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BATAILLE DE SEDAN

Le 1er septembre se lève triste et brumeux sur le pays de la Meuse; il semble que le jour paraisse comme à regret. A peine une vague lueur

» d’envoyer, au moment voulu, des ordres nouveaux, partit » pour aller passer l’inspection de ses divers corps de troupes. » Il était alors près de midi .

« Enfin, vers une heure, le capitaine de Sesmaisons parvenait v à sortir de Sedan .

» Vers deux heures et demie, le capitaine arrivait à Mézières » et rendait compte de sa mission au général commandant le » 13e corps. »

1 Voir la carte n° 3.

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a-t-elle blanchi l’horizon que, du côté de Bazeilles, le canon se fait entendre. Ce sont les Bavarois qui, à la faveur de la brume, ont passé le pont du chemin de fer et qui cherchent à s’emparer du village de Bazeilles. Le général Reboul 1 les attendait. La lutte commence, elle est acharnée de part et d’autre : mais l’artillerie ennemie établie sur les hauteurs de la Marfée et de Wadelincourt prête aux Bavarois un appui considérable. Elle n’ose pas tirer sur Bazeilles, de crainte de frapper Allemands aussi bien que Français, au milieu d’une mêlée qui a pour théâtre les rues, les enclos et les maisons; mais elle distingue nettement les réserves du 12e corps, et c’est là que ses coups portent.

Le IVe corps, qui a quitté Rémilly, s’avance également au secours des Ier et IIe bavarois. Pendant cette attaque sur Bazeilles, le XIIe corps (Saxon) arrivait en face des positions de la Moncelle et de Daigny, et le corps de la garde prussienne, poursuivant sa marche par Francheval et Villers- Cernay, se dirigeait sur Givonne. Le soleil commençait à percer la brume et à laisser apercevoir

1 Le commandement supérieur des troupes dans Bazeilles et autour de Bazeilles lui avait été confié par le général marquis de Vassoignes, chargé lui-même, dans la journée du 31 août, par le commandant en chef du 12e corps, « de la direction de la défense du village » .

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les différents mouvements des colonnes ennemies. Vers sept heures, les Saxons débouchaient du Bois- Chevalier et abordaient la brigade de la division Lartigue, du 1er corps, placée en avant de Daigny, face à ce bois. D’abord repoussés, les Saxons revinrent en force; et après deux heures de combat, ils parvinrent à s’établir dans une forte position.

Presque à la même heure (sept heures et demie), le 7e corps en venait aux mains, du côté de Saint-Menges, avec le XP corps prussien. Celuici s’était mis en marche , de grand matin , par la route de Vrigne-aux-Bois, tandis que la division wurtembergeoise s’avançait derrière lui jusqu’à Vivier, où elle s’arrêtait provisoirement. Elle quittera ce point pour retourner à Donchery vers dix heures et demie, c’est-à-dire quand il sera avéré pour l’ennemi que la route de Mézières est libre.

A sept heures et demie, le XP corps contournait la boucle que forme la Meuse à la hauteur de Saint-Menges et il ouvrait son feu contre notre 2e division. (Liébert), établie à la gauche de notre ligne de bataille.

Ainsi donc, à sept heures et demie du matin, le combat était engagé de toutes parts autour de Sedan, excepté devant Fleigneux, Illy et Givonne.

Le général Douay venait à peine de donner ses

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dernières instructions au général l’Abadie qui lui avait amené l’unique brigade de sa division *, que le canon l’avertit de l’attaque dirigée contre la division Liébert.

Nous avons déjà signalé les deux points faibles qui se trouvaient sur le front de nos positions : l’un en avant de notre droite, le Calvaire d’Illy; l’autre sur notre gauche, le mamelon boisé qui couronne le mouvement de terrain situé entre Floing et Saint- Menges. Ni l’un ni l’autre de ces points n’avait pu être occupé par nos troupes, vu la réduction de leur effectif. Cependant, deux bataillons de la division Liébert (2e) avaient bivouaqué sur cette dernière position pendant la nuit du 31 au 1er. Mais le 1er au matin, le général Douay, jugeant ces bataillons trop éloignés du corps principal (quinze cents mètres environ), les fit replier, contrairement à l’avis du général Liébert. En attachant une grande importance à l’occupation de ce mamelon, le commandant de la 2e division croyait que l’ennemi passerait au gué situé près du village d’Iges. Or, il en fut autrement. Ainsi que le constate le rapport allemand, l’armée du prince royal de Prusse passa la Meuse à Donchery et se dirigea directement sur Saint-

1 La lre brigade (Lapasset) de la division l’Abadie, occupant Sarreguemines au commencement de la retraite du 5° corps sur Ghâlons, ne put rallier celui-ci, et se retira sous Metz.

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Menées par Briancourt et Vrigne-aux-Bois. On doit donc supposer que si les deux bataillons de la 2e division étaient restés sur le mamelon, ils en auraient été balayés par l’artillerie du XIe corps prussien qui se déployait près de Saint-Menges, hors de la portée de leurs fusils. Un peu plus tard, ils eussent été pris à revers et d’écharpe par les batteries de la presqu’île d’Iges. — Pour conserver ce mamelon, il aurait fallu porter toute la ligne de bataille de Saint -Menges à Illy, et le commandant du 7e corps n’avait pas qualité pour cela. Cependant, perdue pour nous, cette position ne pouvait manquer d’être utilisée par les Prussiens. Ils s’y établirent en effet, et engagèrent contre la batterie de mitrailleuses et une batterie de 4 1 de la division Liébert (2e) un feu des plus vifs.

Entre sept et huit heures, le général Douay reçoit du général Ducrot un billet écrit au crayon , qui lui apprend que le maréchal Mac-Mahon, blessé dès le matin du côté de Bazeilles, a désigné le commandant du 1er corps pour lui succéder.

Devenu commandant en chef, le général Ducrot revient à son plan de la veille , qui est de concentrer l’armée sur le plateau d’Illy et de ten-

1 La seconde batterie de 4 de la 2e division avait pris, la veille, une fausse direction. — Elle ne parut pas de la journée.

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ter une retraite sur Mézières. Il envoie aussitôt communiquer ses ordres au général Lebrun; et , vers neuf heures , il se porte rapidement au 12e corps, pour s’assurer que le mouvement est commencé.

Le commandant du 12e corps lui fait remarquer la ferme attitude de ses troupes ; il lui exprime ses craintes sur l’effet démoralisant que l’ordre de retraite peut produire sur elles, dans de pareilles circonstances, et il attire son attention sur les difficultés que son artillerie ne peut manquer de rencontrer, dans sa marche à travers le bois de la Garenne. — Mais le général Ducrot insiste sur les périls auxquels nous expose le mouvement tournant des armées allemandes , sur l’importance du plateau d’Illy , — que le général Douay a déjà signalée, la veille, à l’attention du maréchal , — et il finit par donner, au commandant du 12e corps, l’ordre de commencer sa retraite.

