Campagne de 1870-1871 , par le oolonel Borbstaedt
EFFECTIF DES IIIe ET IVe ARMÉES ALLEMANDES.
Infanterie : 178,400 hommes. — Cavalerie : 30,250 chevaux. — Artillerie : 810 bouches a feu.
Eu comptant les etats-majors, les officiers de troupes, les servants d’artillerie, etc., etc., ou obtient un chiffre de combattants supérieur à 220,000 hommes.
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les instructions concernant le 7e corps et prend congé du maréchal.
A sept heures, il est de retour à notre camp, rapportant l’ordre de retraite pour le lendemain.
Le 7e corps devait marcher sur Chagny par le Chcsne; le 5e, sur Poix; le 12e et le 1er, sur Vendresse, couverts ainsi par le canal des Ardennes.
Voici le moment de laisser l’armée française
tout à ses préoccupations et à ses dispositions de retraite, et de rejoindre l’armée prussienne dont nous avons à étudier les opérations depuis Metz. Dès que nous l’aurons suivie dans ses différentes marches et que nous aurons fixé sa position exacte, par rapport à l’armée française, nous nous astreindrons à raconter, jour par jour, ses étapes, ses efforts pour nous atteindre , en même temps que nos hésitations, puis nos tentatives — tardives, hélas ! — pour échapper au sort qui devait nous frapper!
Le lendemain de la bataille de Saint-Privat, 18 août, le maréchal Bazaine avait donné à son armée l’ordre de se replier et de s’établir dans le camp retranché de Metz, et l’ennemi en avait
profité pour mener à bonne fin son œuvre d’in-
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vestissement. Alors, le Roi de Prusse, laissant pour bloquer Metz la Ire armée (55,000 hommes), placée sous les ordres du général Steinmetz, et la IP armée (143,000 hommes), commandée par le prince Frédéric-Charles, pensa qu’il pouvait s’avancer sur Paris avec la IIP armée, commandée par le prince royal de Prusse. On avait formé en même temps, à la hâte, la IVe armée, dite : de la Meuse, destinée à opérer de concert avec les troupes du prince royal de Prusse contre Mac-Mahon et Paris.
C’est le prince royal de Saxe qui reçut le commandement de la IVe armée.
Le 21 août, la IVe armée (corps de la garde prussienne, IVe corps, XIIe corps, Ve et VIe divisions de cavalerie), à l’exception du IVe, qui était déjà en marche avec l’armée du prince royal de Prusse, commença son mouvement vers la Meuse.
Le prince royal de Saxe devait chercher à surprendre la forteresse de Verdun qui se trouvait sur sa route , mais , en cas d’échec , il avait ordre de passer outre et de rallier sans retard la IIIe armée.
Le 24, en effet, il se présenta devant Verdun. Tandis que la xxme division marchait sur la chaussée d’Estain, la XXIe sur la route de Fresne , et que l’avant-garde de la XXIIIe division occupait le faubourg Pavé, l’artillerie se posta sur les
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collines de Belrupt et canonna la place; après quoi, on la somma de se rendre. Sur son refus, les Allemands poursuivirent leur marche. Le 25, le XIIe corps reçut l’ordre de s’avancer par la grande route sur Clermont, et la garde de contourner l’Argonne par le sud pour se porter à Triaucourt. Le IVe corps se rendait le même jour des environs de Bar-le-Duc à Laheycourt 1 .
Pendant ce temps , la IIIe armée (Ier et IIe Bavarois , Ve, VIe et XP corps, division wurtembergeoise, IIe et IVe divisions de cavalerie) atteignait la rive droite de l’Ornain et y campait le 25 au soir, sur un front de 22 kilomètres environ, face au nord-ouest.
Le VP corps seul et la IIe division de cavalerie conservaient leur direction vers l’ouest.
Vitry fut occupé le 23 au matin, et le Roi de Prusse, qui avait pris son quartier général à Commercy le 23 , dans le but de suivre plus aisément les opérations des IIIe et IVe armées, se rapprocha le 24 de Châlons, et s’établit le 25 à Bar-le-Duc.
