CHAPITRE CIXQLIÈilE
de Houdan, laissant derrière lui Chérisy en flammes. Au même moment, les éclaireurs de la brigade de Rcdern, venus de Alaule, faisaient éprouver le même sort au village de Septeuil. Là un hussard ivre, du 10' régiment de Magdebourg, tirant à tort et à travers dans les rues, avait tué un habitant inoffensif. Quelques gardes nationaux exaspérés s'embusquèrent et firent expier ce meurtre aux hussards; mais ceuxci, pour se venger à leur tour, mirent le feu à une douzaine d'habitations et se livrèrent au pillage , sous les yeux de leurs chefs, qui, lorsqu'ils le voulaient, savaient faire respecter la propriété et la vie humaine.
Après avoir occupé quelques instants les ruines de Chérisy, les nôtres s'étaient repliés sur Dreux dans la soirée, ayant perdu dans cette affaire deux tués et une douzaine de blessés. Le 3* bataillon de l'Orne s'étant en grande partie dispersé pendant l'action, le commandant des Aloutis, sans artillerie, restait seul avec son 2^ bataillon, fatigué par une lutte de deux jours et à court de munitions ; il n'était pas en force pour défendre Dreux d'une manière efficace, dans le cas où l'ennemi chercherait à lui faire subir le sort qu'il venait d'infliger à Chérisy. La ville de Dreux , située au fond d'une vallée et dominée de tous côtés par des hauteurs, n'était pas défendable avec d'aussi faibles ressources; en conséquence, il se replia dans la nuit du 10 au 11 sur Vert en Drouais; là, il trouva un ordre du général de Malherbe, lui enjoignant de diriger son 2' bataillon sur \ erneuil et le 3' sur Laigle.
Tandis que ces événements se passaient à Chérisy et à Dreux, le colonel Cassagne s'était établi àAIerey
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i^ ^ "m \ r\\ LA GUERRE DANS L'OUEST.
^ 0 i •^ ë^yÙfk" bataillon de la mobile de l'Eure et une '*^ u 2*; il avait dirigé sur sa gauche, à Pacy, le ataillon de la garde mobile de l'Ardèche, et, sur sa droite, à Saint-Georges, Anet et Ivry-la-Bataille, le régiment de la garde mobile du Calvados. Par une marche de moins de deux lieues, qui les eût portés sur la lisière de la forêt de Dreux, les mobiles du Calvados cantonnés à Saint-Georges et à Anet auraient pu, en menaçant l'ennemi sur son flanc droit, empêcher le désastre de Chérisy, dont ils restèrent les spectateurs indignés mais immobiles. Par suite du manque d'entente et d'unité dans le commandement, ce fut seulement dans la matinée du 11 que la ville de Dreux, évacuée pendant la nuit par les mobiles de l'Orne, fut occupée par ceux du Calvados. Le même jour le colonel Cassagne, laissant à Pacy le bataillon de l'Ardèche, se porta au sud d'Evreux, sur Avrilly, pour aller, le 13, occuper Damville. A peine installé à Dreux avec les mobiles du Calvados, le colonel de Beaurepaire obtint du général commandant la région de l'Ouest l'autorisation de rester dans le département d'Eure-et-Loir; puis il demanda des renforts de tous côtés : son régiment de mobiles, deux bataillons du Lot-et-Garonne, un bataillon de la Manche, une batterie d'artillerie, un peloton de gendarmes et plusieurs compagnies franches formèrent sous ses ordres un petit corps s'élevant à plus de G, 000 hommes. Grâce à l'arrivée de ces renforts, on se serait trouvé en mesure de repousser les Allemands s'ils s'étaient présentés; mais, bien loin de renouveler ses attaques sur Chérisy, le général de Rheinbaben avait évacué Houdan. A la suite du combat d'Artenay, il avait reçu l'ordre de reprendre ses anciennes posi-
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dons, et il dirigea sur Mantes la 13' brigade de cavalerie (général-major de Redern), qui prit possession de cette ville le 18 octobre.
A cette dernière date, le général de brigade de Kersalaun, du cadre de réserve, avait été mis à la tête de la subdivision de l'Eure, en remplacement du colonel du génie Rousseau, qui remplaçait lui-même le colonel Cassagne, appelé au commandement de la place de Douai. L'escadron du 12' chasseurs et les compagnies du 94" de ligne qui occupaient Vernon avaient été rappelés le 15 octobre sur la rive droite de la Seine ; mais, d'autre part, les troupes de l'Eure s'étaient accrues de deux nouveaux bataillons de la garde mobile de l'Ardèche; en outre, les Eclaireurs de la Seine s'étaient reformés en un régiment ayant un effectif d'un peu plus de 700 hommes. Les forces totales dont le général de Kersalaun, arrivé le 20 à Evreux, disposait pour la défense de la ligne de l'Eure, étaient donc les suivantes : le 41' régiment de la garde mobile de l'Ardèche (lieutenant-colonel Thomas) ; le 39' régiment de l'Eure (lieutenant-colonel d'Arjuzon) ; le 0' bataillon de la Loire -Inférieure (commandant Manet); le 1" régiment des eclaireurs de la Seine (colonel Mocquard) et la l'* compagnie des eclaireurs de Normandie (capitaine Trémant); en tout, près de 8,000 hommes sans cavalerie ni artillerie. Ces forces, réunies sous le commandement du colonel Mocquard, formèrent, de Vernon à Ivryla-Bataille, le corps d'observation de la vallée de l'Eure, appuyé sur sa droite à Dreux par celui du colonel de Beaurepaire. i
Le colonel Mocquard, qui avait pour mission de couvrir Evreux et de s'opposer aux incursions et aux
déprrdations de l'ennemi, était allé s'établir le 19 octobre à Recourt, sur la rive droite de l'Eure, avec quatre compagnies du 3^ bataillon de l'Ardèche (commandant de Montgolfier), les Eclaircurs de la Seine et ceux de Normandie. Le 2' bataillon de l'Eure, sous les ordres du lieutenant-colonel d'Arjuzon, était campé dans la foret de Pacy-sur-Eure; Iiry-la- Bataille, Pacy, Vernon et Gaillon étaient occupés par les autres bataillons de l'Ardèche, de l'Eure et de la Loire-Inférieure.
Dans la matinée du 20 octobre, une centaine de fourrageurs venus de ]\Ian.tes se présentèrent à Villegats. Au moment où on leur livrait les réquisitions qu'ils avaient exigées, quelques Eclaircurs de la Seine pénétrèrent dans le village, et, après un échange de coups de feu dans lequel un des nôtres fut tué, les Prussiens, ignorant sans doute le petit nombre de leurs adversaires, prirent la fuite en abandonnant leur butin. Le lendemain, les mobiles de l'Ardèche et les Eclaircurs de la Seine, en poussant une reconnaissance sur Saint-Illiers-la-Ville, y rencontrèrent de nouveau les fourrageurs, leur tuèrent un homme, et en blessèrent un autre qui fut fait prisonnier.
Il était à supposer que l'ennemi chercherait à se venger : le colonel Mocquard reçut en effet à son camp d'Hécourt des renseignements qui lui faisaient prévoir qu'il serait attaqué le lendemain par une partie de la garnison de Mantes. Il donna des ordres en conséquence, fit explorer le terrain dans la matinée du 22 octobre par quelques eclaircurs montés sur des chevaux pris à l'ennemi et qui formaient toute sa cavalerie; à dix heures, il était prêt à opérer une forte reconnaissance. Il n'y avait alors à Recourt que