Le général Lebrun obéit. Il vient à peine de dessiner son mouvement de retraite en échelons , par brigade; le général Ducrot, de donner ses ordres au 1er corps; les divisions Pellé et l’Hériller, non encore engagées, de se mettre en marche , quand un billet du général de Wimpffen fait connaître au général Ducrot que le commandant du 5e corps prend le commandement de

l’armée, en vertu d’une lettre de service du Ministre de la guerre. Dans ce même billet, il exprime « la pensée qu’il ne doit pas être question en ce moment de mouvement de retraite,... et il donne l’ordre au général Ducrot de soutenir vigoureusement Lebrun tout en surveillant la ligne qu’il était chargé de garder 1 » . En même temps , le commandant du 7e corps apprenait que l’armée changeait de commandant en chef, par un billet signé « de Wimpffen » , et le commandant du 12e corps recevait l’ordre de ne pas exécuter le plan du général Ducrot, et de reporter ses divisions en avant, sur leurs premières positions.

Il n’était que dix heures, et l’armée française avait déjà passé par trois commandements diffé-

1 La Journée de Sedan, par le général Ducrot.

« Le générai de Wimpffen au générai Ducrot.

» L’ennemi est en retraite sur notre droite. J’envoie à Lebrun « la division Grandchamp. Je pense qu’il ne doit pas être ques- » tion, en ce moment, de mouvement de retraite.

» J’ai une lettre de commandement de l’armée du Ministre « de la guerre; mais nous en parlerons après la bataille. Vous » êtes plus près de l’ennemi que moi ; usez de toute votre » énergie et de tout votre savoir pour remporter la victoire sur » un ennemi dans des conditions désavantageuses. En consé- » quence, soutenez vigoureusement Lebrun, tout en surveillant ’> la ligne que vous étiez chargé de garder. »

rents! — Autant de chefs, autant de plans. Le matin, elle combattait sur ses positions, autour de Sedan; — à neuf heures, elle recevait l’ordre de se concentrer sur le plateau d’Illy, pour tenter de se faire jour du côté du nord; — à dix heures , un contre-ordre la ramenait sur ses premières positions. — Enfin, bientôt elle sera de nouveau appelée vers le sud-est, cette fois pour tenter une trouée sur Montmédy!

Quelle est l’armée dont le moral eût pu résister à de pareilles fluctuations?

Cependant, la lutte grandissait de toutes parts, en même temps cpie le péril de notre situation augmentait. Les Allemands allant droit au but, commençaient à nous enserrer dans un cercle de fer et de feu qui ne devait pas tarder à se fermer et à nous écraser!

Pendant que ces événements se passaient au sud et à l’est, c’est-à-dire au 12e et au 1er corps, la position du 7e devenait des plus difficiles: le XP corps prussien s’était solidement établi sur la position de Saint -Menges, et le Ve, marchant derrière lui, précédé par sa réserve d’artillerie , était venu se déployer sur le plateau de Fleigneux , à côté du XP, et avait aussitôt ouvert son feu. En même temps, deux batteries de la division Bot limer (IP Bavarois) et l’artillerie de réserve de ce corps avaient pénétré dans la près-

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qu’île d’Iges, qu’on n’était pas parvenu à inonder, et nous avaient pris d’écharpe.

Ainsi, nous nous trouvions en butte aux feux directs et aux feux de flanc d’une artillerie bien supérieure à la nôtre par le nombre , le calibre , la portée, et par la rapidité du tir!

Tout nous était contraire; jusqu’à nos projectiles (à fusées) qui, pour la plupart, éclataient en l’air avant d’atteindre le but, tandis que les obus prussiens (percutants), tirés avec une justesse extrême , n’éclataient qu’en rencontrant l’obstacle. Nos artilleurs combattaient cependant avec une énergie et une abnégation au-dessus de tout éloge et de toute admiration , et le général Liébert maintenait sa division ferme, sous cette pluie de fer.

Il était onze heures environ ; le général Douay suivait, avec anxiété, les péripéties d’une lutte qu’il voyait devenir à chaque instant plus intense, quand parut le général de Wimpffen. Le nouveau commandant en chef s’enquit de notre situation. Notre général lui répondit que ses troupes tenaient bon, mais qu’il ne pouvait prévoir ce qui allait arriver, car les forces ennemies devenaient de plus en plus considérables devant nous, et leur artillerie nous faisait grand mal. Le général ajouta que, « malgré notre infériorité (notre lre division » ne comptait plus que 4,500 hommes), il espé- » rait pouvoir tenir, mais à la condition que le

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» Calvaire d’ïlly restât en notre possession l. » Le commandant en chef parcourut le champ de bataille du 7e corps, se convainquit de l’extrême importance du Calvaire d’Illy, et dit à notre général : « Je veillerai à ce que le 1er corps s’y porte » en forces; il y aura tout à l’heure, sur le pla- » teau, plus de monde qu’il n’en faudra. Allons, » bon courage; il nous faut une victoire. » Puis il s’éloigna dans la direction du 12e corps.

De ce côté, la division Lacretelle avait eu fort à faire pour se maintenir en face de la Moncelle, pendant que, sur l’ordre du général Ducrot, les divisions Vassoignes et Grandchamp avaient commencé leur retraite, et qu’après le contre-ordre du général de Wimpffen, elles étaient revenues sur leurs premières positions. Ce mouvement d’oscillation avait été fatal au 12e corps; les Bavarois avaient aussitôt accentué leur attaque , et après une lutte acharnée dans les rues, les jardins, les maisons, ils avaient enlevé, vers onze heures, le village de Bazeilles. Au moment où le général de Wimpffen arriva, le Ier, le IIe Bavarois et le IVe corps s’avancaient en masses profondes contre la ligne du général Lebrun. Le général en chef trouva critique la position du 12e corps. Ne voulant pas demander de troupes au général

1 Rapport du général Douay sur la journée du 1er septembre.

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Ducrot qu il venait de rencontrer en quittant le 7e corps, au sud du bois de la Garenne, et auquel il avait donné l’ordre de porter le plus de monde possible au Calvaire d’Illy, pour défendre cette position contre les attaques dont nous menaçait le mouvement tournant de la garde prussienne, il écrivit au général Douay :

« Midi.

» La gauche du 12e corps est fort engagée. « Portez-y toutes les troupes de renfort dont vous » pourrez disposer.

» De Wimpffen. »

Le général Douay venait de s’assurer, en inspectant son champ de bataille, que des troupes (du 1er corps, puisqu’on y distinguait des tirailleurs ou des zouaves) étaient établies sur le Calvaire d’Illy. Pensant que c’étaient là les troupes que le commandant en chef avait promis d’y faire porter, et se sentant couvert de ce côté , il n’hésita pas à envoyer au général Lebrun le général de l’Abadie, auquel il adjoignit la brigade Bittars des Portes. Puis, comme les demandes de renfort continuaient à arriver de ce côté , il envoya bientôt après , dans la même direction , le général Dumont avec sa

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dernière brigade1. La division Conseil, placée en seconde ligne, le remplaça sur ses positions. Le commandant du 7e corps « se privait de toutes » les forces dont il pouvait disposer (bien que le » combat continuât avec violence sur le front de » ses positions), à cause de l’importance capitale » qu’il y avait, pour toute l’armée, à rester en » possession du bois de la Garenne et du plateau »d’Illy2. »

Cependant, nous touchions à la phase critique. En effet, le temps de se porter au galop jusqu’à la hauteur de la division Liébert, de s’assurer quelle continuait à occuper ses positions, de revenir de la gauche à la droite, le Calvaire d’Illy était abandonné !

