PREMIERE PARTIE
Lettre de Jules Favre à Gamhetta, du '^'^ janvier 1871 .
(Cette lettre et celle qui suit donnent des détails sur la manière dont le commandement a été offert au général Vinoy. Nous extrayons de la première les passages suivants.)
« Après la Irisle journée du 19, il (Paris) a cru à une revanche prochaine, et en même temps manifesté, avec une irritation d'heure en heure croissante, sa colère contre M. le général Trochu. Je vous ai dit que j'avais plusieurs fois insisté sur son remplacement, et que la résistance de la majorité du conseil seule m'avait arrêlé dans l'exécution de ce dessein. Je n'avais pour moi que Picard. Mais après l'affaire du 19, la persistance de M. Trochu à garder le commandement devenait un véritable danger.
« J'ai vainement essayé d'amener mes amis à un acte un peu vigoureux, et le général à une résolution néces-
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saire. La journée du vendredi 20 s'est passée dans ces liraillements; le samedi 21, les symptômes sont devenus plus menaçants, et le soir, les maires, réunis au gouvernement, ont nettement dit à AI. Trochu qu'il ne pouvait conserver le commandement en chef. J'oubliais de dire que la veille, vendredi 20, je les avais réunis, et que, dans une séance de cinq heures, on avait posé et disculé la question de la défense.
1) M. Trochu déclarait qu'elle était désormais impossible, et qu'il était prêt à céder le commandement à l'officier qui serait d'une opinion contraire. Le samedi, nous avons réuni les généraux qui nous semblaient les plus audacieux, nous leur avons posé les mêmes questions, et nous avons reçu les mêmes réponses. Le soir, j'ai fait connaître celte situation aux maires, et c'est alors que presque tous, deux ou trois exceptés, ont exprimé cette opinion que M. Trochu devait se retirer, en gardant le gouvernement de Paris et la présidence.
» Après leur départ à minuit et demi, la délibération a commencé. M. Trochu avait supporté les duretés qui lui avaient été dites, il avait montré un grand calme; avec nous il n'a pas été moins ferme à nous dire qu'il ne se démettrait pas, qu'il engageait le gouvernement à le remplacer, mais qu'il ne conserverait aucune de ses fonctions, hors celle de membre du gouvernement et en déclinant la présidence.
La discussion a été longue, confuse, orageuse. Il fallait d'abord savoir si on le remplacerait et par qui.
11 y a un mois, je proposais le général Vinoy. A la suite de bien des tergiversations il a été accepté, et nous l'avons nommé d'urgence sans le consulter. Il était trois heures du matin. Au même moment, on vient nous ap-
prendre que Mazas a été forcé par une bande qui a délivré Flourens et d'autres détenus politiques. Ce n'était que le prélude de désordres malheureusement graves.
Hier, l'animation de Paris était immense. Quelques factieux de Paris ont essayé de l'exploiter pour se jeter sur l'Hùtel de ville, qu'ils ont attaqué à main armée. Cette agression criminelle était le résultat d'une conspiration, car les fenêtres des maisons de la place avaient été occupées, et de là les insurgés tiraient sur l'Hôtel de ville. La fusillade a duré une demi-heure environ. La garde nationale et la troupe ont balayé l'émeute, occupé la place, et la journée s'est passée dans un calme relatif. Mais le danger est considérable, imminent, etc., etc.
M. Jules Favre au général Vinoy.
Paris, le 22 janvier 1871.
Monsieur le général ,
Le Gouvernement de la défense nationale ayant décidé, ce soir, que le commandement en chef serait désormais distinct des fonctions de président du conseil du gouvernement, vous a nommé commandant en chef de l'armée de Paris, en remplacement de M. le général Trochu. Le gouvernement aurait voulu vous prévenir avant de disposer ainsi de vous, mais l'extrême urgence et les circonstances particulières que j'aurai l'honneur de vous expliquer l'ont obligé à prendre ses résolutions sur l'heure. D'ailleurs, il connaît depuis longtemps votre patriotisme et votre dévouement; il y compte, et sait qu'en vous appelant à la commander en chef, il ne peut
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confier à de meilleures mains les intérêts de notre brave armée.
Veuillez agréer, Monsieur le général, l'assurance de ma haute considération.
Le vice-président ,
Signé : Jules Favre.