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» trompées. Comme le prince royal de Prusse, » ici tout le monde a senti la nécessité de dégager » Bazaine, et l’anxiété avec laquelle on vous suit » est extrême 1 . »
« Paris, 28 août 1870, 1 heure 30 soir.
» Guerre à maréchal Mac-Mahon. — Au quartier général.
» (Urgent. — Faire suivre.)
» Au nom du Conseil des ministres et du Conseil » privé, je vous demande de porter secours à » Bazaine, en profitant des trente heures d’avance » que vous avez sur le prince royal de Prusse. Je » fais porter le corps Vinoy sur Reims q. »
On le voit, ici comme à Châlons, la crainte d’une révolution à Paris faisait sacrifier une armée de 100,000 hommes.
Mais depuis Châlons, les événements n’avaientils pas marché au rebours de toute espérance? L’armée n’était-elle pas déjà, à cette heure, fortement ébranlée? N’y avait-il pas assez d’anxiété dans la dépêche du maréchal, datée du 27 août :
<i Si je me porte à la rencontre de Bazaine, je » serai attaqué de front par une partie des Ire et «IIe armées; . en même temps, attaqué par
1 Documents authentiques annotés.
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» l’armée du prince royal de Prusse me coupant » toute ligne de retraite. »
On se croyait, à Paris, parfaitement renseigné sur les opérations des armées allemandes et on ne semblait pas regarder une collision comme imminente. On était dans une grave erreur; — et quand le Ministre écrivait, à la date du 27 août au soir : « Vous avez au moins trente-six » heures d’avance sur l’ennemi 1 », il ignorait trèscertainement qu’à cette date les têtes de colonnes de la IVe armée nous avaient précédés à Dun et à Buzancy. Quant aux troupes du prince royal de Prusse, le gros de ses forces n’était pas à plus de douze heures de marche de nous, et son avantgarde allait nous remplacer à Vouziers dès le 28 au matin.
Enfin, le sort en est jeté; le sacrifice est ordonné : on s’y résigne ! .
Nous tournons le dos à la Meuse ; nous lui ferons face de nouveau!
Mais on ne fait pas mouvoir une armée de 100,000 hommes, dans les conditions où se trouvait la nôtre, comme des soldats de plomb sur un échiquier d’enfant.
1 A cette date, le XIIe corps (IVe armée) occupait Dun et Stenay. ( Campagne de 1870-1871, par le colonel A. Borbstaedt, rédacteur militaire du Wochenblatt.)
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Qu’on se figure un corps d’armée, c’est-à-dire 25 à 30,000 hommes d’infanterie, 2 à 3,000 chevaux de cavalerie, 90 bouches à feu, ce qui représente environ 300 voitures et 1,800 chevaux d’attelage; enfin un convoi de vivres, des ambulances, des impedimenta de toute sorte, formant un ensemble de plusieurs centaines de voitures et de chevaux ; qu’on se figure ce flot humain ondoyant à travers des routes difficiles, des défilés étroits, sur une étendue de 15 à 20 kilomètres, se pressant pour échapper à un désastre, et on pourra se faire une idée de la perturbation profonde que doit jeter dans une masse mouvante de plus de 100,000 hommes l’ordre de changer tout à coup de direction , et de se reporter en avant !
Et quel temps perdu pour les opérations, temps précieux, irréparable! Pour les soldats, quelle fatigue physique et morale ! Enfin, pour le commandement, quel coup porté à son autorité par ces marques répétées d’irrésolution ! Elles tuent la confiance la plus ferme, elles finissent par engendrer fatalement l’indiscipline et la désorganisation. De là aux propos injurieux contre les chefs, il n’y a qu’un pas; et ce jour est proche où quelques malheureux qui n ont pas brûlé une cartouche ou qui ont jeté leurs fusils crieront à la trahison !
