‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 81 sur 345 · LIVRE DEUXIEME. — JOSNES · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME. — JOSNES

chef voulant appuyer le mouvement en avant de la division Deplanque , avait dirigé la division Roquebrune (1" du 17°) entre Villevert et Villechaumont , pour repousser des colonnes qui débouchaient de Beaumont et de Gravant. Assaillie par des masses considérables, la première ligne de la division Roquebrune soutint énergiquement le choc; à un feu de mousqueterie à bout portant succéda bientôt un combat corps à corps, jusqu'à ce que les troupes de la deuxième ligne, que le bruit de cette fusillade, répercuté de tous côtés par d'étranges échos, avait rendues un instant indécises , s'avancèrent résolument pour prendre part à l'action. Le combat fut dès lors des plus acharnés. Un moment, la 19^ batterie du 7® régiment d'artillerie se trouvant isolée, fut entourée par des fantassins allemands ; elle ne fut sauvée que par l'énergie du capitaine Rouvillois, qui, appelant à son secours une compagnie du 11* bataillon de chasseurs de marche, dégagea ses pièces et fit une vingtaine de prisonniers. L'ennemi dut enfin plier devant l'élan de nos troupes. Le succès fut complet pour nous de ce côté, et il dut abandonner Gravant et Beaumont pour se mettre en retraite sur Baccon, poursuivi par nos colonnes jusqu'au Grand-Ghâtre. On aurait pu se maintenir sur cette position jusqu'au lendemain, si, après le mouvement en arrière du général Gamô et d'une partie de la 1'® division du 16^ corps, l'amiral n'avait jugé utile de replier également le reste de cette division. La nuit était d'ailleurs très-obscure; une méprise, toujours possible avec des troupes aussi peu exercées que les nôtres, pouvait amener de grands désordres : le commandant en chef jugeant le général de Rochebrune trop en flèche, lui donna l'ordre de cesser la poursuite, et prescrivit à tous les corps engagés de reprendre les positions qu'ils avaient quittées le matin. Le général Gamô ne put rallier les siennesqu'en avant du ravin de Vernon,à

400 mètres en avant de Beaugency, bien qu'il lui eût été possible de s'avancer plus loin et de s'établir plus solidement, les Allemands s'étant retirés sur Meung lorsqu'ils avaient vu leur droite en retraite sur Baccon.

Le résultat de la journée avait néanmoins été bon pour nous. Notre mousqueterie avait causé d'énormes ravages dans les rangs de l'ennemi; notre artillerie s'était montrée à hauteur de la sienne, et si un mouvement de retraite partielle, sans conséquence d'ailleurs, s'était produit un instant dans cette P® division du 16^ corps, déjà si éprouvée depuis sa formation et si admirable dans toute cette campagne, il fallait l'attribuer à la fatigi^e des derniers jours, qui n'avaient été pour elle qu'une suite de combats meurtriers et de marches forcées. Les pertes des 16^ et 1 7* corps étaient faibles ; celles de la colonne mobile de Tours, plus longtemps engagée, plus sérieuses.

Le général en chef rendit compte au ministre de la guerre des résultats de la journée par le télégramme suivant :

« Nous avons été attaqués aujourd'hui sur toute la ligne » depuis Meung jusqu'à Saint-Laurent-des-Bois. L'effort » principal de l'ennemi était sur Beaugency. La colonne » mobile de Tours, la V^ division du 16^ corps et la » 1" du 17% ont été sérieusement engagées. Nous avions » affaire à une artillerie nombreuse, évaluée, d'après les » prisonniers, à 86 pièces ayant pris part à l'action , et » soutenue par des réserves. Les forces ennemies engagées » comptaient deux divisions bavaroises et une division » prussienne, plus de 2,000 chevaux, ayant en arrière ■' des forces considérables. C'était l'armée du prince i' Charles avec le grand-duc de Mecklembourg.

» L'ennemi a été repoussé jusqu'au delà du Grand- ' Châtre, et nous couchons sur nos positions de ce matin. " Les prisonniers (200 environ) avouent des pertes consi-

Page 1