CHAPITRE DOUZIEME
surBrionne, alors qu'au contraire il se retirait sur Rouen, il ordonna la retraite de son régiment sur Thiberville, et il communiqua le lendemain matin sa résolution au commandant de Guilliermy.
Le 17 décembre, avant le jour, le régiment de l'Ardèche se mit en marche sur Thiberville, et il fut suivi par celui de l'Eure. Le bruit de cette retraite, bientôt parvenu à Bernay, y causa une vive effervescence; la nombreuse population ouvrière de cette ville était travaillée depuis quelque temps par plusieurs de ces exaltés qui ne voyaient partout que traîtres et trahisons, surtout depuis qu'on avait appris à l'armée la reddition de Metz par une proclamation qui commençait ainsi : « Soldats , vous avez été trahis. » Parole imprudente, qui devait porter ses fruits. Le commandant de Guilhermy s'apprêtait à monter à cheval pour se rendre compte de ce qui se passait, lorsqu'en sortant de l'hôtel de la sous-préfecture il fut accueilli par les cris et les menaces de la multitude; puis, assailli, bousculé, frappé à coups de crosse par une douzaine de gardes nationaux. A cette triste scène assistaient, l'arme au pied, les mobiles du dépôt de la Seine-Inférieure. Quelques-uns de ces jeunes soldats se rangèrent autour de leur chef pour lui faire un rempart de leurs corps; ils firent mine de mettre la baïonnette au canon et de charger leurs armes , mais le commandant de Guilhermy les en empêcha dans la crainte de surexciter la foule. Bientôt un coup de feu retentit, et ce brave officier supérieur, dont la conduite ^a été si honorable au Mexique, s'affaissa, grièvement atteint d'une balle française.
Prévenu par le télégraphe, le général de Lauriston.
arrivait à Bernay quelques heures plus tard; s'étant assuré que l'ennemi s'était replié sur Rouen , il expédia des ordres pour que toutes les troupes en retraite reprissent les positions abandonnées; et il désigna, pour en prendre le commandement, le lieutenantcolonel Roy, ancien capitaine d'infanterie, retraité par suite de blessures reçues en Crimée et en Italie, et commandant alors la 1" légion des mobilisés du Calvados. Dès le 17, les corps qui avaient évacué Bernay réoccupèrent cette ville; le 18, la mobile de l'Ardèche entra sans coup férir à JBrionne et s'établit sur les hauteurs de la rive droite de la Rille. Ce petit corps d'observation, qui gardera ces positions jusque vers la fin de décembre, n'avait eu jusqu'ici pour toute artillerie que quatre pièces de 4 de montagne; il reçut comme renfort, le 17, quatre pièces Armstrong servies par des mobiles des Basses-Pyrénées, et une batterie de six pièces de 4 rayé de montagne servies par des mobilisés du Calvados.
Sur la rive droite de la Seine , les troupes prussiennes chargées d'observer le Havre se composaient de trois bataillons , quatre escadrons et deux batteries, s'étendant deDuclair à Barentin, sous les ordres du général de Zglinitzki. A la droite de ce dernier, le général comte de Brandebourg, avec un bataillon, cinq escadrons et deux batteries, surveillait la ligne de Pavilly à Clères. Ces deux détachements étaient placés sous le commandement supérieur du général de Pritzeluitz, qui, réduit à la défensive, s'occupa de couvrir sa ligne par une série de retranchements.
Par suite de la reprise des opérations dans le Nord, le général de Alanteulfel avait été forcé de porter successivement son quartier général au Héron, à Alar-