‹ Campagne de 1870Chapitre 3 sur 41 · NAPOLÉON · texte numérisé non relu

NAPOLÉON

Avec les deux autres?

Que le quartier impérial ne sût pas que la lre division du 7e corps avait subi de grandes pertes à la bataille de Reichslioffen, qu’elle y avait perdu tous ses bagages, et une partie de son artillerie — arrivée sur le lieu du combat, le 6, pour

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tomber presque aussitôt au pouvoir de l’ennemi : — tout cela pouvait s’expliquer; mais avoir laissé ignorer à l’Empereur que des trois divisions du 7e corps , l’une était avec le maréchal à Reichshoffen, que l’autre se trouvait encore en formation à Lyon, et que le général Douay disposait seulement d’une division, cela était surprenant. Il faut admettre qu’il y avait eu quelques heures de trouble extrême à la suite de la déroute du 1er corps, de la retraite précipitée du 5e (de Failly), arrivé trop tard sur le terrain de Reichshoffen pour prendre part à la bataille, et de l’échec du 2e corps (Frossard) qui s’était battu à Forbach, pendant toute la journée du 6, contre l’armée de Steinmetz.

Quant à nous, nous n’avions pas à hésiter : rentrer immédiatement à Belfort avec notre unique division et y prendre toutes les dispositions de défense que la situation commandait, tel était le plan qui s’imposait. — On l’exécuta sans retard.

Le jour même, 7 août, les troupes du 7e corps reunies à Mulhouse, lèvent leur camp ; elles sont disposées en deux colonnes ; l’une campe le soir même à Dannemarie, l’autre à Altkirch. La brigade de cavalerie couvre leur marche du côté du Rhin.

Le lendemain 8, les deux colonnes et le quar-

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tier général se trouvaient réunis et campés autour de Belfort.

Triste fut notre marche de Mulhouse à Belfort; triste à cause du souvenir de notre défaite, de la vue de ces champs que nous traversions, de ces demeures au seuil desquelles se peignait déjà la terreur et que l’invasion allait peut-être fouler bientôt; triste surtout à cause de honteux actes d’indiscipline. Il y eut des soldats qui ne craignirent pas de semer leurs cartouches et de jeter leurs fusils le long de la route ! .

La victoire des Prussiens avait répandu l’alarme dans toutes les places fortes de la frontière du

Bliin.

Le soir même du 6, les portes de Strasbourg se fermaient avec effroi sur quelques-uns des glorieux vaincus de Reichshoffen , et la Compagnie du chemin de fer rentrait en ville son matériel.

Le général Uhrich, commandant la place de Strasbourg, et les commandants des places de Schelestadt et de Neuf-Brisach , — menacés de voir paraître l’ennemi d’un moment à l’autre, et, comme partout, mal préparés à le recevoir, — faisaient connaître au général commandant le 7e corps leur situation précaire.

En effet, si, à Strasbourg, place de premier

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ordre, sentinelle avancée de la France sur le Rhin, les fortifications sont en bon état, si l’armement de sûreté est en place sur les remparts , d’un autre côté l’armement de défense est encore dans les arsenaux; le logement des poudres est mal assuré; 60,000 kilogrammes se trouvent réunis dans des bâtiments de la citadelle non voûtés à l’épreuve de la bombe, à 2,500 mètres seulement de Keblî et 12,000 kilogrammes de l’approvisionnement de la place sont emmagasinés à Neuf-Brisach. C’est à peine s’il existe des abris voûtés pour la garnison, et il en manque absolument pour les vivres.

Cette pénurie de toutes choses essentielles s’étend aux approvisionnements de bois de blindage; ils sont presque nuis.

• Reste une question capitale qui crée un péril imminent : les environs immédiats de la ville étant couverts d’arbres et de constructions, il va falloir, pour abattre les uns et les autres, beaucoup de temps et beaucoup de bras.

Ce temps, l’ennemi nous le donnera-t-il? Et les bras, oû les prendre?

Schelestadt est-elle mieux défendue? — Qu’on en juge : les terrassements de la fortification sont en mauvais état; il n’y a sur les remparts ni armement de défense, ni armement de sûreté. Le logement des poudres est mal assuré

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et l’on ne peut y remédier que difficilement; il n’existe dans la place que les deux tiers de l’approvisionnement normal de poudre à canon et fort peu de cartouches. Les abris voûtés pour les hommes et les vivres font défaut. Il n’y a pas de bois de blindage !

Neuf-Brisach fait exception : le logement des poudres , de la garnison et des vivres y est parfaitement assuré. Encore ses fortifications n’ontelles pas assez d’épaisseur et le corps de la place n’a-t-il pas de traverses.