Il est midi et demi. Ce plateau est la clef de notre position ; s’il tombe au pouvoir de l’ennemi, nous sommes tournés, coupés de Sedan, car derrière nous le terrain est sillonné de ravins et de murs de clôture. Il faut donc, à tout prix, le réoccuper et le défendre avec énergie. Le général Douay se porte rapidement, dans la direction du Calvaire ; il veut se rendre un compte exact de la situation. Pendant qu’il reconnaît le terrain, un grand mouvement se produit à sa droite : c’est la division Dumont qui revient en pleine désor-

1 Rapport du général Douay.

2 Idem .

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ganisation ; et sur ses pas , des fractions du 1er corps et plusieurs escadrons de cavalerie se précipitent en désordre !

Voici ce qui s’était passé à la droite des positions françaises. A dix heures du matin, pour obéir aux ordres du général de Wimpffen, le général Ducrot avait prescrit à ses divisions de reprendre les positions qu’il venait de leur faire quitter. De ce côté, comme à Bazeilles, l’ennemi avait profité du mouvement de retraite des troupes du 1er corps, puis de la confusion que le contre-ordre avait jetée parmi elles, pour gagner du terrain et resserrer encore le cercle qu’il traçait autour de nous. A dix heures, le XIIe corps saxon avait fini par écraser la brigade de la division Lartigue, qui, depuis le matin, résistait héroïquement à son attaque, en avant de Daigny, et s’était emparé de Daigny, puis de Haybes. Dès lors, la garde prussienne avait pu continuer son mouvement tournant par Givonne et Illy. Vers midi, conformément à un ordre nouveau du général en chef, que la situation de ses troupes du côté d’Illy préoccupait, le général Ducrot avait « donné l’ordre au général Forgeot dame- „ » ner sur le plateau faisant face à Fleigneux et à » Floing tout ce qui restait d’artillerie disponible,

» et il avait commandé au colonel Robert (son chef « d’état-major) de faire remonter vers la crête les

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» divisions Pellé et l’Hériller 1 » et de sa personne il s’était dirigé, avec la division de cavalerie Margueritte, vers la gauche, entre Illy et Floing.

Ce nouveau mouvement vers le nord, des troupes du 1er corps, avait été le signal d’un redoublement de feux de la part de l’ennemi. Le XIIe corps prussien avait couvert de ses pièces les hauteurs de Daigny, et la garde, maîtresse du plateau de Givonne, venait d’engager toute son artillerie sous la protection d’une partie de son infanterie, tandis que l’autre partie, précédée de sa cavalerie, avait poursuivi sa marche pour aller donner la main à la gauche du Ve corps (troisième armée allemande). L’artillerie de ce dernier corps, appuyée par une batterie de réserve, faisait rage depuis un moment contre le Calvaire d’Illy et en préparait l’attaque. Le feu des Allemands embrasait à cette heure , midi et demi , tout l’horizon des 7e et 1er corps.

Les troupes du 1er corps, assaillies par une grêle de projectiles, avaient évacué le Calvaire d’Illy. La division Dumont, arrêtée par la mitraille vomie des hauteurs de Daigny et de Givonne, au sortir du bois de la Garenne, y avait été rejetée pêle-mêle avec les troupes du général Ducrot, prises en flagrant délit de contre-marche.

Tels sont les événements qui avaient amené la

1 La Journée de Sedan, par le général Ducrot.

situation en présence de laquelle nous nous trouvions , et qui nous mettait face à face de ce tourbillon d’hommes , dont la confusion se trouvait encore augmentée par l’irruption de régiments de cavalerie, cherchant, en vain, un abri contre les projectiles.

Arrêter ces masses en désordre, les rallier autour de lui, donner l’ordre à lu cavalerie d’évacuer le terrain , envoyer chercher deux batteries de sa réserve , former une colonne avec ces soldats de tous corps et de toutes armes , se mettre à sa tête, l’enlever et la porter sur le Calvaire d’Illy, voilà ce que fit le général Douay. Ce n’était pas tout d’y arriver, il fallait y rester sous une grêle d’obus! Pendant quelque temps nos hommes tiennent bon; ils luttent visiblement contre l’effet produit par l’artillerie ennemie, qui bat le plateau de face, de flanc et à revers. Mais la position est dure à tenir : peu à peu l’émotion gagne notre infanterie;... tout à coup sa confiance s’évanouit;... la panique éclate!... Impossible d’arrêter les fuyards! Toutefois, on peut espérer de les rallier; et c’est vers ce but que , au milieu d’un effroyable désordre , tendent tous les efforts du commandement. Il faut absolument, et sans tarder, réoccuper la position d’Illy ; notre salut en dépend. Aussi les généraux Renson, Doutrelaine, Liégeard et Dumont,

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le commandant Chandesson du 72e de ligne, l’étatmajor du 7e corps se multiplient autour du général Douay. Celui-ci parcourt les groupes, fait appel à l’honneur du drapeau, au souvenir de la patrie, finit par reformer une colonne de deux à trois bataillons , la fait appuyer par la brigade de la division l’Abadie (5e corps), et entraîne de nouveau ces troupes vers Illy. Mais que de précautions pour ne pas perdre le fruit de notre labeur, pour donner un peu de confiance et de calme à nos hommes ! Après les avoir guidés de manière à les dérober à la vue de l’ennemi, nous arrivons à une haie épaisse qui borde l’extrémité du mouvement de terrain conduisant au Calvaire d’illy; nous la longeons jusqu’au bout, puis, tournant brusquement à droite, nous gravissons le plateau. Nous voilà de nouveau sur la crête! Le général Donay confie au général Doutrelaine le soin de tenir la position. Cet officier général domine de la tête la plupart de nos soldats ; il se place à droite de la ligne, et, debout au milieu de la mitraille, il sert de jalonneur par sa taille, d’exemple par son admirable sang-froid. Les fantassins, couchés le long et en arrière de la crête, attendent fiévreusement l’arrivée de notre artillerie. La voici qui débouche au galop. Nos artilleurs sont superbes d’animation; on dirait, à les voir passer, qu’ils vont à une revue. S’arrêter sur

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une position dominante, située en arrière et à gauche de la ligne occupée par notre infanterie, mettre en batterie, charger et faire feu; recharger et tirer de nouveau, c’est là pour nos servants l’affaire de quelques instants. Ils rechargent encore,... mais c’est le dernier effort! Non moins prompt à suivre nos mouvements, à deviner nos intentions, à profiter de notre infériorité, l’ennemi a fait converger son feu sur l’espace restreint que nos pièces occupent, et il le laboure en un moment de ses projectiles.

Les pièces mises en batterie sont démontées, nos servants tués ou blessés, nos caissons broyés 1 . Ce qui reste de ce matériel est ramené à grand’peine, et le général Douay, jugeant inutile de sacrifier, sans profit, celles de nos pièces qui ne sont pas entrées en ligne, leur fait faire demi-tour. L’infanterie n’avait pas bougé. Vou-

1 « Un très-violent combat d’artillerie s’engage sur toute la ligne et. continue avec plus ou moins d’intensité pendant trois heures, les Prussiens le soutenant avec sang-froid; les Français, inférieurs sous le double rapport du nombre et de la portée des pièces, faisant preuve d’une admirable abnégation et d’un complet mépris du danger . » « Au moment où elles pre¬

naient position, deux batteries du 7e corps furent couvertes d’une telle pluie de projectiles, qu’elles durent se retirer immédiatement, en laissant sur le terrain une partie de leur matériel et de leurs servants. >» ( Campacjne de 1870-1871, par le colonel Borbstaedt.)

