CHAPITRE PREMIER
Marche des Allemands sur Paris. — Situation militaire de la France au mois de septembre. — Troupes de marche de la ligne. — Garde mobile. — Corps francs. — Garde nationale.
Après que l'Empire eut succombé à Sedan, nos armées régulières, battues dans dix combats, étaient détruites, cernées ou captives, et la France se trouvait dans la plus effroyable situation qui eiit jamais attristé son histoire : restée seule, sans armes et sans gouvernement, elle n'avait plus que la terrible responsabilité d'une campagne mal engagée et plus que compromise. Cependant, le sentiment qui se manifesta chez elle après ces premiers désastres ne fut point celui du découragement ou delà peur, mais plutôt celui de la colère et de la vengeance. Au lieu de renoncer à la lutte après un mois d'hostilités, la France retrempa son courage dans son infortune , et relevant son drapeau, elle appela chacun de ses enfants à la défense de l'honneur national.
Commentant la célèbre proclamation de Saint- Avold, les journaux officieux du roi Guillaume avaient donné à entendre que ce n'était pas à la nation fran-
çaise, mais à Napoléon III, que l'Allemagne faisait la guerre; ils avaient nettement séparé l'Empereur de la France, et l'Empereur étant hors de cause, on était fondé à croire qu'il serait facile de désintéresser le vainqueur. Notre ministre des affaires étrangères, M. Jules Favre, se trouvait sans doute sous le coup de cette illusion lorsqu'il se rendit de son propre mouvement à la conférence de Ferrières; mais il put s'assurer là du degré de confiance que méritaient les déclarations germaniques, et en quittant le chancelier allemand, il vit bien qu'il n'y avait plus qu'à combattre. Pour les Prussiens, il n'y avait pas de paix possible sans la cession de notre frontière de l'Est, et sans le payement d'une rançon qui devait consommer notre ruine; en outre, c'était à Paris même, dont la route leur était ouverte, qu'ils voulaient dicter leurs conditions : Paris était depuis longtemps leur objectif; c'est là qu'ils voulaient assouvir les haines accumulées contre nous depuis un demi-siècle. La capitulation de Sedan fut signée au château de Bellevuc, le 2 septembre, à onze heures et demie du matin : à midi, les armées allemandes recevaient l'ordre de faire leurs préparatifs pour continuer leur marche sur Paris. Elles se mettent en route le 4, atteignent Dormansle 8, s'emparent de Laon qu'elles enlèvent au passage le 0, et s'avancent désormais sans rencontrer d'obstacles ; le 14, le grand quartier général prussien est à Château-Thierry, le 15 il est à Meaux. Cbaque jour les télégraphes et les chemins de fer, ces organes de la volonté et de la vie nationales, sont coupés ou détruits; chaque jour de nouvelles régions se voient isolées de la capitale ; c'est comme une lente paralysie qui commence, et les membres,