CHAPITRE PREMIER
étaient relativement soignés; ils avaient tous des fusils perfectionnés; payés par l'Etat, ils touchaient en outre une haute paye de leurs municipalités, sans préjudice des indemnités qui étaient allouées à leurs femmes, et presque tous étaient mariés. Ceux qui jadis étaient les premiers à crier contre les privilèges formaient donc, sous le rapport de la solde et des accessoires, une véritable troupe privilégiée.
Un décret du 29 septembre avait mis les francstireurs à la disposition du ministre de la guerre, mais ils continuèrent néanmoins à agir isolément. Quant aux opérations qu'ils avaient en vue, et dont nous aurons souvent l'occasion de parler, c'étaient les coups de main, les surprises et les embuscades, dans lesquelles la ruse, l'intelligence et l'audace luttent contre la force ; opérations qui, en échange d'une plus grande indépendance, exigent des chefs qui les dirigent une plus grande somme de facultés individuelles. Par malheur, outre les vices inhérents à l'institution et que nous avons signalés , les corps francs ne se trouvaient pas dans des conditions à faire la guerre de partisans telle qu'on la comprend d'ordinaire, et qui consiste à enlever les convois de l'adversaire et à inquiéter ses derrières ou ses flancs. Ils étaient réduits k agir devant le front de l'ennemi, à l'aiguillonner mal à propos, à harceler ses éclaireurs et à faire en un mot ce que l'on a si justement appelé « la » chasse aux Prussiens ». Cette chasse, lors même qu'elle était infructueuse, ne manquait presque jamais d'attirer des représailles, le bombardement, le pillage et l'incendie de la commune sur le territoire de laquelle avait été tendue l'embuscade; en sorte que les malheureux habitants de nos campagnes, au lieu
d'()tre protégés par les francs-tireurs, étalent gravement compromis par leur présence. Si, ce qu'à Dieu ne plaise ! la France devait passer de nouveau par les cruelles épreuves de l'invasion, il faudrait bien se garder d'égrener et d'éparpiller nos ressources comme on l'a fait dans la dernière guerre, mais se rappeler au contraire l'ancien adage, qui seul peut donner la victoire : «L'union fait la force. >>
Aux éléments que nous venons d'énumérer et de passer rapidement en revue, ligne, garde mobile, corps francs , si nous ajoutons pour mémoire, la garde nationale sédentaire, réorganisée sur de nouvelles bases par un décret du 12 août et chargée du maintien de l'ordre et de la défense locale, nous aurons l'ensemble des ressources militaires dont on pouvait disposer au mois de septcMiibre, dans les provinces de l'Ouest comme dans le reste de la France.