CHAPITRE HUITIÈME
lonnes s'élevaient à environ 10,000 hommes et dix canons, auxquels le comte de Lippe n'avait à opposer qu'un régiment d'infanterie, seize escadrons et trois batteries.
Avant de partir d'Ecouis, le général Briand réunit les chefs de corps des colonnes de droite et du centre pour leur donner ses instructions, et, à l'issue de cette réunion, les montres furent réglées en vue d'une attaque qui devait avoir lieu à cinq heures du matin sous les murs de Gisors et dont le canon donnerait le signal. Le plan était bien combiné et, exécuté de jour, il aurait infailliblement réussi; mais, pour une marche de nuit, il ne tenait peut-être pas assez compte des divers incidents imprévus qui ne pouvaient pas manquer de se produire avec des troupes novices, ne connaissant pas le terrain sur lequel elles allaient opérer. Il était probable, d'ailleurs, que l'éloignement du but à atteindre détruirait forcément l'harmonie qui devait régner entre les différentes colonnes. Sur ces entrefaites, et au moment de se séparer, un franc-tireur revenant de la découverte confirmait la nouvelle qu'Etrépagny venait d'être occupé par l'ennemi. Rien ne fut changé néanmoins aux dispositions prises, dans la crainte que le chef de la colonne de gauche ne pût en être prévenu en temps utile, et le général résolut d'enlever les obstacles qui s'opposeraient à sa marche.
Etrépagny, comme on l'a vu plus haut, était réellement occupé par un demi-bataillon d'infanterie, deux escadrons et une section d'artillerie'. Ces troupes, qui avaient pris part dans la journée à la reconnais-
1 V. Gefechts-Kalender des XIL k. s. Armee-Corps. Drcsdcn.
sance sur Boisemont, étaient placées sous les ordres du colonel de Rex, du régiment des grenadiers saxons de la garde du corps; elles devaient opérer le lendemain une forte reconnaissance offensive au delà d'Ecouis, de concert avec le détachement des Thilliers, ayant la même force et la même composition que celui d'Etrépagny et commandé par le lieutenantcolonel de Trosky, du 18' uhlans.
Le 29 novembre, vers neuf heures du soir, les troupes appelées à faire partie de l'expédition se mirent en mouvement par un froid très-vif et au milieu d'une obscurité profonde. Nous allons suivre d'abord la colonne principale, sauf à indiquer plus tard les événements survenus dans les autres.
En avant-garde marchait la compagnie des Andelys, sous les ordres du capitaine Desestre, un des officiers de francs-tireurs les plus modestes et les plus méritants; puis le général Briand avec son escorte, suivi du reste de la colonne dans l'ordre indiqué plus haut. Un volontaire de Flcury-sur-Andelle, M. Lecouturier, nous accompagnait en qualité de guide, et avait contracté pour la durée de l'expédition un engagement dans les chasseurs à cheval dont il portait l'uniforme. Vers minuit on arrivait au Thil. Là, le général désirant savoir si Elrépagny était réellement occupé, M. Lecouturier partit seul à la découverte. Au bout d'une demi-heure il était de retour ; il avait pénétré dans l'intérieur de la ville et appris par un de ses amis la force de la garnison saxonne.
Etrépagny est traversé dans sa longueur par la route de Rouen à Gisors, et coupé perpendiculairement en deux parties à peu près égales par la rivière de la Bonde, qui se jette à Bézu dans la Lévrière, l'un