‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 192 sur 207 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

colirrir qu'une armée composée en grande partie des mobilisés du camp de Conlie. Dans le cas d'une reprise des hostilités, c'en était fait de l'Ouest de la France.

Telle était la situation militaire, lorsque l'armistice, prorogé d'abord jusqu'au 24 février à midi, le fut de nouveau jusqu'au 26 à minuit. Quelques heures après l'expiration de ce dernier délai, on apprit que les préliminaires du traité de paix avaient été signés et que notre ruine était consommée. Trahie par la fortune plutôt que par son courage, la France avait dû se voiler la face et voter la paix. Xotre sol envahi; nos armées détruites ou captives; cent mille de nos soldats, l'élite de la jeunesse, sacrifiés sur les champs de bataille; nos villes et nos villages pillés et saccagés; notre dette accrue de plus de cinq milliards, notre matériel de guerre resté aux mains de l'ennemi; nos meilleures frontières tournées contre nous; deux de nos plus patriotiques provinces violemment arrachées du sein de la mère patrie, voilà quels étaient les résultats d'une guerre follement déclarée et plus follement conduite.

Tels sont les événements dont l'Ouest a été le théâtre pendant la guerre allemande. Bien qu'ils n'aient eu qu'une importance secondaire, ils n'en portent pas moins avec eux leur enseignement : c'est que le courage et le patriotisme sont inutiles, que les efforts et les sacrifices sont stériles là où règne le défaut d'entente. Nulle part, peut-être, on n'a mieux vu la nécessité de serrer les rangs en face d'un ennemi redoutable. Que ce soit la morale de ce récit. Si nous voulons que la France reprenne en Europe le rang qui lui appartient, soyons unis; unis dans

l'accomplissement du devoir, dans le respect de la loi, dans l'amour de la patrie. C'est ainsi que nous obtiendrons la véritable revanche. L'autre viendra d'elle-même. Tôt ou tard, la Prusse sera forcée de reconnaître l'abus qu'elle a fait de la victoire; elle s'apercevra tôt ou tard qu'en enchaînant à ses pieds, dans l'ivresse du triomphe, deux provinces françaises, elle n'a fait qu'ajouter à ses difficultés bien plus qu'à sa puissance.

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