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CHAPITRE OXZIEME

parla vallée de la Seine. C'était , en effet, la ligne la plus courte ; couverte en partie par les obstacles que présente le fleuve, et protégée par les armées en formation sur la Somme et sur la Loire, elle aboutissait à une base d'opération excellente, qui mettait l'armée à portée de toutes les ressources du pays et de tous les moyens de renouvellement qu'il possédait. II est permis de supposer que cet effort aurait réussi s'il y avait eu de l'unité dans la direction militaire; mais malheureusement la délégation de province n'avait pas sur la basse Seine les mêmes vues que le gouverneur de Paris, et l'armée de Normandie fut précisément celle dont on s'occupa le moins.

La ville du Havre avait compris l'importance de sa situation et du rôle qu'elle pouvait être appelée à jouer; dès la nouvelle de nos premiers revers, elle s'était familiarisée avec l'idée de la résistance, et elle s'y était préparée avec autant d'énergie que de patriotisme. Le 17 septembre, un emprunt pour les besoins de la guerre fut émis par voie de souscription publique ; il s'éleva successivement à deux millions et fut couvert en quelques jours.

Par suite de son extension commerciale, le Havre avait dans ces derniers temps fait disparaître ses anciennes fortifications, d'ailleurs surannées, pour en adopter d'autres, qui, par malheur, sont loin d'être en rapport avec les perfectionnements actuels de l'artillerie, et qui sont restées incomplètes. Les batteries maritimes, récemment construites et armées d'obusiers lisses, sauraient à peine se faire respecter de la plus faible canonnière cuirassée, et elles sont tout à fait inoffensives si on les compare aux tours circulaires, blindées en fer, qui s'élèvent en face de

nous, à peu d'heures de distance, sur les côtes de la Grande-Bretagne. On ne saurait trop conseiller à nos officiers des armes savantes de visiter les passes de Portsmouth et de consulter les enquêtes parlementaires, dont ces consiructions ont été l'objet en Angleterre, ouïes études que leur ont consacrées les ingénieurs américains '.

Quant aux défenses de terre, qui devaient surtout nous préoccuper, elles consistaient uniquement, au début de la guerre, dans les forts de Sainte-Adresse et de Tourneville, ouvrages mal placés et de peu de valeur, sans contrescarpes ni chemins couverts, incapables, par conséquent, de se suffire à eux-mêmes. La route de Paris restait complètement ouverte à une armée assaillante. Tout était donc à faire, à peu de chose près, pour mettre la place en état de défense et la protéger contre une tentative de bombardement que ses fortifications mêmes semblaient provoquer.

Nommé le 12 septembre commandant supérieur de l'état de siège et de l'arrondissement du Havre, le colonel du génie Massu, ancien directeur des fortifications à Besançon, s'était mis à l'œuvre avec une énergie et une activité d'autant plus dignes d'éloges, qu'il eut à lutter contre des difficultés sans nombre. C'est sur ses plans que furent élevés les principaux ouvrages et la première ligne de retranchements. Mais cet officier supérieur ne devait pas tarder à être sacrifié au fétichisme des procédés révolutionnaires. Ayant pris au sérieux ses fonctions de commandant de l'état de siège, il fut forcé de demander

1 V. Frofessional papers of the Emjineers U. S. Army. Washington.

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