CHAPITRE PREMIER
tenus par les grosses branches d'un chêne, les débris d'une victime que l'on put encore reconnaître : c'était un pauvre mobile qui s'était réfugié là pour éviter les coups de ses meurtriers , et qui', trop grièvement blessé, n'avait pu redescendre '.
C'est par de tels exploits que les cavaliers du Schleswig-Holstein payaient leur bienvenue à la Prusse. Un de leurs chefs, commandant le 15* régiment de uhlans, le major baron de Friesen, tomba sous la balle d'un mobile champenois, et paya de sa vie la charge «inutile » qu'il avait conduite; quant aux acteurs de Passav^ant , les héros du 16^ hussards, c'est à Ablis, où nous les rencontrerons plus tard, qu'ils trouveront leur châtiment.
La garde mobile devait avoir pour auxiliaires les corps francs; malheureusement, en ce qui concerne cette dernière création, le gouvernement impérial avait commis la même faute que pour la précédente. On se rappelle le mouvement patriotique qui se manifesta dans nos provinces de l'Est après Sadowa : un grand nombre de volontaires demandèrent à s'organiser en compagnies. C'était un mouvement qui, au moment du danger, aurait pu nous donner plus de cent mille hommes, armés, équipés, prêts à marcher, et surtout exercés à la pratique du tir. Après avoir passé en revue le premier bataillon des francs-tireurs de l'Est, on lui donna une fête à Paris, puis on autorisa la formation des compagnies franches, mais à la condition qu'elles entreraient dans la garde mobile, qui, on l'a vu, n'existait elle-même que sur le papier. Après ses premières défaites, l'Empire
* Voy. Les Victimes de la Basse et de Passavant. Chàlons.
fut réduit à exciter le mouvement qu'il avait lui-môme entravé deux ans plus tôt; mais cette création allait forcément se ressentir delà précipitation des événements, car ce n'est pas en un jour qu'on forme des tireurs. Plus tard , le gouvernement de la défense nationale favorisa également par tous les moyens le recrutement des corps francs, et il alla même au delà du but en donnant une importance exagérée à ces milices indépendantes, dont le nombre successivement accru finit par dépasser trente mille hommes. Il n'est presque pas de bourg tant soit peu important qui n'ait eu sa compagnie franche, et les grandes villes les multipliaient à l'envi. Dans ces corps, il y avait en moyenne un officier pour une escouade, un capitaine et quelquefois un officier supérieur pour une section, et un colonel pour un demi-bataillon. On encourageait par ce morcellement les ambitions personnelles ou les rivalités de clocher, et au lieu de condenser nos forces, on les laissait s'émietter en mille commandements divers. En outre, cette institution porta le dernier coup au respect de la discipline, en propageant dans le pays le principe de l'élection pour la collation des grades. L'élu est généralement considéré comme le mandataire de l'électeur, et les francs-tireurs étaient assez disposés à croire que les officiers nommés par eux devaient être leurs serviteurs obéissants. Il en résultait que le commandement était faible à tous les degrés; on rencontrait d'un grade à l'autre un manque presque complet de confiance et d'autorité, et l'on peut dire que, sauf de rares exceptions , les chefs de corps francs menaient leurs hommes à la condition de leur obéir. L'habillement et l'équipement des francs -tireurs