Ajoutons à ces détails que ces places sont dégarnies de troupes 1 et qu’elles manquent de vivres .

Strasbourg seule a vu grossir sa garnison par les débris de quelques régiments du corps de Mac- Mahon.

Il n’en reste pas moins la question des vivres.

Heureusement, nous sommes en situation de subvenir aux besoins de cette nature.

Notre intendant, M. Largilier, qui a fait entrer depuis quelques jours dans les magasins de Belfort des approvisionnements considérables ,

1 Le général Ducrot télégraphiait au Ministre de la guerre, à la date du 20 juillet 1870 :

« Demain, il y aura à peine 50 hommes pour garder Neuf- » Brisach, et Fort-Moutier ; Schelestadt, la Petite-Pierre; Lich- » tenberg sont également dégarnis. »

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reçoit l’ordre d’en diriger sans retard sur Neuf- Brisach, Schelestadt et Strasbourg, et le chemin de fer, qui n’a interrompu son service que pendant une nuit, commence aussitôt ce travail de ravitaillement.

Cependant, ces soins ne sauraient détourner notre attention de l’objectif principal, Belfort.

Les travaux de la place ont souffert de notre absence, les bras ont manqué ; aujourd’hui, il faut réparer le temps perdu; chaque minute devient précieuse; de notre énergie à manier la pioche et la pelle dépend le salut de Belfort.

Voilà le sentiment que le commandement cherche à communiquer au soldat, pour exciter son ardeur; puis, s’adressant à cet instinct de conservation si naturel à l’homme, il lui laisse entrevoir que ces ouvrages qu’il construit, il aura peut-être à les défendre, et qu’en travaillant pour la ville, pour le pays, il travaille aussi pour sa sécurité.

— Mais voici venir du renfort : Le général Palikao, appelé au ministère de la guerre, a donné l’ordre de diriger sur Belfort les troupes du 7e corps, encore présentes à Lyon, et nous voyons enfin paraître la division Dumont : sa tête de colonne, le 10; ses dernières troupes, le 12. Bien que la brigade de cavalerie Du Coulombier n’ait

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pas encore rallié et que le grand parc d’artillerie, d’abord dirigé sur Épinal, ait reçu l’ordre de se rendre à Langres, en vue probablement d’opérations ultérieures, le 7e corps, qui, depuis le 5 août, était réduit à une seule division, compte actuellement, à Belfort, 17,000 baïonnettes, 90 bouches à feu de campagne et 1,300 sabres.

Voilà, du moins, un effectif et une artillerie qui permettront d’occuper toutes les positions situées autour de la place et d’assurer à celle-ci une longue et brillante défense.

Les troupes sont établies sur les positions qu’elles seront peut-être appelées à occuper définitivement, et qui deviendront alors leurs positions de combat :

La 2e division (Liébert) sur les glacis du fort de l’Espérance, à Bellevue, au fort des Barres et sur le terrain qui s’étend en avant et à droite de ce fort; — la 3e division (Dumont) aux Perches, à cheval sur la route de Bâle, sa gauche appuyée au camp retranché; sa droite, aux glacis de la place, sur la Savoureuse.

Une partie de la cavalerie éclaire le corps d’armée dans la direction d’Altkirch 1 ; l’autre partie est campée près du chemin de fer.

1 Pour que la cavalerie puisse rendre tous les services qu’on est en droit d’attendre d’elle, il faut qu’elle éclaire au loin. Mais, pour cela, on ne doit pas l’astreindre à venir se ravi-

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Dans cette situation, on travaille avec rage la terre, on fait sauter le roc, en attendant l’heure de combattre. Les journées se succèdent sans apporter rien de positif sur les opérations générales.

De nos armées? — Rien que ce que les journaux de Paris nous apprennent !

De l’ennemi? — Rien de plus que les rapports de nos mauvais espions 1 .

tailler au corps d’armée. On doit la laisser libre de vivre sur le pays, au moyen de réquisitions payables en argent ou de bons remboursables par le Trésor. A cette condition seule , un corps d’armée peut être sérieusement éclairé. Le commandant du 7e corps en jugeait ainsi, à Belfort, quand il écrivait au major général pour lui demander d’affranchir la cavalerie des formes administratives ordinaires, et qu’il prenait sur lui d’appliquer cette mesure à la brigade placée sous ses ordres.

