CHAPITRE HUITIEME
du général Farre. La chute de la Fère et la prise d'Amiens assuraient à l'ennemi la possession de deux forts points d'appui dans le Nord, et l'isolement désormais absolu de l'armée de Rouen changeait complètement les conditions de l'attaque; opérée quinze jours auparavant, elle aurait pu amener des résultats décisifs, mais, au moment où elle fut entreprise, elle ne pouvait produire qu'une simple diversion. Néanmoins, tout le monde sentait qu'il fallait enfin sortir de l'inaction ; c'est pourquoi le général Briand résolut de tenter contre la ligne de l'Epte un coup de main dont il fixa la date pour la nuit du 29 au 30 novembre.
Cette expédition fut dirigée et conduite par le général Briand en personne, avec l'aide du petit corps de Fleury, qui était commandé depuis quelques jours par un de nos plus brillants officiers supérieurs de la marine, le capitaine de frégate Olry, ancien aide de camp de l'amiral Bouët-Villaumez au début de la campagne. Dans l'après-midi du 29 novembre, on réunit à Ecouis la plupart des troupes appelées à prendre part à l'entreprise. Gisors devait être attaqué de trois côtés à la fois.
A gauche, le colonel Mocquard, qui avait formé à Longchamps une colonne exclusivement composée de corps francs et forte d'environ ,1,500 hommes, avec quatre petites pièces de montagne, devait passer par Saint-Denis-le-Ferment, Eragny et Villers-sur-Trie, pour intercepter à Trie-Château la route de Beauvais. A droite, le lieutenant-colonel de Canecaude, des mobiles de l'Oise, suivi de son régiment et du bataillon des tirailleurs havrais, en tout 3,500 hommes environ, sans artillerie, avait reçu l'ordre de se porter
sur les Thilliers-en-Vexin. De là, les tirailleurs haiTais (commandant Jacquot) seraient allés enlever le poste de Saint-Clair-sur-Epte et prévenir ainsi toute diversion par la route de Magny, tandis que le colonel de Canecaude, continuant sa marche sur Dangu, y aurait passé l'Epte, et finalement aurait contourné Gisors et coupé la retraite à l'ennemi par la route de Pontoise.
La colonne principale, sous les ordres du général Briand, devait marcher directement sur Gisors. L'avant-garde était formée par la compagnie des francs-tireurs des Andelys (capitaine Desestre) ; le gros de la colonne se composait du 2" bataillon de marche des 4P et 94' de ligne (commandant Rousset), rappelé la veille d'Evreux, du 1" bataillon de la Loire- Liférieure (commandant Ginoux), du 2' bataillon des Hautes-Pyrénées (commandant Debloux) et du 2' bataillon des Landes (commandant Esplendes). Puis venait l'artillerie, placée sous les ordres du commandant Sauvé et composée de cinq sections, dont trois de 4 rayé et deux de canons obusiers de 12 ; enfin la réserve formée par le 2' bataillon de la mobile de la Seine-Inférieure (commandant Rolin), et deux escadrons du 12' chasseurs (lieutenant-colonel Laigneau).
Telles étaient les dispositions prises par le général Briand pour son mouvement sur Gisors, et les Saxons ont bien voulu reconnaître, depuis, que cette entreprise offrait de grandes chances de succès : Dièses Manôver hatte aile Aussicht auf einen ziemlichen Erfolg^, En effet, les forces totales de nos trois co-
* V. Die siichsische Armée im deutxch-franzôsichen Feldauge. Pirna.