CHAPITRE XI
Entreprises de la V^ armée allemande contre le Havre. — État de défense de cette place au commencement de décembre. — Reconnaissance du comte de Brandebourg sur le Havre (9 décembre). — Départ du général Briand pour Cherbourg (10 décembre). — Effectif de la garnison du Havre à la même date. — Mouvement du général de Gœben contre le Havre (10-11 décembre). — Reprise des hostilités dans le A'ord. — Alarcbe du général de Gœben sur Dieppe et sur Amiens (12-20 décembre).
Par suite de la prise de Rouen, la ville du Havre se trouva brusquement découverte; mais elle n'en fut ni surprise ni déconcertée, car elle s'était de longue main préparée à la résistance. Alal connues et mal interprétées, les circonstances qui avaient accompagné l'évacuation de Rouen soulevèrent, comme on sait, de vives récriminations; la presse havraise prit part à la polémique, et son langage parut peu généreux aux personnes ignorant l'antagonisme qui existe entre le chef-lieu du département de la Seine- Inférieure et son plus riche arrondissement. Cet antagonisme, qui a pour cause la divergence des intérêts plutôt que celle des sentiments, aurait dû disparaître en face de l'ennemi, mais le système de la défense locale n'avait fait que l'accentuer davantage. Par son importance, le Havre est destiné à devenir tôt ou tard le chef-lieu d'un département : sa séparation de la métropole a été momentanément accomplie par la force des choses et consommée par l'invasion; mis en état de siège par décret du 7 septembre, son arrondissement s'est trouvé, par suite des nécessités de la guerre, avoir en quelque
sorte une existence propre et indépendante. Si donc les considérations militaires tirées des derniers événements pouvaient entrer en ligne de compte, il est certain que la péninsule du Havre devrait former un département séparé. Quant à celui de la Seine- Inférieure, s'il avait besoin d'une compensation, il pourrait la trouver dans l'arrondissement des Andelys, qui, séparé par la Seine du département de l'Eure, s'est vu, par suite de cette situation topographique, complètement abandonné à lui-même pendant la dernière guerre.
Quoi qu'il advienne de ces projets de délimitations administratives, il est incontestable que le Havre, au point de vue commercial, a conquis en peu d'années sur l'Océan l'importance que Marseille n'a acquise sur la Méditerranée qu'après de longs siècles. Reliée par la mer avec le monde et par la Seine avec Paris, cette ville a, en outre, une importance stratégique de premier ordre. C'est par son port que sont venus en grande partie nos approvisionnements et le matériel qui nous manquaient; elle a été, pendant la dernière guerre, ce qu'elle serait à plus forte raison dans l'avenir, maintenant que nous avons perdu notre frontière de l'Est, une vaste tête de pont sur l'Atlantique. Cette importance considérable n'avait pas échappé au président du Gouvernement de la défense nationale; c'est pourquoi le général Trochu, après avoir examiné tous les plans proposés pour mettre l'armée de Paris en relation avec celles de province, avait résolu, comme il l'a exposé depuis ', de tenter une sortie dans la direction de Rouen et du Havre
' \ . Trochu : Discours à V Assemblée nationale, 1871.