C’est dans cette ville, le 25 au soir seulement, c’est-à-dire trois jours après l’évacuation de Reims par les troupes françaises , qu’il apprit que le maréchal Mac-Mahon, après avoir d’abord
Campagne de 1870-1871. Opérations des armées allemandes , par le colonel A. Borbstaedt, rédacteur du Militaire Wochenblatt.
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évacué le camp de Châlons pour se concentrer à Reims, était parti de cette ville, à la date du 23, avec toute son armée, dans la direction du nord-est.
Ainsi nous avions, à la date du 25 , près de trois jours d’avance sur l’ennemi.
Le général de Moltke prit, sans hésiter, le parti de se jeter à la poursuite du maréchal, et de tâcher d’empêcher sa jonction avec l’armée de Metz.
Le prince royal de Prusse et le prince royal de Saxe durent, l’un et l’autre, effectuer un changement de front sur leur aile droite , le premier appuyé à Givry; le second, à Jouy.
Mais c’est au prince royal de Saxe, le plus rapproché de l’armée française , que fut confié le soin de se jeter sur notre flanc droit, d’occuper les passages de la Meuse , de nous refouler vers le nord, de nous arrêter par des démonstrations de cavalerie , de harceler sans relâche notre arrièregarde, de ralentir enfin notre marche par tous les moyens en son pouvoir, jusqu’à ce que la IIIe armée, parvenue à sa hauteur, pût combiner avec lui un effort commun.
Cette manoeuvre ne devait que trop bien réussir! Tous les ordres furent donnés, toutes les dispositions prises dans les IIIe et IVe armées allemandes, dans la nuit même du 25 au 26.
Le Roi de Prusse, le général de Moltke et leurs
états-majors allèrent prendre position à Clermont en Argonne, afin de se trouver au centre des opérations.
Les Prussiens apportèrent dans l’exécution du plan du général de Moltke une ardeur extrême. Dès le 2G, les têtes de colonnes allemandes apparaissaient sur les deux versants de l’ Argonne et montaient jusqu’à Grand-Pré et Senuc, où elles venaient se heurter contre la colonne Bordas et le 4e hussards.
L’ennemi mettait également à profit la journée du 27 que nous laissions s’écouler dans une Vaine attente , et par des prodiges de marche que nous ne le supposions pas capable d’accomplir, il arrivait rapidement sur nous.
Le XIIe corps (IVe armée) gagnait Dun, notre objectif de passage, et la cavalerie saxonne occupait Buzancy. Aussi, en arrivant le 27 devant cette ville, le général de Failly y trouva-t-il l’ennemi 1 .
Au moment de faire reconnaître Bar par le 12e chasseurs, le général reçut « l’ordre de rétrograder sur Châtillon et Brieulles 2 ». Toutefois, la reconnaissance eut lieu : les chasseurs se rencontrèrent dans la plaine avec les escadrons saxons, qu’ils chargèrent, malgré le désavantage du ter-
1 Opérations et marches du 5e corps, par le général de
Failly.
2 Voir la carte n° 1.
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rain, avec une vigueur extrême; mais ils durent presque aussitôt se replier devant de nouveaux escadrons et le feu d une batterie établie sur le mont Sivry.
Cette reconnaissance n’avait d’autre but que de forcer l’ennemi à se montrer, mais elle lui profita plus qu’à nous, car il apprit parles prisonniers restés entre ses mains, que l’armée française était entre Vouziers et le Chesne. Le 27 au soir, le 5e corps ayant opéré sa retraite sans être inquiété, prit ses campements à Chàtillon et à Brieulles.
Comment ne pas songer au temps perdu? Comment ne pas regretter que, le 25, on n’eût pas assigné au 7e corps Grand-Pré 1 comme objectif, plutôt que Vouziers? Notre étape n’aurait jamais été que de vingt-quatre ou vingt-cinq kilomètres, et combien notre situation militaire y eût gagné !
