacées à leur tour par les vues ambi- " tieuses de la Prusse , éprouveront fatalement le besoin de mettre un » terme à une guerre qui compromet les intérêts de l'Europe, la paix » du monde entier ?
» Vous aurez à prendre bientôt une résolution. Ne vous laissez in- » fluencer dans l'accomplissement de ce grand devoir par aucune ■' considération politique. Ne vous inspirez que du sentiment vrai- )' ment national , de la situation du pays et de la nécessité d'en sortir » honorablement ; que le Gouvernement reste avant tout celui de la » défense nationale.
» Plus d'esprit de parti, plus d'aspirations politiques cherchant leur '> satisfaction dans les tristes complications du moment. Que la France » entière , à ce point de vue , imite l'armée et reste comme elle sur le " champ de bataille où viennent de succomber, pour la cause sacrée » de la patrie, les hommes de tous les partis, de toutes les croyances .» et de toutes les opinions. — Songeons au mal que nos dissensions » ont déjà produit. Rappelons-nous que l'ennemi leur doit en grande ' partie la facilité avec laquelle il a obtenu ses succès. — Ne lui don- !> nons pas, à cet ennemi déjà si fier de son triomphe, la satisfaction i> que lui causerait le spectacle de nos luttes intestines dans ce moment » suprême où tout bon citoyen ne doit songer qu'au malheur du pays. » Forçons-le à nous conserver son estime sur le terrain de la politique " comme nous l'avons forcé à le faire sur le champ de bataille. Don-
:) nons enfin à nos mandataires, pour les négociations qwi vont s'ouvrir, •> cet appui moral qui leur assurera qu'ils peuvent parler haut et ferme, •' parce que la France, qui désire la paix, est tout entière debout » derrière eux, unie et prête à continuer la lutte si clic est inévitable. » Je vous devais ma pensée. Déjà mon devoir avait été de le faire " connaître à mon année. Je l'avais résumée, en apprenant l'armis- " tice, dans un ordre du jour que je vous demande la permission de
> vous lire, parce qu'il exprime, je m'en porte garant, le sentiment
> qui anime les troupes que j'ai l'honneur de commander. » (Voir i ordre du jour du "^i janvier , page 407.)
Troupes fournies à l'armée de Versailles chargées de rétablir l'ordre dans Paris, par les divers corps ayant fait partie de la deuxième armée.
Bataillons de chasseurs à pied : 10«, 22% 23".
Régiments d'infanterie de marche : 48% 87% 51% 45% 39% 31% 36% 82% 85% 46% 38% 41% 70% 71% 20% 94% 55% 58% 64% 65% 37«.
Régiments de cavalerie : 6* lanciers, 3«, 4^ et 8^ hussards, 11* chasseurs, 4* et 8« dragons, 3« et 4« cuirassiers.
Batteries d'artillerie : 7 batteries de 12, 4 batteries de 7, 3 batteries de mitrailleuses. Total : 14 batteries.
3% 4% 5® et 6^ bataillons de marins, formant le 2* régiment de marins.
DOCOtEMS DIVERS.
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