CHAPITRE OXZIKME
instructions du grand quartier de Versailles en date du 17 décembre, desquelles nous extrayons ce qui suit : « La situation générale nous oblige à ne pour- » suivre l'ennemi après une victoire, qu'autant qu'il » en est besoin pour disperser ses masses et les 5) mettre hors d'état de se reformer de longtemps. 5) Nous ne pouvons pas le suivre jusqu'en ses derniers j> points d'appui, tels que Lille, le Havre et Bourges, » ni occuper pendant une longue durée, des pro- » vinces aussi éloignées que la Normandie, la Bre- » tagne ou la Vendée. \ous devons même nous ré- « soudre à évacuer certaines positions conquises, 55 comme Dieppe et éventuellement aussi Tours, afin » de concentrer le gros de nos forces sur un petit 5) nombre de points principaux'. ') Signé : Aloltke.
Dans leur situation, les Allemands ne pouvaient donc tenter sur le Havre qu'un coup de main; et il paraît démontré aujourd'hui que le mouvement du général Faidherbe n'a été pour rien dans l'abandon de l'entreprise du général de Goeben contre cette place. Un article de la Revue militaire de Darmstadt, qui clôt la polémique sur ce point, s'exprime en ces termes: « A la date du 11 décembre, le général de 55 Goeben ne se doutait en aucune façon du mouve- 5) ment du général Faidherbe ; ce fut seulement trois «jours plus tard, le 14, à Saint-Valery-en-Caux , » qu'il apprit par le général de Manteuffel que des 35 divisions ennemies s'étaient avancées offensivement » jusque sous les murs de la Fère. En outre, cette 35 nouvelle lui causa si peu d'impression, que ses 33 troupes firent séjour à Dieppe le 15, sans qu'il fût
* V. Wartensleben : Die Operationen der 1. Armée. Berlin.
5' rien changé aux ordres qu'il avait donnés h. cet » effet '. »
Ces raisons paraissent concluantes. Si le général de Goeben avait connu, le 11, le mouvement offensif du général Faidherbe, s'il avait été contraint par lui de « quitter Bolbcc h marches forcées" » pour remonter vers le Nord, il est probable qu'il n'aurait point passé par Fauville, Saint-Valery-en-Caux et Dieppe, ni fait séjour dans cette dernière ville, pour revenir ensuite à Neufchâlel , et mis ainsi cinq jours pour parcourir une distance qu'il pouvait franchir directement en deux étapes. De Neufchâtel, le général de Goeben aurait pu encore gagner la ligne de la Somme en deux jours; or il en mit quatre pour se rendre à Amiens où il arriva le 20. Il est donc impossible de voir dans sa marche le moindre indice de précipitation; en outre, l'examen attentif de son itinéraire prouve que s'il a renoncé à son entreprise contre le Havre, c'est qu'elle n'offrait aucune chance de succès, car en admettant que cette place « n'ait pu résister à quelques jours de bombardement " , le général prussien avait parfaitement le temps d'essayer de ce moyen. S'il ne l'a pas fait, c'est qu'il y voyait de sérieux inconvénients. Il est certain qu'une attaque mémo heureuse ne valait pas les chances qu'il eût courues si sa tentative eût échoué, et nous ne voyons pas dans quel but il aurait avoué qu'il s'est trouvé en face du Havre dans une situation qui n'est pas sans analogie avec celle qu'a décrite La Fontaine dans la fable du Renard et des Raisins.
' V. Zpruin. Allgemeine militàr-Zcilinuj, 1872. Darmsladt.
2 V. FaidherLe : Réponse à la relation du (jènéral von Goeben. Paris.