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Voici les ordres nouveaux, transmis aux quatre corps de l’armée du maréchal Mac-Mahon, pour la journée du 28 1 :
Le 7e corps ira camper à Nouart; le 5e se dirigera sur Beauclair et prendra ainsi la droite de l’armée; le 1er corps, qui marche à notre gauche, remplacera, au Chesne, le 12e; et le 12e corps, qui forme l’aile gauche, se rendra à la Besace; la division de cavalerie Bonnemain prendra la route des Grandes- Armoises, et la division Margueritte, celle de Mouzon.
Le changement de front commença; mais, avant de nous engager dans la direction nouvelle, il fallait savoir ce qu’était devenu notre convoi et prendre toutes les mesures possibles pour lui permettre de nous rallier. Nous fîmes donc une grande halte sur le plateau de Quatre- Champs, que balayaient, en ce moment, une pluie et un vent furieux. Là, nous apprîmes par un billet du lieutenant-colonel Davenet, qu’il était arrivé à Chagny, mais qu’en traversant le Chesne pendant la nuit, son convoi avait été
1 Voir la carte n° 1.
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coupé par celui du 12e corps. Un autre incident que nous apprîmes au même moment , c’est qu’une partie du convoi s’était trompée de direction et était allée à Terron. — La rappeler à nous, en lui faisant suivre un chemin direct reliant Terron à Quatre-Champs , eût été facile, car on nous donnait ce chemin comme très-praticable 1 ; mais il n’était plus en notre pouvoir de disposer de son sort : un adjudant du train, nous ayant rencontrés fsur la route de Quatre-Champs, avait pris sur lui d’en donner avis au chef de ce convoi , en lui conseillant de revenir sur Vouziers , pour prendre la route sur laquelle nous étions engagés. Or, Vouziers, à cette heure, était incontestablement occupé par l’ennemi dont on entendait au loin la fusillade, et si la petite colonne de Terron était revenue sur Vouziers, elle était certainement tombée au pouvoir de l’ennemi, et avec elle, toutes nos forges d’artillerie ! Nous eûmes un moment d’angoisse. Heureusement , prévenu à temps par des paysans , le convoi s’était engagé dans le chemin de traverse conduisant à Quatre-Champs, et nous eûmes la grande joie de le voir tout à coup déboucher. Alors il fut décidé que cette partie de notre convoi resterait à Quatre-Champs, sous la protection de la lre division, qui attendrait pour se
1 Voir la carte n° 1 .
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remettre en route l’arrivée du lieutenant-colonel Davenet. On envoya aussitôt à celui-ci l’ordre de se rabattre sur Quatre-Champs par le Chesne.
Ces dispositions arrêtées, nous prîmes la direction de Bonlt-aux-Bois avec la cavalerie et les autres divisions. La 3e fut laissée à Belleville, au haut de la côte, pour conserver notre communication avec Quatre-Champs, et nous prîmes position avec la cavalerie et la 2e division à Boultaux-Bois 1 , observant le débouché de la Croixaux-Bois.
Ce jour-là, le convoi de vivres faisant défaut, l’intendance remplaça le pain par des pommes de terre achetées sur place ; mais les chevaux n’eurent pas leur ration d’avoine.
Pendant ce temps, le 5e corps, dont l’avantgarde (engagée depuis le matin, sur la route du Chesne) se hâtait de revenir, quittait Brieulles et Châtillon et reprenait la direction de Buzancy. Mais, arrivée près de cette ville, la cavalerie ayant signalé un corps allemand, le général de Failly eut la pensée d’un mouvement combiné
1 M. Boulaire nous servait de guide. Habitant de ce village, connaissant admirablement le pays, M. Boulaire était venu mettre au service de l’armée son activité et son intelligent patriotisme. Il ne nous a quittés qu’à Sedan, après la catastrophe. Nous n oublierons jamais l’abnégation de cet homme, dont la maison fut pillée après notre départ, qui fut presque ruiné, et qu’on n’entendit jamais se plaindre.