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lant alors profiter de son attitude pour chercher quelque nouveau débouché à ses troupes par la partie Est du bois de la Garenne le général s’y engage avec son chef d’état-major et deux officiers. Après d’inutiles recherches, il sort du bois, donne un nouveau coup d’œil au Calvaire d’Illy, et, prévoyant la perte imminente de cette position, il se dirige vers la divison Liébert pour assurer son salut. C’est là, à deux heures de l’après-midi, qu’un officier d’ordonnance du commandant en chef remet au général commandant le 7e corps le billet suivant, écrit à une heure :

1 heure après-midi.

« Général de W impffen au général Douay.

» Je me décide à percer l’ennemi pour aller à » Carignan prendre la direction de Montmédy.

» Je vous charge de couvrir la retraite. Ralliez à » vous les troupes qui sont dans le bois.

» De Wimpffen. »

Au même moment, des directions d’Illy et de Civonne, se précipitent vers la place des masses éperdues, balayées avec furie par la mitraille ennemie. C’est la déroute! Rien ne saurait plus

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1 arrêter, mais tout l’excuse ; oui, tout, car on ne peut demander, à des soldats, de demeurer pendant plusieurs heures immobiles et calmes sous le feu écrasant d’un adversaire invisible.

Or, nos malheureuses troupes subissaient, depuis le matin , le feu convergent de plus de cinq cents pièces à tir rapide et précis.

A deux heures, le Calvaire d’Illy est perdu sans retour; le flot de la déroute roule vers les fossés de Sedan, où vont s’engloutir les débris de notre pauvre armée; — il entraîne avec lui des fractions de tous corps et de toutes armes; — les obus arrivent de tous les points de l’horizon et prennent ces masses affolées de face, de flanc et à revers ; — aux cris d’épouvante se mêlent les gémissements des blessés ; — à notre droite, une ambulance prend feu et s’écroule sous les obus ; — tout autour de nous, les caissons d’artillerie sautent 1 et augmentent par leurs éclats le nombre des victimes ; — de toutes parts on voit errer, isolés ou par pelotons, des chevaux sans cavaliers, épaves sanglantes de l’héroïque charge de cavalerie qui vient d’être exécutée du côté de \

Le soleil était dans toute sa puissance. Jamais lumière plus éclatante n’éclaira pour les uns plus

1 Pendant la journée du 1er septembre, quarante coffres d’artillerie ont sauté sur le champ de bataille du 7e corps.

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de joie et d’orgueil, plus de douleurs et d’humiliations pour les autres! Nous assistions impuissants, le cœur gonflé de rage et de larmes, à

notre désastre . Que faire? que répondre aux

officiers qui viennent demander des ordres? Quel poste leur assigner? Quel espoir leur laisser? — Il est vrai que notre excellente 2e division (Liébert), quoique débordée sur sa gauche, extrêmement réduite, accablée sous le nombre, défend encore son terrain pied à pied; mais elle ne se bat plus que pour sauver l’honneur. Elle a vu charger, en avant d’elle, la division du général Margueritte; ses régiments aller se briser sur les lignes ennemies , et fondre sous la mitraille et les feux bien dirigés de l’infanterie prussienne ; elle a vu ces charges, — admirables 1 autant qu’inutiles, — se répéter sous la conduite du général marquis de Galliffet; elle a vu tomber le regrettable général Margueritte, 750 hommes, 79 officiers de cette belle division de cavalerie , et presque tous les servants de l’intrépide batterie Hartung! — Rien n’a arrêté l’ennemi ; il s’avance de toutes parts, il achève de nous enlacer. Ce n’est pas avec les troupes épuisées de la division Liébert qu’on peut songer à arrêter cette avalanche d’hommes et de bronze qui nous refoule vers la

1 « Oh ! les braves gens ! » se serait écrié le roi Guillaume, qui, des hauteurs de Frénois, assistait à ce spectacle.

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place, ni à couvrir la retraite du général de Wimplfen. Le général Douay répond donc au commandant en chef cjue , réduit tà trois brigades, sans artillerie et sans munitions, tout ce qu il peut faire est de se retirer du champ de bataille sans trop de désordre. Puis , se tournant vers le général Liébert, il lui donne l’ordre de se replier. — Il n’y a pas un moment à perdre. Tant que le Calvaire d’Illy , clef de notre position, est resté en notre pouvoir, la division Liébert a réussi , — non sans déployer une grande vigueur, — à se maintenir; elle n’avait du moins pas à craindre d’être tournée. Mais la perte du Calvaire changeait sa situation, et Fennnemi, maître de déboucher par le bois de la Garenne, pouvait lui couper toute retraite.

Le mouvement commença donc sans retard

par les 37e et 89e de ligne , et la division se replia lentement sous la protection du 6e bataillon de chasseurs à pied, des 53e et 5e régiments. Vainement le commandant du 7e corps chercha-t-il , pendant ce temps, quelques positions sur lesquelles il pût prolonger la résistance; — elles étaient toutes aux mains de l’ennemi, qui nous dominait de toutes parts. Il dut se résigner à faire retirer la 2e division sous les murs de la place.

Il était trois heures; les IIIe et IVe armées alle-

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mandes venaient d’opérer leur jonction à Illy1. Comme nous assistions au triste défilé des derniers défenseurs de cette partie du champ de bataille, une rumeur arriva jusqu’à nous. On avait, disait-on, arboré le drapeau blanc. Nous étions près des remparts, nous descendîmes dans les fossés, et là nous trouvâmes le commandant du 1er corps et plusieurs officiers généraux.

« Nous ne pouvons cependant pas nous laisser » prendre ainsi ! — s’écria le général Ducrot. —

« Pour ma part, — lui répondit le général Douay,

» — je ne vois absolument rien à faire , à moins » d’aller nous battre en tirailleurs. Si vous avez » à me proposer quelque chose de mieux, je suis » prêt à vous suivre. »

Alors, l’un des généraux présents demanda qu’on se rendît auprès de l’Empereur. Cet avis fut accepté , et on se dirigea vers la poterne du bastion.

Les fossés de la place, la ville elle-même étaient bondés de troupes, de canons, d’affûts brisés, de matériel de toute sorte, au milieu desquels nous eûmes toutes les peines imaginables à nous frayer un passage. Après beaucoup de difficultés et de temps, nous arrivâmes à la souspréfecture. L’Empereur s’y trouvait depuis onze heures et demie du matin. Après être resté

1 D’après le Rapport allemand.

pendant cinq heures sur le champ de bataille1,

« au plus fort de l’action » , il était rentré dans Sedan pour voir le maréchal blessé. Lorsque, ensuite, il avait voulu en ressortir, il en avait été empêché par l’encombrement indescriptible des rues de Sedan.

