‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 103 sur 207 · CHAPITRE HLITIEMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE HLITIEMK

un cheval tué sous lui; son guide, déjà blessé au début de l'affaire, fut également démonté, vraisemblablement par les nôtres, car le désordre s'était mis dans nos rangs. Le commandant Rousset fut forcé de revenir sur ses pas pour rallier le reste de son bataillon, qui, appuyé par les mobiles de la Loire-Inférieure (commandant Ginoux), luttait encore en arrière du pont. Dans cette contre-marche, nos soldats aperçurent une masse sombre qui se mouvait dans l'obscurité : c'étaient les artilleurs saxons qui essayaient de sauver leurs pièces. Déjà l'une d'elles aiait pu s'échapper dans la direction de la gare, mais la seconde resta entre nos mains, et les conducteurs n'eurent que le temps de couper les traits sous une fusillade qui en blessa grièvement plusieurs. Peu de temps après, le poste de la mairie fut enlevé après une assez vive résistance.

Cependant, ne se voyant pas suivi, et craignant que, par cette nuit épaisse, ses soldats ne tirassent les uns sur les autres, le général Briand ramassa les quelques combattants qu'il avait sous la main et regagna à pied, parla route de Saint- Alartin, la queue de sa colonne; il était plus de trois heures du matin lorsqu'il la rejoignit, et, à ce moment, le feu avait cessé de toutes parts. Il lança aussitôt sur la route de Gisors les escadrons du colonel Laigneau, et fit fouiller Etrépagny par les troupes qu'il avait sous la main, dirigeant lui-même l'opération. Si la ville avait été complètement cernée dès le début, pas un Saxon ne s'en serait échappé; mais un ou deux bataillons de mobiles s'étaient complètement fondus pendant l'action, et c'est une chose dont il ne faut pas s'étonner de la part de jeunes soldats qui n'avaient jamais vu le

212 LA GUERRE DAxXS L'OUEST.

feu, et qui débutaient par une attaque de nuit, opération hérissée de dangers, féconde en méprises, dans laquelle ne réussissent pas toujours les troupes les plus expérimentées. Il était près de six heures du matin; ayant perdu le bénéfice de la surprise et ayant appris, en outre, l'insuccès de sa colonne de droite sur Dangu, le général Briand renonça à son expédition sur Gisors et se contenta du résultat qu'il avait obtenu.

Dans cette affaire, nous avions eu huit hommes tués et une quarantaine de blessés. Le bataillon de marche de la ligne, qui avait été le plus sérieusement engagé, comptait à lui seul six tués et vingt-sept blessés; il eut, en outre, à déplorer la perte du capitaine Chrysostôme, un ancien officier, sorti volontairement de la retraite dont il jouissait depuis de longues années, pour aller mourir en soldat les armes à la main.

Quant à l'ennemi, il avait subi des pertes trèssérieuses; et, lorsque le jour parut, il vint éclairer un lugubre tableau dont nous avons vainement cherché la reproduction dans toutes les publications illustrées de Leipzig : une cinquantaine de chevaux abattus ou mourants formaient à chaque pas de véritables barricades; au milieu des armes, des casques et des objets d'équipement qui jonchaient les rues, une vingtaine de cadavres', parmi lesquels ceux du comte d'Einsidiel, capitaine aux grenadiers saxons, et du volontaire comte d'Eckstaedt, gisaient çà et là dans des flots de sang, au milieu des blessés, dont une quarantaine furent portés dans nos ambulances. Plus de cent prisonniers restèrent entre nos mains; parmi

1 V. Jûchtzer : Verzeichniss der gefallenen und vestorbencn. Dresden .

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