‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 50 sur 207 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

les troupes indiquées plus haut, formant ensemble un effectif d'environ 1,200 hommes. Elles furent réparties en deux colonnes qui, dans leur marche, devaient décrire chacune un demi-cercle et se rejoindre à Lommoye, point situé entre Mantes et le bois d'Hécourt. Mais tandis que le colonel Mocquard prenait ces dispositions, les hussards de Magdebourg entouraient Villegats et Gravent, et le général de Redern, avec le reste de sa cavalerie, le 3" bataillon du régiment bavarois « Prince royal 55 et une batterie d'artillerie, prenait position entre les deux villages. Aussi, au moment où, vers onze heures du matin, les nôtres allaient se mettre en marche, ils se virent subitement et vivement attaqués, surtout par l'artillerie, dont les obus, tombant sur notre tôle de colonne qui débouchait des bois, y causèrent des pertes sensibles. Le colonel Mocquard fit aussitôt déployer toute sa troupe en tirailleurs 3 lui-même, au centre, marchait sur Villegats ; sa droite formée par les éclaireurs du capitaine Trémant, s'avançait à couvert sur Gravent, en suivant une vallée profonde qui passe par les hameaux des Vieilles-Maisons et des Garrières; à gauche, la garde mobile de l'Eure quittait son campement de la foret de Pacy, occupait Chaufour et en repoussait les éclaireurs qui s'y présentaient. A Villegats , le centre soutint avec énergie les efforts de l'ennemi, donnant ainsi le temps à la droite, qui avait cheminé à couvert, d'entrer en ligne à son tour : lorsque les Allemands la virent déboucher, ils cédèrent précipitamment le terrain; la cavalerie et l'artillerie s'enfuirent au galop, et l'infanterie bavaroise se sauva au pas de course, abandonnant sabres et schakos. Les nôtres les poursuivirent

avec un élan remarquable, jusqu'au moment où le colonel Alocquard, craignant d'exposer sa faible troupe en l'engageant trop loin, fit sonner la retraite; vers quatre heures il rentrait au camp d'Hécourt. C'était un vrai succès; c'eût été une victoire si la poursuite avait été continuée, car les artilleurs hanovriens, en déroute complète, embourbèrent leurs pièces dans les terres détrempées de la plaine de Lommoye, à peu de distance du champ de bataille. Dans cette journée, qui fait le plus grand honneur à nos troupes, leurs pertes s'élevèrent à six hommes tués ou atteints mortellement et une dizaine de blessés ; parmi ces derniers se trouvait le commandant Guillaume, des Eclaireurs de la Seine, qui eut le bras fracturé et subit lo lendemain l'amputation avec le même courage dont il avait fait preuve sur le champ de bataille. L'ennemi, de son côté, avait essuyé la perte de dix hommes tués, parmi lesquels un officier du IP hussards, qui s'était toujours montré au premier rang pendant l'action et avait fait preuve d'une grande bravoure. C'était l'officier d'ordonnance du général de Redern, le second lieutenant de Kalckstein; son nom, mal déchiffré par les Eclaireurs de la Seine, leur fit supposer qu'ils avaient tué le fils du général de Falkenstein, auquel ils attribuèrent bien gratuitement le grade de lieutenant-colonel d'artillerie '.

Le soir du combat de Villegats, le colonel Mocquard, trompé par de faux renseignements et craignant un retour offensif de l'ennemi, leva son camp et le transporta dans la forêt de Pacy; le lendemain, il alla s'établir derrière la rivière de l'Eure, sur les

• Voy, Raspail : Les Eclaireurs de la Seine en province. Paris.

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