CHAPITRE SIXIEME
le général coniiiiandc provisoirement; les commandements secondaires sont aussi provisoires, en sorte que, dans une semblable situation, on ne peut que répéter le mot de Napoléon T"" : « Mon Dieu ! qu'est- " ce qu'une armée sans cbefs ! »
La petite guerre, nous voulons dire la guerre d'embuscades, va donc continuer seule, rarement heureuse et attirant presque toujours des représailles sur les communes qui en sont le théâtre.
Depuis l'occupation de Gisors , les uhians avaient établi un poste au nord-ouest de Thierceville, sur la lisière du bois du Chaufour. Ces cavaliers jouissaient là, depuis un mois, de la sécurité la plus parfaite, quand, dans la soirée du 8 novembre, le poste retournant à Gisors essuya la décharge de quelques Vengeurs de la mort, qui, à la faveur du brouillard, s'étaient glissés dans les bois jusqu'à peu de distance de Bazincourt. Un uhian eut le nez coupé et son cheval resta sur la place. Connaissant , pour l'avoir éprouvée, la cruauté de l'ennemi, les habitants de Bazincourt commençaient à s'enfuir avec ce qu'ils avaient de plus précieux, quand le maire, AI. le comte de Bricy, intervint auprès du prince Albert, et put détourner les représailles dont sa commune était menacée.
Les villages situés dans la vallée de la LeVrière, l'un des affluents de l'Epte, étaient souvent visités parles patrouilles ennemies de la garnison de Gisors. Dans la matinée du 10 novembre, des Vengeurs de la mort, venus de JVIorgny, s'embusquèrent dans les broussailles qui entourent l'église d'Hébécourt, et firent feu sur sept à huit uhians. L'un d'eux tomba, blessé d'une balle à la cuisse; les francs-tireurs l'achevé-
rcnt, le dépouillèrent et s'enfuirent en laissant sur la route son cadavre nu et mutilé. Dès que l'autorité militaire française connut cette atrocité , elle eli traduisit les auteurs devant une cour martiale; mais les Prussiens n'attendirent pas la sentence pour exercer leurs représailles. Le soir même, Hébécourt est cerné par un escadron de uhlans; deux canons, braqués sur la route de Mainneville à Gisors, entre les hameaux des Landes et de la Perelle , brûlent et détruisent sous leurs projectiles la ferme des Monts, pendant que les fantassins du 27^ régiment envahissent la partie basse du village et portent leurs torches incendiaires jusque sous le lit d'une femme en couches. Le vénérable curé d'Hébécourt est enlevé comme otage , et , à la vue de sa paroisse en flammes, cet infortuné vieillard, qu'on a maltraité et forcé de gravir au pas de course une côte escarpée, tombe pour ne plus se relever. Quant aux Prussiens , ils ne quittent le village que lorsqu'ils se sont bien assurés que sa ruine est complète.
Ainsi, pour un Prussien tué, comme à Hébécourt; pour un uhlan blessé, comme à Forét-la-Folie, fait prisonnier comme à Etrépagny, ou simplement démonté, comme à Longchamps, les malheureux habitants sont soumis à d'horribles vengeances. Certes , ces représailles étaient iniques; mais, les habitudes de l'ennemi étant connues, il était insensé d'aller les provoquer sans motif sérieux.
Dans l'Oise, les embuscades ne produisaient guère de meilleurs résultats. Le 14 novembre, quelques francs-tireurs, en reconnaissance aux environs de Ravenel, firent feu, hors de portée, sur une patrouille de dragons saxons. Ceux-ci en furent quittes pour