1 En France , le caractère de la nation a toujours été un obstacle à ce que le gouvernement organisât avant la guerre le service important des espions. Qu’en résulte-t-il? C’est qu’on a la plus grande peine à trouver des individus remplissant les conditions nécessaires pour un métier qui n’exclut ni la finesse ni le sang-froid, et qui souvent exige du patriotisme. Partant, il arrive qu’on emploie des vagabonds ou des ivrognes attirés par l’appât d’une rémunération, et sur les antécédents desquels on n’a, généralement, ni le temps ni le moyen de se renseigner. De pareils individus rendent de bien mauvais services. Les Prussiens procèdent autrement. Ils n’attendent pas que la guerre soit déclarée pour lancer leurs limiers. Leur espionnage à l’étranger est organisé de longue main, sur une vaste échelle. Ainsi, il fonctionnait au cœur de la France avant

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C’est en vain que le général écrit, télégraphie ; le grand quartier général reste muet, et sans le sous-préfet de Belfort qui nous communique toutes les dépêches qu’il reçoit de son ministre, nous demeurerions dans une ignorance profonde de toutes choses.

Enfin, le 16, deux dépêches se succédant à trois

la guerre, et il continua à y rendre les plus utiles services pendant les hostilités.

L’espionnage de la Prusse à l’étranger est fait par deux polices distinctes : l’une est irrégulière, on pourrait dire qu’elle opère en grandes bandes. Elle est principalement alimentée par des commis de magasin, des ouvriers de toute sorte, des marchands ambulants, qui profitent de la paix pour explorer le pays, l’apprendre par cœur, s’y créer des ramifications de nature différente. La Prusse sait qu’elle a là une riche pépinière d’espions, et pour le moment du besoin, des guides incomparables.

L’autre police est celle de métier; elle fonctionne régulièrement; elle a son personnel, sa hiérarchie, et jouit d’une certaine considération. Rien ne saurait mieux le prouver que le fait suivant :

Dans les premiers jours d’octobre, on découvrit à Bordeaux un agent prussien, lieutenant de police, et on l’interna aussitôt à Aix. Un de ses parents ^ médecin militaire, qui se trouvait alors à Goblentz, vint trouver un de nos compagnons de captivité, le préfet de ***, dont le frère était procureur général à Bordeaux, et le pria d’intercéder en faveur du prisonnier. — « Mais c’est un espion, lui dit le préfet. — Non, répon- » dit le médecin, c’est un lieutenant de police; nous avons » pour eux, en Allemagne, la même considération que pour les » officiers. »

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heures d’intervalle, viennent nous apprendre que nous allons quitter Belfort pour rallier l’armée du maréchal Mac-Mahon.

Ces dépêches émanent toutes deux du Ministre de la guerre.

La première, envoyée à deux heures de l’aprèsmidi , prescrit au commandant du 7e corps de se porter immédiatement sur Paris; la deuxième, qui est de cinq heures du soir, lui donne l’ordre de se rendre à Châlons.

L’ordre de départ fut reçu avec une joie profonde ; nous ne laissions pas, — il est vrai, — la place de Belfort dans un état de défense aussi complet que nous l’eussions voulu, mais les forts étaient très-avancés et l’organisation de la garde mobile marchait rapidement.

Les opérations d’embarquement et le transport des troupes du 7e corps, par les Compagnies de Lyon et de l’Est, furent menés par M. Lépine, inspecteur de la Compagnie de l’Est a Belfort, avec une intelligence et une activité remarquables.

Pour faciliter rembarquement de ces troupes, on fit partir, par la route de Belfort à Montbéliard , l’artillerie de réserve et le 4e régiment de hussards, laissant à la Compagnie de Lyon le soin de les transporter au camp de Châlons, par Besançon et Dijon ; et on se servit en même temps, pour l’infanterie, du chemin de fer de

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Belfort à Châlons, passant par Langres, Chaumont, Troyes et Noisy-le-Sec. Les dernières troupes furent acheminées sur le camp de Ch filons pendant les journées des 19 et 20 août. Le 20 août , à onze heures vingt minutes du matin , l’expédition du 7e corps était terminée , et la gare de Belfort télégraphiait « simplement » à la Compagnie : « Nous reprenons le service des voya- » geurs 1 . »

Arrivés à la gare de Pantin le 20 à trois heures de l’après-midi, nous repartîmes à cinq heures du soir pour Châlons. A minuit, nous arrivions à Epernay ; notre train y était arrêté et dirigé cette fois sur Beims. La même mesure devait être appliquée à tous les trains qui nous suivraient. Tel était l’ordre adressé au chef de gare d’Épernay par le grand quartier général.