Là, nous apprîmes que, vers une heure et demie, le général de Wimpffen avaft vainement

1 « Le terrain occupé par l’Empereur et son état-major était » labouré, à chaque instant, par des obus venant de toutes les » directions. Des troupes se concentraient déjà dans les ravins » qui entourent la ville, et les chemins qui y aboutissent étaient » encombrés de voitures de train et d’artillerie, de régiments » de cavalerie : tout ce monde espérait se placer en dehors des » atteintes du feu, et, au contraire, le plus grand nombre tom- » bait sous ses ravages.

» . Pendant cinq heures, l’Empereur s’était trouvé au plus

» fort de l’action sous le feu croisé de la mitraille; les projectiles » éclataient autour de sa personne et de son état-major; le » général Courson et le capitaine de Trecesson avaient été gra- » vement blessés près de lui. En se retirant, les troupes d’in- » fanterie l’obligèrent à rétrograder, et il se trouva pour ainsi » dire acculé aux murs de la place. Lorsqu’à onze heures et » demie il les franchit, il y avait déjà plus de 30,000 hommes » entassés dans les rues, pêle-mêle, sans ordre; les obus tom- » baient au milieu d’eux comme sur le champ de bataille, et y » faisaient les mêmes ravages. Sur le pont, un obus éclata à » deux pas de l’Empereur et tua deux chevaux à côté de lui; il » est extraordinaire qu’il n’ait pas été tué là! » (Lettre de M. le général Pajol sur la bataille et la capitulation de Sedan.^

Le général Pajol, aide de camp de l’Empereur, était de jour auprès de Sa Majesté pendant la journée du 1er septembre.

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tenté de « jeter les Bavarois à la Meuse », ainsi qu’il en avait exprimé 1 l’intention à l’Empereur deux heures auparavant, sur le champ de bataille, et qu’il avait, depuis, échoué dans son plan de gagner Carignan et Montmédy; qu’au moment d’effectuer son mouvement, il avait adressé une lettre à l’Empereur pour l’inviter2 « à venir se mettre au milieu de ses troupes » ; que l’Empereur, jugeant « la trouée du général en chef sur Carignan, impraticable » , n’avait pas répondu à son appel ; que vers deux heures et demie les Bavarois, appuyés par le IVe corps et une formidable artillerie, s’étaient avancés jusqu’à Balan; que le général Lebrun continuait à défendre énergiquement ce village avec les troupes dont il pouvait encore disposer, en dépit des ravages

1 « Nous allons d’abord nous occuper de jeter les Bavarois à » la Meuse, puis, avec toutes nos troupes j nous ferons face à » notre nouvel ennemi. » {Sedan, par le general de Wimpffen.)

2 Lettre du général de Wimpffen à l’Empereur :

« Sire,

» Je me décide à forcer la ligne qui se trouve devant le » général Lebrun et le général Ducrot, plutôt que d’être pri- » sonnier dans la place de Sedan.

» Que Votre Majesté vienne se mettre au milieu de ses » troupes, elles tiendront à honneur de lui ouvrir un passage.

» Une heure et quart, 1er septembre. »

» de Wimpffen.

faits dans leurs rangs parle feu ennemi, et des fatigues d’une lutte supportée pendant près de onze heures consécutives ; que le drapeau parlementaire avait été effectivement hissé , puis abattu par ordre du général Faure, chef d’étatmajor général.

Introduit auprès de l’Empereur, le général Douay lui rendit compte de la situation. Pendant l’entretien, on vint annoncer à Sa Majesté que le bruit courait de l’arrivée du maréchal Bazaine ; et, comme, suivant un vieil adage : « on croit aisément ce que l’on désire » , il ne manqua pas d’officiers, de généraux même, pour ajouter foi à ce bruit. « Le feu de l’ennemi a cessé, disait- ») on, il y a évidemment là quelque chose d’in- » solite. » Pour nous qui revenions du champ de bataille, ce silence n’était que trop éloquent: l’ennemi avait cessé son feu parce qu’il n’avait plus personne devant lui et qu’il se portait en avant pour envelopper la place de plus près. Le général Douay exprima cette opinion à l’Empereur, puis il le quitta pour s’assurer, de nouveau, de l’exactitude de ce qu’il avançait.

Nous sortîmes de la place entre trois heures et demie et quatre heures, nous remontâmes à cheval et nous prîmes la direction du bois de la Garenne. Mais nous n’avions pas fait trois cents mètres que nous aperçûmes les tirailleurs prus-

SEDAN

siens sur notre droite, à une demi-portée de fusil de nous. Le doute n’était plus permis ; nous revînmes à Sedan.

Pendant cette reconnaissance du générai Douay , Sa Majesté avait reçu les autres chefs de corps : le général Ducrot et le général Lebrun. Après les avoir consultés sur l’état des choses et s’être convaincu que toute résistance était désormais impossible, l’Empereur avait chargé le général Lebrun « d’aller trouver le général de Wimpffen et » de lui conseiller, puisque la lutte était désorv mais inutile, de demander un armistice »

Parti pour remplir sa mission, le commandant du 12e corps rencontra, vers cinq heures, au centre du village de Balan, le général de Wimpffen, qui lui proposa de reprendre l’offensive. En voyant autour de lui 2 ou 3,000 hommes au plus, le général Lebrun exprima au commandant en chef l’opinion « qu’il sacrifierait ce monde sans résultat utile » . Néanmoins, il se tint prêt à marcher. Ils marchèrent, en effet, entraînant sur leurs pas une partie des soldats qui les entouraient et quelques bataillons de la division Liébert (7e corps) que ce général était parvenu à amener jusque-là. Mais à peine arrivé à la sortie du village de Balan, d’où la division bavaroise (Walther)

1 Lettre de M. le général Pajol sur la bataille et la capitulation de Sedan.

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fut repoussée, le général en chef ne se voyant plus suivi, reconnut que sa tentative était vaine, donna l’ordre au général Lebrun d’effectuer la retraite, et rentra dans Sedan.

Pendant qu’on tentait cet effort au sud, presque à la même heure, à l’ouest, le 2e escadron du 1er régiment de cuirassiers (division Bonnemain) s’illustrait par un brillant fait d’armes.

Vers deux heures et demie de l’après-midi, alors que la division Bonnemain, tenue jusque-là en réserve, manœuvrait pour se rapprocher de Sedan, le 2e escadron s’était trouvé brusquement séparé d’elle par des masses de troupes refoulées en ce moment vers la place. Le commandant d’Alincourt s’était mis à sa tête et l’avait dirigé jusqu’à la porte dite de Mézières. Trouvant cette porte fermée et après avoir attendu vainement qu’on l’ouvrît, le commandant proposa à ceux qui l’entouraient de tenter de se faire jour à travers l’ennemi. L’escadron en entier répondit à son appel, et quelques volontaires tinrent à honneur de se joindre aux cuirassiers.

Alors le commandant forma sa petite troupe en colonne par quatre, les officiers en tête, et s’avança, au pas, vers le faubourg de Cazal, dans l’ordre suivant :

Au premier rang, le commandant d’Alincourt,

SEDAN

et à côté de lui, M. La Fuente, lieutenant d’étatmajor.

Venaient ensuite par rang de quatre :

MM. Haas, capitaine commandante Blanc, capitaine en second. .

Théribout, lieutenant en pre- I

mier . I

De la Lande, capitaine d’état- 1

major . )

Garnier, lieutenant en second.

De Montenon, sous-lieutenant.

Anyac, sous-lieutenant. . . .

