CHAPITRE HUITIÈME
eux, plusieurs officiers, le capitaine baron de Keller, le premier lieutenant et adjudant de Loeben, tous deux des grenadiers du corps , et le second lieutenant de dragons Haebler ' , En outre , nos troupes rentrèrent dans leurs cantonnements avec une foule d'armes, de munitions et de chevaux, et l'une des trop rares pièces de canon prises à l'ennemi pendant cette triste campagne.
Notre succès était donc incontestable à Etrépagny; mais, ainsi qu'il était facile de le prévoir, les différentes colonnes qui devaient opérer sur Gisors en étaient à une distance trop grande pour qu'on pût espérer qu'elles arrivassent avec précision aux positions fixées, surtout si elles avaient à rencontrer l'ennemi sur leur passage.
Celle de droite, conduite par le colonel de Canecaude , arriva vers deux heures du matin à l'entrée des Thilliers-en-Vexin, où elle essuya le feu du poste qu'elle espérait surprendre ; mis en éveil par la fusillade qui éclatait dans la direction d'Etrépagny, le lieutenant-colonel de Trosky était sur ses gardes. Après quelques décharges qui coûtèrent la vie à un des nôtres, le désordre se mit dans les rangs des mobiles et des francs-tireurs, qui rétrogradèrent précipitamment sur Ecouis. Cette panique était d'autant plus regrettable, que les Saxons, de leur côté, s'enfuirent avec la même précipitation sur la route de Magny, abandonnant le village des Thilliers, qui demeura inoccupé pendantle reste de la nuit. Ce fut seulement dans la matinée que les Saxons revinrent plus nombreux. La commune, déjà frappée l'avant-veille
1 V. Schubert : Gedenk-und Erinnerungs-Blàtler . Dresden.
d'une contribution de guerre pour le fait de la reconnaissance qui avait eu lieu sur son territoire, eut également à souffrir de la rencontre nocturne dont elle avait été le théâtre. Le maire et plusieurs habitants furent emmenés comme otages par le général Senfft , qui les détint plusieurs jours à Magny. En outre, cette échauffourée fournit aux Saxons l'occasion de se vanter d'une apparence de succès. Il leur était difficile de ne pas avouer leur déconfiture à Elrépagny, mais ils alléguèrent qu'ils nous avaient repoussés aux Thilliers ; de telle sorte qu'à leur compte il y aurait eu compensation.
La colonne de gauche, sous les ordres du colonel Alocquard, n'avait pas rencontré de, résistance sérieuse sur son passage; toutefois sa marche ne s'effectua pas sans incidents. A Saint-Denis-le-Ferment, village situé au fond de la vallée de la Levrière, les francs-tireurs s'arrêtèrent pour réquisitionner des chevaux. Attirée par le bruit, une patrouille d'infanterie du poste de Saint-Paër s'approcha à la faveur de l'obscurité, fit feu, et blessa au bras un officier des éclaireurs de la Seine, le capitaine Dazier. Après cette aventure, qui occasionna un feu de panique et désagrégea la colonne, les éclaireurs de la Seine, suivis de quelques corps francs, continuèrent néanmoins leur marche sur Gisors. Vers quatre heures du matin, ils franchirent l'Eptc au pont du Prince, après avoir enlevé la sentinelle qui le gardait. Après une courte fusillade, le poste saxon rétrograda à l'autre extrémité d'Éragny, pour attendre le jour et des renforts. Poursuivant sa route, le colonel Mocquard arriva à l'heure fixée sur les hauteurs de Villers-sur- Trie, où il attendit vainement le signal convenu.