Ne ressort-il pas, en rapprochant la première dépêche du Ministre de la guerre qui nous appelait à Paris, de la seconde qui nous envoyait sur Châlons et de cette troisième qui nous dirigeait sur Reims, que le plan de campagne d’abord adopté avait été abandonné, puis repris encore? Quoi qu’il en soit, nous arrivâmes à Reims avec une partie des troupes du 7e corps, le 21 août, à deux heures du matin, parfaitement ignorants et

1 Les Chemins de fer pendant la guerre de 1870-1871, par M. Jacqmin, ingénieur en chef des ponts et chaussées, etc.

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de ce qui se passait et du rôle qui nous était réservé.

La phase d’indécision qui devait précipiter l’armée de Châlons dans Sedan commençait.

REIMS

La nouvelle qui nous attendait à Reims était d’une importance que nul ne pouvait se dissimuler : le camp de Châlons était abandonné, et toutes les troupes qui s’y trouvaient réunies, — c’est-àdire les 1er, 5e, 12e corps, et deux divisions du 7e, — s’étaient mises en marche pour Reims, le matin même. On ajoutait que l’ordre ayant été donné de ne rien laisser au camp de Châlons qui pût servir à l’ennemi, tout y avait été brûlé, même la gare.

Ce mouvement ne permettait guère le doute sur les résolutions du commandement : c’était bien une retraite sur Paris que l’armée du maréchal Mac-Mahon opérait. Mais ce qu’on ignorait alors, c’est l’opposition que ce plan avait rencontrée de la part du cabinet de Paris.

Les détails de cette lutte, acquis aujourd’hui à l’Histoire, sont d’un extrême intérêt; nous allons les résumer en quelques mots :

REIMS

L’Empereur était arrivé au camp de Châlons le 16 au soir, pénétré des motifs que le général Trochu (dans une lettre 1 qu’il écrivait à la date

1 « Si haute que soit l’importance des événements qui parais- » sent devoir se passer entre Metz et Nancy, — écrivait le géné- » ral Trochu, — celle des événements complémentaires qui » pourront se passer à Paris, au double point de vue politique » et militaire, n’est pas moindre.

» Il y a là, vous le croirez sans peine, des périls spéciaux » qui peuvent faire explosion d’un moment à l’autre , par suite » de la tension infinie de la situation ; quand l’ennemi viendra » déployer ses masses autour de la capitale, il faut la défendre » à tout prix, avec le concours de l’esprit public qu’il s’agira » d’entraîner dans le sens du patriotisme et des grands » efforts.

» Si cette défense est active et vigilante, si l’esprit public » tient ferme, l’ennemi se repentira de s’être engagé si loin » dans le cœur du pays.

» Dans cette idée, j’exprime l’opinion dont le développe- » ment suit : le siège de Paris peut être longuement disputé, à » la condition , nécessaire pour tous les sièges, impérieusement » nécessaire pour celui-là, que la lutte soit appuyée par une » armée de secours. Son objet serait d’appeler à elle tous » les groupes qui seraient ultérieurement organisés dans le » pays, d’agir par des attaques répétées contre l’armée prus- » sienne qui serait, par suite, incapable d'un investissement » complet et de protéger les chemins de fer et les grandes » voies du Sud par lesquels se ferait l’approvisionnement de » la ville.

» Cette armée de secours existe, dit-on, au ministère. Mais » ce sont là de futurs contingents tout aussi incertains que ce » qu’on a espéré des régiments de marche, que ce qu’on a » espéré des régiments de mobiles, qui peuvent être et seront

REIMS

du 10 août, à un des aides de camp de Sa Majesté) exposait sur la nécessité de ramener vers Paris les armées des maréchaux Bazaine et Mac- Mahon.

Aussi, dès le lendemain, 17 août, dans un conseil présidé par l’Empereur, et auquel assistaient le prince Napoléon, le maréchal Mac-Mahon, le général Bertault, commandant des mobiles de la Seine, le général Trochu, arrivé la veille au camp

» d’un grand secours plus tard, mais non pas dans le moment » présent et immédiat.

» Je crois qu’il faut que l’armée de secours de Paris soit l’ar- » mée qui est réunie devant Metz, et voici comme je l’entends : » le répit que vous donne l’ennemi veut dire qu’il évacue ses » blessés, fait prendre leur équilibre à ses têtes de colonnes, et » qu’il opère sa concentration définitive. Elle comprendra trois » armées, dont l’une, au moins, aura la mission de vous tour- » ner. L’effort lui coûtera cher, mais il sera soutenu par des » forces considérables et incessamment renouvelées. Si vous » tenez trop longtemps ferme devant Metz, il en sera de cette » armée, qui est le dernier espoir de la France, comme il en a » été du 1er corps qui a péri après de si magnifiques preuves. » Je crois qu’il faut que cette armée de Metz étudie soigneuse- » ment et prépare la ligne d’une retraite échelonnée sur Paris, » les têtes de colonnes livrant bataille sans s’engager à fond et » arrivant à Paris avec des effectifs qui devront suffire pour » remplir l’objet de premier ordre que j’ai indiqué ; nous ferons « ici le reste.