Seligman-Luy, sous-intendant J militaire . /

1er régiment de

cuirassiers , 2e escadron.

MM. Strohl, capitaine .

Diehl, sous-lieutenant. . . .

3e régiment de

cuirassiers.

Voilà nos cavaliers dans le faubourg de Cazal; — ils prennent le galop ; — bientôt ils s’élancent à la charge : ils ont aperçu les Prussiens. Les premiers qu’ils rencontrent sont surpris, sabrés, foulés aux pieds des chevaux; mais l’alarme est déjà donnée, déjà sur le chemin des cuirassiers les obstacles se dressent, et l’effort héroïque de la petite colonne française va se briser contre

SEDAN

des voitures placées en travers de la rue. L’ennemi, qui se tient derrière et qui occupe les maisons, concentre un feu des plus meurtriers sur cet amoncellement d’hommes et de chevaux. —

Il y a là un moment de lutte suprême ; puis la lutte cesse : près des trois quarts des hommes étaient tués!

Parmi les officiers, deux avaient été frappés mortellement : le capitaine Mangon de la Lande et le lieutenant Théribout ; — trois avaient été bleàsés grièvement : le commandant d’Alincourt, les capitaines Haas et Strohl ; — le lieutenant La Fuente, qui avait eu trois chevaux tués sous lui dans cette action, eut le genou démis. Ainsi, la tentative sur Balan et la charge d’Alincourt, tels sont les derniers épisodes de la journée du 1er septembre 1870, vouée à une si triste immortalité.

A cinq heures, la lutte est terminée; l’agonie commence. Exténués par une résistance de douze heures, décimés et affolés par les affreux ravages de l’artillerie allemande, les débris des 70,000 hommes de l’armée française qui ont pris part à la bataille se trouvent acculés aux murs de Sedan. Point de secours à attendre du dehors; aucune protection à espérer d’une place forte sans munitions, sans approvisionnements , ayant des vivres pour un jour seulement, et qui, domi-

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née 1 de toutes parts , est elle-même à la merci du vainqueur.

Depuis un moment, en effet, Sedan est devenu le point de mire de l’artillerie ennemie; ses obus s’abattent, sans relâche, sur cette malheureuse place, éclatent au milieu des troupes amoncelées dans les fossés, portent la terreur et la mort dans les rues et les maisons de la ville, et mettent le feu sur plusieurs points.

Ne voyant pas revenir le général Lebrun, d’autre part le nombre des blessés augmentant à chaque minute, l’Empereur se décide à arrêter l’effusion du sang; il fait hisser le drapeau parlementaire sur la citadelle, et envoie un de ses aides de camp au roi de Prusse. Le feu cesse. L’Empereur croyant sans doute rendre meilleure la situation de l’armée, moindres les exigences de la Prusse, en livrant sa personne, écrit au roi Guillaume 2:

« Monsieur mon Frère ,

» N’ayant pas pu mourir au milieu de mes

1 La construction de la place de Sedan remonte au temps de Vauban, alors que la portée maxima de l’artillerie ne dépassait pas sept cents mètres.

2 Campagne de 1870. Des causes qui ont amené ta capitulation de Sedan.

SEDAN

» troupes, il ne me reste qu’à remettre mon épée » entre les mains de Votre Majesté.

» Je suis de Votre Majesté,

» Le bon Frère ,

» Napoléon. »

Le Roi répondit :

« Monsieur mon Frère,

» En regrettant les circonstances dans lesquelles » nous nous rencontrons, j’accepte l’épée de Votre ■» Majesté, et je la prie de vouloir bien nommer » un de vos officiers muni de vos pleins pouvoirs » pour traiter de la capitulation de l’armée qui » s’est si bravement battue sous vos ordres. De » mon côté, j’ai désigné le général de Moltke à cet effet.

» Je suis, de Votre Majesté,

» Le bon Frère,

» Guillaume.

» Devant Sedan, le 1er septembre 1870. »

Or, quel officier charger de ses pleins pouvoirs? Le général de Wimpffen , rentré en ville vers six

S EDA N.

heures, a envoyé sa démission J. Le général Ducrot s’est récusé en disant à Sa Majesté que le général de Wimpffen ayant eu l’honneur d’exercer le commandement pendant la bataille, devait le conserver pour négocier; et que, d’ailleurs, après le général de Wimpffen , le commandant du 7e corps était le plus ancien divisionnaire. L’Empereur manda près de lui le général Douay et le chargea de prendre des mesures promptes, — mesures devenues indispensables, — pour rétablir l’ordre dans l’armée. Le général se disposait à s’acquitter de la mission qu’il venait de recevoir, quand le général de Failly, le rencontrant au sortir de la sous-préfecture, lui fit observer qu’en acceptant de donner des ordres à l’armée, dans les conditions présentes, il se condamnait à mettre son nom au bas de l’acte de capitulation. — Le

1 « Sire,

» Je n’oublierai jamais les marques de bienveillance que » vous m’avez accordées, et j’aurais été heureux, pour la » France et pour vous, d’avoir pu terminer la journée par un » glorieux succès. Je n’ai pu arriver à ce résultat, et je crois « bien faire en laissant à d’autres le soin de conduire nos armées.

» Je crois, en cette circonstance, devoir donner ma démis- » sion de commandant en chef et réclamer ma mise à la » retraite.

Je suis avec respect, Sire, votre très-dévoué serviteur,

» de Wimpffen.

SEDAN

général n’y avait pas songé, mais la perspective d’endosser la responsabilité d’une situation qu’il n’avait pas créée, le ramena auprès de l’Empereur. Il déclara à Sa Majesté n’avoir pas qualité pour exercer un commandement sur l’armée, du moment où le général de Wimpffen n’était ni tué ni blessé.

L’Empereur se voyant dans la nécessité de refuser la démission du général de Wimpffen, lui écrivit :

« Général,

» Vous ne pouvez pas donner votre démission «lorsqu’il s’agit encore de sauver l’armée par » une honorable capitulation. Je n’accepte donc » pas votre démission. Vous avez fait votre devoir « toute la journée, faites-le encore. C’est un ser- « vice que vous rendrez au pays.

» Le Roi de Prusse a accepté l’armistice et j’at- » tends ses propositions.

» Croyez à mon amitié ,

» Napoléon. »

Le général s’inclina devant la volonté de l’Empereur; il arriva à la sous-préfecture vers huit heures, vit Sa Majesté, en reçut les pleins pou-

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voirs 1 pour traiter avec l’ennemi des conditions de la capitulation , puis il se rendit au quartier général prussien, au château de Bellevue, près de Donchery.

Son entrevue avec le général de Moltke et le comte de Bismarck dura jusqu’à minuit. Vainement le général de Wimpffen se débattit contre l’inflexible résolution d’un ennemi qui connaissait aussi bien que nous l’état de l’armée française et de la place de Sedan; vainement aussi, le général Castelnau, faisant une communication de la part de l’Empereur, objecta- t-il que Sa Majesté ne s’était rendue au Roi que dans l’espoir d’obtenir, pour son armée, des conditions moins rigoureuses. « L’armée française tout entière sera prisonnière avec armes et bagages. » Telle demeura la volonté du vainqueur! Il accorda, pour réfléchir , jusqu’au lendemain matin neuf heures. Passé ce délai, le feu devait recommencer. La conférence terminée, le général de Wimpffen rentra à Sedan à une heure de la nuit.