Si on avait également fait doubler la marche du 1er corps; si les 5e et 12e corps, détournés, le 24, de leur vraie direction, n’avaient pas fait séjour à Rethel le 25 ; si on avait pu se mettre en mesure de réunir par avance aux gîtes d’étape les vivres nécessaires aux troupes , il n’y aurait eu ni perte de temps ni cause d’arrêts, et tout per-
1 Grand-Pré est à 17 kilomètres de Vouziers, et nous n'avions fait que 7 kilomètres pour nous porter de Contreuve a Vouziers.
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met de supposer qu’on serait arrivé à la Meuse le 27 dans la matinée , peut-être le 26 au soir.
Si, dès le 26, la cavalerie du général Margueritte, au lieu d’être envoyée vers la gauche, eût été employée sur notre flanc droit, à inquiéter sinon à arrêter le mouvement ascensionnel des Saxons, nous pouvions les précéder à Stenay 1 ou à Dun, assurer le passage de l’armée avant la concentration des armées allemandes, faire sauter les ponts derrière nous et marcher droit au but, vers Montmédy. Toutefois, il ne faut pas conclure que si le commandement eût opéré avec cette rapidité, nous eussions infailliblement réussi à rejoindre l’armée de Metz. Non, assurément. Ce serait perdre de vue la composition de notre armée et son état moral; ce serait faire trop bon marché de l’ennemi, que nous étions assurés de rencontrer au delà de la Meuse.
Du moins , le commandement , en exécutant sans hésitation comme sans lenteur le plan du gouvernement de Paris, aurait mis sa conduite à l’abri de toute attaque, et si une catastrophe était survenue , ceux-là en auraient porté la res-, ponsabilité , qui avaient impérieusement réclamé la marche vers Metz.
Peut-être aussi est-il regrettable que l’armée,
Stenay est à 13 kilomètres au nord de Dun.
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au lieu d’appuyer seulement à droite et de se tenir prête à secourir le 7e corps, n’ait pas opéré, en toute hâte, sa concentration sur lui, pour tomber successivement sur les têtes de colonnes du prince royal de Saxe et du prince royal de Prusse, encore isolés. Il est incontestable que nous devions vaincre alors, ou jamais; et que si nous parvenions à écraser la IVe armée, nous pouvions nous rabattre sur la IIIe, avec des chances de succès. Une victoire changeait la face des choses ; une défaite nous donnait la mesure de ce que nous pouvions entreprendre.
Nous l’avons dit, le maréchal Mac-Mahon préféra la retraite immédiate sur Paris, et il affirma aussitôt sa résolution par les deux dépêches suivantes, l’une au maréchal Bazaine, l’autre au Ministre de la guerre, à Paris.
« Le Chesne, 27 août 1870, 3 heures 25 soir.
» Maréchal Mac-Mahon prévient maréchal » Bazaine que l’arrivée du prince royal à Châ- »lons, le force à opérer, le 28, sa retraite sur •» Mézières, et de là à l’ouest, s’il n’apprend pas » que le mouvement de retraite du maréchal » Bazaine soit commencé 1 . »
1 Documents authentiques annotés.
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« Le Chesne, 27 août 1870, 8 heures 30 soir.
» Maréchal Mac-Mahon à guerre. Paris.
» Les Ire et IIe armées, plus de 200,000 hommes » bloquent Metz, principalement sur la rive » gauche; une force évaluée à 50,000 hommes » serait établie sur la rive droite de la Meuse, pour » gêner ma marche sur Metz. Des renseignements » annoncent que l’armée du prince royal de Prusse » se dirige aujourd’hui sur les Ardennes avec » 50,000 hommes; elle serait déjà à Ardeuil. Je » suis au Chesne avec un peu plus de 100,000 » hommes. Depuis le 9, je n’ai aucune nouvelle » de Bazaine: si je me porte à sa rencontre, je » serai attaqué de front par une partie des Ire et » IIe armées, qui, à la faveur des bois, peuvent » dérober une force supérieure à la mienne; en » même temps, attaqué par l’armée du prince » royal de Prusse, me coupant toute ligne de » retraite. Je me rapproche demain de Mézières » d’où je continuerai ma retraite, selon les évé- » nements, vers l’ouest 1. »
Pourquoi cette résolution devait- elle encore changer, au souffle mai inspiré du gouvernement de Paris !
