CHAPITRE DOUZIÈME
seillc-le-Pctit et à Brcteui^ , les 17, 18 et 19 décembre. Sa position eût été très-difficile s'il y avait eu un concert établi entre notre armée du Nord et nos troupes de Normandie. Si ces dernières avaient été placées sous les ordres directs du général Faidherbe , ou si tout au moins leurs opérations avaient été rattachées aux siennes, c'eût été la perle certaine delà I" armée allemande. Mais, par malheur, il ne régnait pas même la moindre entente entre les corps les plus voisins. Si, par exemple, ceux qui opéraient sur les deux rives de la basse Seine avaient agi de concert, ils auraient rendu insoutenable la position du général de Bentheim, qui, pour le moment, n'avait à compter que sur ses propres forces. En effet, tandis que l'ennemi ne pouvait passer la Seine ailleurs qu'à Rouen , nous étions complètement maîtres de ce fleuve au moyen de notre flottille; nous aurions pu communiquer d'une rive à l'autre; marcher sur Rouen par la rive droite ou par la rive gauche, ou simultanément par les deux rives; ou bien en agissant tantôt sur l'une et tantôt sur l'autre, fatiguer bien vite l'ennemi par ces mouvements alternatifs. Mais le fleuve, qui aurait dû servir à relier entre elles les troupes du Havre et celles de la Basse-Normandie, était devenu comme un obstacle infranchissable et comme une barrière de plus. Le Calvados et ce qui restait des départements de la Seine-Inférieure et de l'Eure eurent un nombre prodigieux de chefs, à chaque instant remplacés, dépendants tous des comités de défense, et par conséquent indépendants les uns des autres. Au lieu d'organiser contre un ennemi commun une action commune, chaque général voulut être le maître dans son département afin de n'être subordonné à per-
sonne. Un pareil système annihilait nos forces. Au lieu de nous unir contre un adversaire redoutable, nous nous divisions volontairement; au lieu d'opérer avec ensemble, nous ne faisions plus que nous débattre dans de vains et stériles efforts, jusqu'à ce que nous fussions successivement accablés.
Depuis que le comte de Brandebourg était parti d'Angerville-l'Orcher pour Yvetot et Pavilly, les Prussiens avaient complètement disparu des environs du Havre. Ils y revinrent dans les journées des 13 et 14 décembre, mais c'étaient des isolés à la recherche de leurs corps, et des traînards, qui, au nombre d'une quinzaine, se rendirent à nos avant-postes.
Le 14 décembre, des dragons du 10^ régiment de la Prusse orientale apparurent aux environs de Lillebonne; les trois premiers cavaliers qui formaient la pointe d'avant-garde s'étant aventurés seuls dans les rues de cette ville, y furent cernés et démontés par les ouvriers, qui n'employèrent d'autres armes que leurs bras. Lorsque la patrouille que précédaient ces éclaireurs survint pour avoir de leurs nouvelles, les habitants de Lillebonne lui indiquèrent de la main la route du Havre. C'était bien, en effet, celle qu'ils avaient suivie, mais comme prisonniers et sous bonne escorte. Après s'être livrés à des recherches infructueuses pour retrouver la trace de leurs camarades, les dragons reprirent la route de Rouen sans se douter de ce coup de main exécuté avec autant d'adresse que de résolution.
Le 15 décembre une de nos canonnières, l'Etendard (lieutenant de vaisseau Maire), remontait la Seine dont elle explorait le cours, et arrivait à la hauteur de Caudebec, lorsque, vers dix heures, on signala