Le 2 septembre , à sept heures du matin , un

1 « L’Empereur Napoléon III ayant donné le commandement » en chef au général de Wimpffen, à cause de la blessure du » maréchal Mac-Mahon, qui l’empêchait de remplir son com- » mandement, le général de Wimpffen a tous les pouvoirs pour » traiter des conditions à faire à l’armée, que le Roi reconnaît » avoir vaillamment combattu.

» Napoléon. »

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conseil de guerre, composé des commandants de corps et des généraux de division, fut réuni sous la présidence du général de Wimpffen, à l’effet de savoir si on pouvait ne pas capituler. Le conseil ayant déclaré, « qu’en présence » de l’impuissance matérielle de prolonger la lutte, » nous étions forcés d’accepter les conditions qui » nous étaient imposées , tout sursis pouvant nous » exposer à subir des conditions plus douloureuses » encore 1 », le général en chef repartit pour le château de Frénois, où le quartier général prussien était établi.

Il y arrivait entre dix heures et dix heures et demie, un peu avant l’Empereur.

Sa Majesté avait quitté Sedan à cinq heures du matin , dans l’espoir de voir le Roi de Prusse , et d’obtenir de lui des conditions plus favorables que celles accordées au général de Wimpffen. Mais, soit que le quartier du Roi, à Vendresse, fût un peu éloigné de la route, soit que le Roi et ses conseils eussent arrêté que l’entrevue des deux souverains aurait lieu seulement après la capitulation signée, l’Empereur arriva au château de Frénois, sans avoir encore vu le Roi, accompagné de M. le comte de Rismarck, qui s’était porté à sa rencontre.

Aonze heures, c’est-à-dire peu d’instants après

1 Procès-verbal de la séance du conseil de guerre tenu à Sedan le 2 septembre 1870.

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l’arrivée de l’Empereur, le général de Wimpffen apposait son nom au bas du protocole , à côté de celui du général de Moltke.

Nous étions prisonniers .

Pendant la journée de Sedan, le 7e corps a perdu 4,000 hommes, tués, blessés ou disparus. Cinq généraux ou chefs d’état-major ont été atteints; un mortellement :

Le colonel de Linages *, chef d’état-major de la 2e division1 2.

Quatre grièvement :

Le général Dumont ;

Le général Guiomar;

1 Le colonel comte de Linages, nommé colonel et chef d’étatmajor de la 2e division du 7e coips, au moment de la guerre, avait quitté Paris, pour rallier son poste, malgré un état de santé des plus inquiétants. Le sentiment du devoir qu’il avait au plus haut degré, lui donna la force de ne pas succomber aux fatigues morales et physiques de cette campagne. Le colonel de Linages a été mortellement frappé le 1er septembre dans la matinée; il expirait, le 6 septembre, à l’ambulance de Floing. Alphonse de Linages restera parmi ceux qui l’ont connu, comme un type de délicatesse et de bonté. Il a passé sa vie à faire le bien.

2 Dans cette division, le chef d’escadrons d’état-major Parmentier, et le lieutenant-colonel Clauzet, commandant l’artillerie, sont également morts de leurs blessures.

SEDAN

Le général Bittars des Portes ;

Le colonel Sumpt, chef d’état-major de la lre division.

Les pertes de l’armée dn maréchal Mac-Mahon, pendant la bataille de Sedan, peuvent être évaluées à 14,000 hommes, tués, blessés ou disparus.

Le maréchal commandant en chef, et vingt généraux, ont payé de leur sang les valeureux efforts tentés pendant cette journée néfaste.

De son côté, l’ennemi avait eu près de 10,000 hommes tués , blessés ou disparus 1 .

Ainsi, dans la journée du 1er septembre, 24,000 hommes, Allemands ou Français, étaient tombés sur le champ de bataille.

Cependant, ni cette hécatombe humaine, preuve trop éloquente de l’acharnement que la défense avait opposé à l’attaque; ni l’hommage rendu aux vaincus de Sedan par l’ennemi proclamant dans son rapport la grande bravoure avec laquelle l'armée française sétait longtemps défendue , ni, enfin, l’étendue du malheur qui frappait cette armée, ne purent contenir, en France, les sentiments qui firent explosion à la nouvelle du désastre de

1 Les pertes des Allemands à la bataille de Sedan furent les suivantes : tués, blessés ou disparus : 9,860 hommes. ( Cam pacjne de 1870-1871, par le colonel Borbstaedt.)

SED A

On accusa 70,000 hommes 1 qui avaient combattu contre 220,000, depuis l’aube jusqu’à la nuit, et qui avaient vu tomber 14,000 des leurs,

« d'avoir capitulé sans tenter même un effort. »

1 Une erreur très-généralement répandue, c’est de croire que les forces françaises présentes sur le champ de bataille de Sedan étaient de 100 ou 120,000 hommes. Nous empruntons au général de Wimpffen, qui a commandé en chef l’armée pendant la journée du 1er septembre, le passage suivant :

« Le rapport allemand commet de graves erreurs dans l’énon- » ciation du nombre des prisonniers restés aux mains de nos » ennemis. Nous allons rectifier les erreurs commises à cet » égard :

» L’armée du maréchal Mac-Mahon s’élevait à Châlons à » environ 110,000 hommes. Pendant les marches ou les con- » tre-marches de Reims à Sedan, plus de 6,000 restèrent en » arrière. La bataille de Beaumont lui coûta en tués, blessés,

» prisonniers ou entrés en Belgique, près de 25,000 hommes,

» dont une division de cavalerie et des portions de corps non » campées dans les lignes de Sedan.

» 3,000 hommes environ, d’après le rapport prussien, 6,000,

» d’après d’autres renseignements, ne prirent point part à la » bataille et parvinrent à s’échapper soit en prenant la direc- * tion de la Belgique, soit en se rendant à Paris. Total en » moins sur le champ de bataille de Sedan, une trentaine de » mille hommes.

» Il reste à ajouter à ce détail les non-valeurs, ordonnances, » employés de toute sorte, malades, restés dans Sedan, chiffre » que l’on peut porter sans exagération à une dizaine de mille » hommes. On voit donc que nous ne pûmes mettre en ligne » sur ce champ de bataille défectueux plus de 70,000 combat- » tants réels, qui eurent près de 20,000 hommes, dont 20 géné- » raux, mis hors de combat avant de cesser la lutte. »

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Cette injustice avait sa source naturelle clans la douleur même que chacun ressentait du malheur commun, et elle put se donner carrière, car ceux qui auraient eu le droit de protester, — étaient ou morts ou prisonniers.

Quelques milliers d’hommes de l’armée de Sedan avaient eu le bonheur, — il est vrai, — d’échapper à la capitulation et de revenir sur Paris, mais ceux-là n’avaient pas autorité pour défendre leurs camarades , n’ayant pas pris part à la bataille. Les uns s’étaient trouvés séparés de leur corps à la suite du combat de Beaumont et du passage de la Meuse; et, croyant que l’armée battait en retraite sur Mézières , ils avaient continué à marcher dans cette direction; les autres, envoyés en reconnaissance le matin du 1er septembre vers la frontière belge (route de la Chapelle), s’étaient trouvés coupés du champ de bataille, et avaient dû prendre également la direction de l’ouest en longeant la frontière. Mais, parce que des régiments de l’armée de Sedan ont passé pendant la matinée du 1er septembre par l’ouverture que les IIIe et IVe armées allemandes, marchant l’une vers l’autre, n’avaient pas encore fermée, il ne s'ensuit pas qu’aucun se soit frayé un chemin les armes à la main. Personne n’a percé pendant la bataille du 1er septembre.