1 Documents authentiques annotés.
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Lorsque les ordres du maréchal arrivèrent au camp , le 7e corps était en proie à cette agitation fiévreuse, toujours inséparable des moments qui précèdent un événement grave.
Une seule et même pensée nous animait tous : sortir à tout prix de ce statu quo plein de périls; prendre sans plus tarder un parti. Les soldats, réunis par groupes, interrogeaient du regard leurs officiers; les généraux entouraient leur commandant en chef; tous attendaient .
Aussi avec quelle promptitude les ordres furentils exécutés! Dès neuf heures du soir, le parc du génie, les bagages et le lourd convoi d’administration s’ébranlaient pour gagner Chagny, sous la direction du lieutenant-colonel Davenet, souschef de l’état-major général. Il nous importait d’avoir évacué la vaste position à l’est de Vouziers, dès la première heure du jour, et d’avoir atteint la tête de défilé qui s’étend de Vouziers au Chesne-Populeux, avant d’être attaqués. Débarrassés de nos impedimenta, nous pouvions librement manœuvrer ou combattre.
La cavalerie partit à deux heures et demie du matin, avec la mission de s’arrêter à Ballay et à Quatre-Champs pour observer les débouchés de Boult-aux-Bois et de la Croix-aux-Bois. L’infanterie et l’artillerie suivirent : leur mouvement s’opéra, le 28 au point du jour, dans le plus grand
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silence. L’arrière-garde prenait position à Chestres, pour couvrir le mouvement de retraite. Chacun marchait d’un pas plus ferme; on semblait avoir oublié le froid, la pluie, l’anxiété des jours précédents. On sentait dans l’air comme des bouffées d’espoir, car la pensée de reprendre bientôt une revanche sous Paris, venait tout à coup d’éclairer notre horizon.
Sans doute l’ennemi se lancerait à notre poursuite, mais, outre que son attention était actuellement concentrée vers la Meuse, dont il voulait nous barrer le passage, les efforts qu’il tentait pour nous atteindre depuis le moment où il avait retrouvé notre trace , devaient l’avoir fatigué ; la retraite sur Paris, bien que tardive, semblait donc encore possible.
Il était environ cinq heures et demie du matin, nous allions atteindre le village de Ouatre- Champs, quand un aide de camp du maréchal vint nous annoncer que la direction de Paris était de nouveau abandonnée pour celle de Montmédy.
Que s’était-il donc passé au Cbesne, qui avait pu modifier subitement la résolution dictée, la veille, au maréchal parla menace d’un danger imminent et par le pressentiment d’un désastre? Avait-on appris quelque victoire de l’armée de Metz? Pouvait-on compter sur une très-prochaine jonction avec elle?
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Non ; il était arrivé au Chesne deux dépêches du Ministre de la guerre, l’une pour l’Empereur, l’autre pour le maréchal Mac-Mahon.
Voici ces dépêches :
« Paris, 27 août, 11 heures soir.
» Guerre à Empereur. — Quartier impérial.
» Si vous abandonnez Bazaine, la révolution est » dans Paris et vous serez attaqué vous-même par » toutes les forces de l’ennemi. Contre le dehors, » Paris se gardera. Les fortifications sont termi- » nées. Il me paraît urgent que vous puissiez par- » venir rapidement jusqu’à Bazaine. Ce n’est pas » le prince royal de Prusse qui est à Chàlons,
» mais un des princes , frère du roi de Prusse ,
» avec une avant-garde et des forces considérâbles de cavalerie. Je vous ai télégraphié ce » matin deux renseignements qui indiquent que le » prince royal de Prusse, sentant le danger auquel » votre marche tournante expose et son armée et » 1 armée qui bloque Bazaine, aurait changé de » direction et marcherait vers le nord. Vous avez » au moins trente-six heures d’avance sur lui,
» peut-être quarante-huit heures. Vous n’avez » devant vous qu’une partie des forces qui blo- » quent Metz et qui , vous voyant vous retirer de » Chàlons à Beims, s’étaient étendues vers l’Ar- » gonne. Votre mouvement sur Beims les avait