‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 191 sur 207 · CHAPITRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME

durent opérer plusieurs mouvements de concentration. Tout le 19^ corps s'ébranla pour aller reformer avec les débris du général Chanzy la dernière armée de la France; dans le Nord, le 22* corps fut embarqué à Dunkerque pour aller rejoindre à Cherbourg l'armée de Bretagne. Ces divers mouvements amenèrent dans l'armée du général de Goeben un déplacement correspondant. Il reçut l'ordre de se concentrer sur son aile gauche, en ne laissant dans le Nord que des forces en rapport avec les nôtres. 11 ne resta sur la Somme que le général de Barnekow avec la 16® division d'infanterie et l'artillerie à cheval, le comte de Groeben avec la 3^ division de cavalerie, et le prince Albert [fus) avec la 3" division de réserve. La 17* division d'infanterie se tint sur la rive droite de la Seine, à cheval sur le chemin de fer de Rouen à Dieppe. La 15* division fut dirigée sur Buchy et Saint-Saens.

Le I" corps d'armée et la 5* division de cavalerie s'établirent sur la rive gauche de la Seine dans les positions désignées plus haut. Jusque-là, Ronfleur était resté dans la zone neutre ; les Allemands avaient paru renoncer à une occupation effective, moyennant le payement des contributions directes de cette ville; mais le versement venait d'être fait, lorsqu'elle fut subitement envahie. Dans la matinée du 23 février, le colonel de Rauch en prit possession à la tête d'un détachement composé d'un bataillon du 41' régiment delà Prusse orientale, de deux escadrons du 17*" régiment de hussards de Brunswick et d'une batterie d'artillerie. De nouvelles protestations s'élevèrent contre cette violation de l'armistice, mais il fallut bien se soumettre à la loi du plus fort.

Malgré la suspension apparente des hostilités, les Allemands les continuèrent en frappant partout d'énormes contributions de guerre ; Rouen ne devait pas payer moins de six millions et demi ; Dieppe reçut des garnisaires; partout des réquisitions écrasantes furent levées, et dans ce nouveau genre d'opérations on vit la rapacité germapique aux prises avec la ténacité normande.

De notre côté, on profita de l'armistice pour organiser et exercer nos troupes. Le Havre plus étroitement investi continua ses travaux de fortification passagère; on fit à la hâte quelques relèvements de terre d'un faible profit et d'un développement énorme, dirigés plutôt contre l'inaction de nos soldats que contre l'ennemi. On chercherait vainement aujourd'hui les vestiges de ces retranchements, dont il ne reste rien pour la défense de la place, tandis qu'à peu de distance, sur la côte normande, on peut voir encore les travaux improvisés des légions de César, ces camps romains qui, après plus de vingt siècles, font encore l'étonnement de la postérité.

En résumé, vers la fin de février, le Havre , notre dernier point d'occupation sur la Seine, était cette fois sérieusement menacé; ses communications avec la rive ganche étaient rompues, Honfleur étant au pouvoir de l'ennemi. De ce côté du fleuve, le général Chanzy, après avoir d'abord songé à s'établir dans les lignes de Carentan, avait résolu plus tard de porter son quartier général à Poitiers pour barrer à l'ennemi la route de Bordeaux'. La Normandie était désormais abandonnée, et la Bretagne n'avait plus pour se

1 V. Chanzy. La deuxième armée de la Loire. Paris.

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