Si rompre les lignes allemandes avait été pos-

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sible, les vaillantes tentatives des généraux Margueritte et Galliffet à Floing, du commandant d’ Aline ou rt à Cazal, l’eussent prouvé. Mais nous n’étions plus au temps des charges d’iéna, de la Moskowa, de Waterloo; à cette époque où les fusils portaient au plus à cent mètres, les canons à huit cents ; époque à laquelle on n’était pas forcé de parcourir trois ou quatre mille mètres sous une pluie de fer avant d’aborder l’ennemi !

Aurait-il été davantage possible de faire une sortie de nuit? — Nous n’hésitons pas à répondre : Non. Cette chance, d’échapper à la capitulation, a été sondée par bien des officiers, pendant cette lugubre soirée du 1er septembre; mais en face de l’effroyable désordre qui régnait dans Sedan et au sein de l’armée, tous y ont renoncé.

Et quand même nous aurions été en état de tenter une sortie, encore l’honneur aurait-il commandé de dénoncer l’armistice, c’est-à-dire de nous priver d’un élément indispensable de succès : le secret.

L’ennemi prévenu ne pouvait plus être surpris ; et, maître comme il l’était de toutes les positions, de toutes les issues , il pouvait étouffer un mouvement, sur l’heure.

Le général de Moltke n’exagérait pas notre triste situation lorsque, répondant au général de Wimpffen , — qui pendant la conférence de nuit

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tenue à Bellevue, s’était écrié : « Nous recom- « mencerons la bataille ! », — il lui disait :

« Je vous affirme de nouveau qu’une percée » ne pourra jamais réussir, quand même vos » troupes seraient dans les meilleures conditions » possibles ; car, indépendamment de la grande » supériorité numérique de mes hommes et de » mon artillerie, j’occupe des positions d’où je » puis brûler Sedan 1 dans quelques heures! Ces » positions commandent toutes les issues par les- » quelles vous pouvez essayer de sortir du cercle » où vous êtes enfermés, et sont tellement fortes » qu’il est impossible de les enlever 2. »

L’ennemi , qui avait reçu des renforts pendant la bataille, avait, en effet, « 240,000 hommes autour de nous et 500 bouches à feu dont 300 étaient déjà en position pour tirer sur Sedan. » Il savait qu’il n’y avait, dans la place, de vivres que pour un jour.

Dès que la capitulation fut signée, le général Douay alla visiter ses troupes réunies et campées, depuis la veille au soir, sur les remparts, au nordouest de la place. 11 réunit successivement les

1 Pendant la bataille, le feu avait pris sur plusieurs points de la ville.

2 Extrait d’une note remise par le capitaine d’Orcet, du 4® cuirassiers. Journée de Sedan , par le général Ducrot.

corps d’officiers avec leurs généraux, et il leur expliqua les termes de la capitulation. Quand il en vint à parler du protocole qui « accordait le » droit de rentrer dans leurs foyers avec armes » et objets personnels, aux officiers engageant leur » parole d’honneur, par écrit, de ne pas porter les » armes contre l’Allemagne et de n’agir d’aucune » autre manière contre ses intérêts jusqu’à la fin » de la guerre actuelle » , le général dit qu’il considérait comme une question de devoir et de dignité, pour les officiers, de ne pas séparer leur sort de celui de la troupe.

Les officiers du 7e corps, presque sans exception, suivirent le conseil et l’exemple de leur général.

Après deux jours d’attente pénible sous une pluie incessante et au milieu d’un sol détrempé, le 7e corps quittait, le 4 septembre, de grand matin, les remparts de Sedan pour se rendre dans la presqu’île d’Iges. C’est dans cette prison sans murs, fermée parla Meuse et le canal de Glaires, que l’armée française était réunie.

Les heures y furent pénibles. On eut faim, car on n’avait aucune provision, et le quartier général allemand ne pouvait faire que des distributions restreintes; on eut froid, car on était sans couvertures, sans vêtements de rechange; la terre

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sur laquelle on était couché était humide, les nuits étaient glaciales; le bois qu’on était réduit à aller abattre au loin dans la presqu’île, était mouillé, et il ne donnait ni flamme ni chaleur. Cependant les souffrances physiques étaient peu de chose auprès des tortures causées par l’humiliation !

Le 4 septembre, un officier, à la tête de deux compagnies bavaroises en armes, vint à notre camp, et il y fit un recensement, nominatif pour les officiers, numérique pour la troupe. Cette opération fut répétée le lendemain par le colonel de Zacha, commandant le 32e d’infanterie.

Enfin, le 6 au matin, le 7e corps quittait le camp d’Iges, surnommé par nos soldats le camp de la misère , pour commencer les douloureuses étapes de la captivité.

Les états-majors et les officiers supérieurs eurent, seuls, le privilège de se rendre sur parole a Pont-à-Mousson, pour y prendre le chemin de fer qui devait les transporter en Allemagne. Les autres officiers furent séparés des soldats, mais, comme eux, ils furent conduits à pied, par détachements.

Grâce à une démarche énergique faite en commun par le général Douay et le général Faure, chef d’état-major de l’armée française, resté à Sedan pour veiller aux intérêts des prisonniers,

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on laissa aux officiers les armes qu’on avait parlé de leur retirer.

Le 6 septembre, nous prîmes le chemin de F Allemagne. — Là nous attendaient six longs mois de captivité, mois de misère et d’angoisses, pendant lesquels nous dûmes subir l’affreux supplice de compter les tressaillements de la France agonisante, sans pouvoir courir à sa défense!

Et pourtant, que de tentatives pour obtenir notre échange, tentatives qu’il n’a certainement pas dépendu de M. le général de Wedell de faire réussir. Le général qui commandait, alors, la place de Coblentz, était parvenu à concilier les exigences de ses fonctions délicates avec les égards qu’un gentilhomme doit au malheur. Nonseulement M. le général de Wedell s’est efforcé d’adoucir les amertumes de notre captivité, mais encore il a eu pour nos soldats une sollicitude que la rigueur extrême de l’hiver et des épidémies de toute sorte ont rendue doublement précieuse. C’était un devoir de ne pas l’oublier; c’est un devoir de le dire.

Cependant, au milieu de tant de catastrophes et de deuils, deux journées lumineuses, — Coulmiers et Champigny, rayonnent jusqu’à nous et nous font concevoir une immense espérance.

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Mais ce ne sont que les éclairs d’une résistance qui s’éteint, et qui meurt le 28 janvier 1871, après une dernière convulsion de la capitale.

Ce livre est terminé. En le fermant, qu’un vœu nous soit permis : Puissent tant de douloureux souvenirs n’être pas stériles pour la France; puisse-t-elle méditer les enseignements de ce lugubre passé; puisse-t-elle, après tant de malheurs, tant de sacrifices, reconquérir la place qu’elle a si glorieusement occupée dans le monde !

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