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CHAPITRE SIXIÈME

contre nos armées de province; mais, avant l'irruption de ce nouveau torrent, on aurait pu sérieusement inquiéter les détachements ennemis qui couvraient l'armée assiégeante.

La ligne d'occupation des Allemands, qui allait au sud jusqu'à la Loire, s'étendait alors jusqu'à l'Eure sur la rive gauche de la Seine , jusqu'à l'Epte sur la rive droite, et se prolongeait au nord jusqu'aux villes de Breteuil et de Alontdidier, où les Saxons envoyaient de fréquentes patrouilles. Ces troupes n'avaient alors aucun renfort à attendre de l'armée d'investissement, et on aurait dû comprendre que ce système odieux qui consiste à terrifier les populations, était un indice même de la faiblesse des détachements qui le mettaient en pratique. Par exemple, le comte de Lippe, qui formait à Beauvais et à Clermont l'aile droite de ces corps d'occupation et qui faisait face en même temps à Gournay et à Breteuil, c'est-à-dire à l'armée de Rouen et à celle d'Amiens, était dans une position critique et réduit aux expédients. C'est ainsi que, le 4 novembre, il fit concentrer à Beauvais, avec le déploiement d'une forte escorte de cavalerie, l'infanterie de la garde prussienne, qui était rappelée à l'armée de siège et qui fut relevée par des compagnies saxonnes; puis, dans la crainte que ce stratagème ne fût pas suffisant pour nous donner le change, le 5 novembre, il fit aux journaux de Beauvais la communication suivante: « 80,000 hommes 5' de l'armée allemande qui se trouvait devant Aletz » se dirigent, à marche forcée, sur Amiens et Rouen, » sous le commandement du général de Alanteuffel. » Ils arriveront sous peu de jours à destination. »

Cet avis signifiait clairement, pour qui voulait

comprendre, que les Saxons attendaient avec la plus grande impatience l'arrivée des renforts qu'ils nous annonçaient; on aurait dii profiter de cette situation, et si, à ce moment, nos troupes d'Amiens avaient attaque le comte de Lippe, et celles de Rouen le prince Albert, elles les eussent assurément reconduits tous deux jusqu'à l'Oise; l'armée de l'Eure pouvait également refouler le général de Rheinbaben sur la rive gauche de la Seine ; nous allions avoir en ce moment même une lueur d'espoir et comme un sourire de la fortune avec la reprise d'Orléans et la victoire de Coulmiers; et qui sait si Paris assiégé, au bruit du canon des armées de secours, n'eût pas tenté à son tour une sortie efficace?

Mais, au lieu d'agir de concert, nos troupes de l'Ouest demeurent isolées et inactives. Pendant que celles du Nord se constituent et s'organisent, celles de Normandie restent dans leurs positions sans même songer à se former. Depuis l'apparition de l'ennemi, c'est-à-dire depuis un mois, le commandement a déjà changé trois ou quatre fois de main sur la rive droite comme sur la rive gauche de la Seine ; à peine les généraux ont -ils fait connaissance avec leurs troupes, qu'ils sont remplacés ou relevés de leurs fonctions. Ces changements déplorables vont se reproduire d'une manière incessante pendant toute la durée de la guerre, et il ne faut pas s'étonner, dès lors, s'il n'y a eu aucune suite dans les opérations de nos chefs militaires et si les soldats n'ont pas été animés envers eux de cette confiance qui est le premier gage du succès. A Lille, le général Rourbaki lutte déjà contre mille difficultés et sera bientôt sacrifié aux exigences des comités de défense ; à Rouen ,

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