‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 147 sur 207 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

sur la route de Caudcbecquet l'approche d'une patrouille ennemie. C'étaient des dragons, qui, se voyant surpris, n'eurent que le temps de s'embusquer derrière une usine; après avoir essuyé quelques coups de canon et une assez vive fusillade, ils se hâtèrent de rebrousser chemin vers Duclair, en laissant un de leurs sous-officiers sur le terrain. Dans la soirée, ayant appris que notre canonnière avait redescendu la Seine, ils revinrent chercher îe cadavre de leur camarade et emmenèrent comme otage un membre de la municipalité de Caudebec.

L'enlèvement d'une patrouille à Lillebonne et la présence d'une de nos canonnières à Caudebec causèrent à Rouen un certain émoi; les Prussiens s'imaginèrent que l'armée du Havre se mettait en mouvement; et c'est pour ce motif que le général de Bentheim , après s'être avancé sur la rive gauche jusqu'à Bourgthéroulde, jugea opportun de se rapprocher de Rouen. On voit, par ces faits insignifiants, combien sa situation eût été critique si nos forces de la rive droite et de la rive gauche s'étaient concertées pour une offensive énergique.

Resté seul au Havre après le départ du général Briand, et mis en éveil par les récentes démonstrations du comte de Brandebourg et du général de Goeben, le commandant Mouchez résolut d'assurer avant tout la défense de la place. Par un ordre du 17 décembre, il répartit ses troupes en deux commandements et en deux secteurs correspondants : celui de droite, s'étendant de la batterie de la Lézarde à celle des Acacias, fut confié au lieutenant-colonel de Beaumont; celui de gauche, s'étendant de la batterie des Acacias à la Hève, au capitaine de frégate

Olry ; l'artillerie de droite fut placée sous les ordres du capitaine de frégate Lehelloco, celle de gauche sous les ordres du chef d'escadron d'artillerie Sauvé; les chefs de bataillon Rousset et Rolin commandèrent : le premier le fort de Tourneville, le second celui de Sainte-Adresse.

Après avoir pris ces dispositions, le commandant Mouchez s'occupa de former une colonne mobile destinée à protéger les abords de la place, grossie peu à peu par les corps qu'elle recevrait au fur et à mesure de leur formation ; elle devait marcher sur Rouen dès qu'elle aurait atteint le chiffre d'une quinzaine de mille hommes. Mais, nous l'avons déjà dit, ce qui manquait à ces troupes, composées en grande partie de mobilisés récemment levés ou chassés de leurs foyers par l'ennemi, c'étaient les cadres. Pour faire un corps d'armée de cette masse de plus de trente mille hommes, il aurait fallu au moins un général de division, deux généraux de brigade, avec un nombre correspondant d'officiers supérieurs; or il n'y avait au Havre, en dehors de l'artillerie, que deux officiers supérieurs appartenant à l'armée régulière; l'un était major peu de temps auparavant, et l'autre capitaine au début de la campagne. En présence de cette pénurie d'officiers, il fut impossible de donner un commencement d'organisation aux troupes entassées dans la place, et elles se trouvèrent par la suite condamnées à la plus regrettable inaction. Le commandant Mouchez ne cessait de réclamer avec instance au ministre de la guerre les cadres nécessaires à la formation d'une colonne mobile et l'envoi d'un général chargé de la diriger. La malheureuse expérience qu'il avait faite à Buchy

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