‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 138 sur 207 · CHAPITRE OXZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE OXZIEME

Dans sa Réponse à la relation de son adversaire, le général Faidherbe soutient qu'il a forcé le VHP corps prussien à quitter les environs du Havre, que cela s'appelle bien « dégager » le Havre ; et il ajoute : « Il » est probable que cette place n'aurait pas résisté à « un bombardement de quelques jours '. »

En écrivant cette dernière phrase, le général Faidherbe ne considérait sans doute que la partie permanente des fortifications du Havre , et il est probable qu'il ignorait l'existence des retranchements passagers que nous avons décrits plus haut. La population du Havre était à l'abri d'un bombardement tenté par des canons de campagne ; il y avait cent trente-sept pièces de position sur ses remparts , et près de 40,000 hommes en armes dans ses murs : Cette situation était de nature à faire réfléchir l'assaillant , car le général de Goeben avait alors à sa disposition non le VHP corps tout entier, mais la moitié seulement, c'est-à-dire la 16^ division renforcée de la brigade des dragons de la garde. Il n'avait avec lui à Bolbec qu'une brigade d'infanterie, un régiment de hussards et deux batteries; il était suivi à une demijournée de marche par l'autre brigade de la 16' division et par le corps d'artillerie. Quant à la 15^ division , qui avait des détachements sur la rive gauche de la Seine , elle opérait isolément, et c'est à la date du 18 décembre seulement, que le VHP corps prussien fut réuni tout entier à Crèvecœur sous les ordres de son chef D'ailleurs les forces du général de Goeben eussent-elles été doubles ou triples, la situation eût encore été la môme.

' V. Faidherbe : Réponse à la relation du général von Goeben. Paris.

Est-ce à dire que le Havre fût imprenable? Certes nous nous garderions bien de l'affirmer, s'il est vrai que Sébastopol ait pu être enlevé de vive force et que les Prussiens eux-mêmes, dans cette funeste campagne, aient pu prendre Paris à la gorge le 19 septembre. Mais, il faut leur rendre justice, ils sont trèsavares du sang de leurs soldats; on les a rarement vus monter à l'assaut, et ils ne risquent des coups d'audace que lorsque les résultats à attendre sont en rapport avec les sacrifices à faire. Or, malgré son importance considérable et le désir que les Allemands ont pu avoir de s'en emparer, le Havre se trouve dans une situation tout à fait exceptionnelle. Pour s'en rendre complètement maître, il faudrait non-seulement l'assiéger, mais encore le bloquer; car tant que les communications avec Honfleur, Caen, Cherbourg et le littoral ne sont pas rompues, il peut recevoir des renforts ou évacuer sa garnison; en sorte qu'après une tentative même heureuse, l'ennemi courrait le risque de trouver une place vide de défenseurs. En outre, le Havre étant situé au sommet d'un triangle dont les côtés étaient complètement libres, notre flolttille aurait pu jeter sur les derrières de l'ennemi un corps de débarquement qui, le prenant à revers, l'eût forcé à lâcher prise. Les Prussiens ne pouvaient donc s'engager ni longtemps, ni sérieusement contre le Havre avant d'avoir leur base d'opération complètement assurée et d'être dégagés de toute préoccupation sur leurs flancs; d'ailleurs ils n'ont jamais eu l'idée d'occuper d'une façon permanente des points aussi éloignés. Leur tactique constante a été d'attirer nos troupes en rase campagne afin de les battre isolément. La preuve de ces intentions se trouve dans les

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