CHAPITRE PREMIER
isolés du cerveau d'où partait l'impulsion, vont maintenant se débattre dans une terrible agonie. Le 17, les Allemands marchent sur Pontoise et sur Corbeil ; leur ligne se resserre de jour en jour, d'heure en heure; le 18, ils sont à Poissy ; le 19, à Versailles, et leur cercle d'investissement, peu à peu rétréci, est tout à coup fermé brusquement. Paris se voit désormais complètement isolé de la province, et la France est comme décapitée.
En marchant si aventureusement sur notre capitale, les Prussiens cédaient à des considérations politiques plutôt qu'à des raisons militaires : il aurait été possible de déjouer leurs calculs, en imitant de sages et illustres exemples. 11 fallait transporter ailleurs le siège du gouvernement et faire sortir de Paris les bouches inutiles; de cette façon on eût enlevé à l'ennemi les deux auxiliaires sur lesquels il comptait le plus, la sédition et la famine; il était réduit à faire un siège régulier, opération dans laquelle il est loin d'exceller, ou à attendre au moyen d'un investissement ce que, dans son langage recherché, il appela « le moment psychologique du bombardement ;'. Quant à la France, au lieu de dépendre d'une ville bloquée avec laquelle ell« ne communique plus qu'à de rares intervalles et par les airs; au lieu d'attendre des ordres d'un gouvernement prisonnier des Prussiens et qui ne peut plus songer qu'à lui-même, elle eût eu plus de facilités pour délivrer sa capitale. En un mot, on pouvait laisser entre les mains des Allemands une simple place de guerre; on leur permit" d'étreindre le cœur même du pays.
A l'approche de l'ennemi, le gouvernement de la défense nationale avait enfermé dans Paris les dcr-
«i LA GUERRE DANS L'OUEST.
iii(MS débris de nos armées régulières, quelques troupes de ligne dont le corps du général Vinoy formait le noyau, des marins, et tout ce qu'il avait pu réunir de bataillons de mobiles; malheureusement il s'y était enfermé lui-même, et, pour organiser la défense en province, il s'était contenté d'envoyer à Tours une délégation composée de trois personnes : MM. Crémieux, Glais-Iîizoin et le vice-amiral Fourichon. Ce dernier avait seul une compétence militaire ; les deux premiers avaient fait partie de l'opposition sous l'Empire, et ils avaient énergiquement revendiqué nos libertés; mais ils avaient combattu avec non moins d'énergie la loi militaire de 18G8, et s'étaient ainsi rendus les complices de ceux qu'ils accusaient. Etrange et triste contradiction des choses : ceux qui étaient chargés d'organiser la levée en masse, de prêcher la guerre à outrance et de décréter la victoire, étaient les mêmes hommes ({ui, deux ans auparavant, avaient demandé la suppression de l'armée et l'abolition de nos institutions militaires.
La tache de ces organisateurs était devenue bien difficile. Pour porter l'armée du Rhin à la frontière et pour former ensuite l'armée de Sedan, nous avions épuisé toutes nos ressources militaires. Triste et incroyable situation! Avec neuf contingents, une population de 38 millions d'habitants et un budget de la guerre d'un demi-milliard, il ne nous reste plus rien, après un mois de lutte, ni cadres, ni soldats, ni matériel, et, pour défendre son propre sol, la France est réduite aux derniers expédients.
\os réserves elles-mêmes sont déjà engagées, et plusieurs de nos régimenis de marche ont été faits prisonniers à Sedan. Pour en former d'autres, il va