‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 51 sur 345 · LIVRE PREMIER. — ORLÉANS · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — ORLÉANS

traite continuait, malg^ré le secours qu'elle avait reçu de la brigade Deplanque, et à midi et demi elle se retrouvait presque tout entiçre et en désordre , à hauteur du château de Villepion.

La situation devrai ^t de plus en plus difficile. Nous avions évidemment affaire à un ennemi très-supérieur en nombre. Toutes les troupes du 16® corps étaient engagées, et il n'y avait plus d'autre réserve que celle qu'offraient les troupes fatiguées de la brigade Dubois de Jancigny, en position à Terminiers. Le commandant du 16® corps envoya prévenir le général de Sonis, lui demandant de venir à lui dès qu'il pourrait le faire. Malheureusement, le gros du 17® corps n'était arrivé qu'à onze heures à Patay, sans avoir eu le temps de prendre aucune nourriture; la 1'^ division même n'y parvint qu'à cinq heures du soir. Quoi qu'il pût faire, le général de Sonis ne put se mettre en marche que très-tard a;v^ec ce qui était capable de le suivre.

Jusque-là l'ennemi avait présenté sur tout le front d'attaque la même résistance et tenté les mêmes efforts. Dès qu'il s'aperçut que notre droite n'était plus à craindre , il en vint à la manœuvre qui lui a tant de fois réussi, et changeant son ordre de bataille, il se porta en masse sur notre gauche avec l'intention de la tourner. On l'aperçut distinctement dirigeant ses colonnes sur Tanon, et prenant une position d'équerre, en avant de la Maladerie où apparaissait en même temps une nombreuse cavalerie. L'amiral prit immédiatement ses dispositions pour faire face au danger qui le menaçait : la 2^ ligne de la brigade Deplanque exécuta un changement de front à gauche, et les mitrailleuses, ainsi qu'une partie des batteries de la division, firent également face de ce côté. Le 33^ mobiles (Sarthe), qui formait presque en entier cette nouvelle ligne, eut d'abord à supporter un feu d'artillerie des plus violents qui ne l'empêcha pas d'essayer d'avancer jusqu'à

portée demousqueterie. Oblige de plier, il recula en ordre les rangs formés comme à la manœuvre, et s'arrétant fréquemment pour essayer de nouveau l'offensive. A deux heures, il n'avait pas perdu un kilomètre de terrain; son attitude, son feu et celui de nos mitrailleuses avaient constamment maintenu l'ennemi , qui perdait beaucoup de monde. La cavalerie allemande, après avoir essaiyé d'avancer, avait été rejetée en désordre sur Orgères. Malheureusement la nôtre, que le commandant du 16® corps faisait prévenir pour qu'elle pût profiter de cette circonstance, avait quitté sa première position à l'ouest d'Orgères, parce que, trompé par un grand nombre de fuyards isolés qu'il apercevait se dirigeant sur Patay, le général Michel avait cru à une retraite de tout le corps, et s'était replié sur Nonneville et Gommiers dans le but de la protéger.

Telle était la situation vers deux heures de l'après-midi. La droite désorganisée, le centre peu solide et composé de troupes hésitantes depuis le choc infructueux du matin ; la 1" division en flèche sur la gauche, très-engagée, et supportant le principal effort de l'ennemi. Du côté de la 3* division, le désordre devenait même inquiétant; deux pièces de la batterie de 1 2 , envoyées comme appui , venaient d'être enlevées par l'ennemi, parce que la troupe chargée de protéger cette batterie l'avait abandonnée. Dès qu'il fut prévenu de ce fait regrettable, le commandant du 1 6^ corps , réunissant quelques troupes de la 2* division , les reporta en avant sur la crête de Terre-Noire, avec une nouvelle batterie de 12 pour contre-battre l'artillerie ennemie , qui continuait à tirer de Lumeau et de Goury. Le reste de la 2^ division était établi et reformé entre Villepion et Faverolies.

Combattant avec une ténacité et un sang-froid audessus de tout éloge , l'amiral dut néanmoins se décider à

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