» Adieu, bon courage et bon espoir!»

( Une page d’histoire contemporaine devant t’ Assemblée nationale , par le général Trociiu.)

REIMS

pour y prendre le commandement du 12e corps, et le général Schmitz, chef d’état-major général du 12e corps, il fut arrêté : « que le général Tro- » chu, nommé gouverneur de Paris et comman- » dant en chef, partirait immédiatement pour » Paris , qu’il y précéderait l’Empereur de quel- » ques heures, que le maréchal Mac-Mahon se » dirigerait avec son armée sur Paris, et que la » garde nationale mobile serait envoyée au camp » de Saint-Maur, près Vincennes. «

Les sages idées qui avaient milité dans ce conseil en faveur du mouvement rétrograde, étaient dictées , aussi bien par les circonstances que par la composition dè l’armée du maréchal et l’état moral et physique de cette armée. Et puis, à supposer que le maréchal Bazaine parvînt à empêcher l’ennemi de se refermer sur lui et de le refouler dans Metz , savait-on quelle direction il prendrait? Dès lors, était-il prudent de risquer la dernière armée de la France dans une marche sur Metz, marche de flanc exposée aux attaques d’un ennemi bien supérieur en nombre, admirablement organisé, et dont la force s’était encore accrue de l’ascendant moral que lui donnait la victoire? Nous ne le pensons pas.

Si quelqu’un avait dû nous rallier à ce projet, « établi en vue de la jonction des armées de » Châlons et de Metz » , c’est assurément le général

REIMS

comte de Palikao, qui, dans un ouvrage 1 publié par lui et à juste titre très-remarqué , expose de la manière la plus séduisante cette conception hardie. Soumise par le général au conseil, elle avait été adoptée à l’unanimité.

Nous n’en persistons pas moins à croire qu’il n’eût fallu rien moins que le génie du conquérant de Fltalie et de l’Egypte, du vainqueur de Marengo, d’Austerlitz, de Wagram, et les soldats qu’il commandait , pour espérer triompher dans une pareille entreprise. On avait raison de la proclamer téméraire, dans le conseil du 17 août au camp de Châlons, alors que pour l’exécuter on n’avait que des soldats fatigués, en partie démoralisés, ou des hommes équipés de la veille, inhabiles à manier leur arme, incapables de marcher longtemps, n’ayant jamais vu le feu, et destinés à devenir un danger pour des troupes que leurs récents revers et la retraite précipitée sur Châlons avaient jetées dans un état d’esprit fâcheux.

Pour n’envisager que le côté de la discipline, ces soldats lancés tout à coup dans des marches forcées , au milieu de mille privations , n’étaientils pas fatalement conduits à perdre tout moral et

1 Un Ministère de ta guerre de vingt-quatre jours } du 10 août au 4 septembre 1870, par le général Cousin de Montauban, comte de Palikao.

REIMS

toute obéissance? Combien, au contraire, ces mêmes troupes réunies sous Paris , les unes reposées, les autres disciplinées, rompues aux marches, aux travaux, à la cible, n’auraient-elles pas pris de confiance, de cohésion et de valeur réelle!

Réunir l’armée du maréchal Mac-Mahon sous Paris, c’était peut-être empêcher l’investissement, et alors, c’était sauver la France ! Mais le conseil des ministres ne partageait pas cette manière de voir, u Paris, — disait-on, — est en parfait état de » défense; sa garnison est nombreuse, l’armée de » Châlons doit être employée à débloquer Metz; » la garde nationale mobile serait un danger pour » la tranquillité de la capitale ; le caractère du » général Trochu n’inspire aucune confiance; » enfin le retour de l’Empereur à Paris serait très- » mal interprété par l’opinion publique 1 . »

De son côté, le Ministre de la guerre télégraphiait :

« Paris, 17 août, soir.

» L’Impératrice me communique la lettre par » laquelle l’Empereur annonce qu’il veut ramener » l’armée à Paris ; je supplie l’Empereur de renon- » cer à cette idée qui paraîtrait l’abandon de l’ar- » niée de Metz, qui ne peut faire, en ce moment, » sa jonction à Verdun. L’armée de Châlons sera,

1 Campagtie de 1870. Des causes qui ont amené ta capitulation de Sedan , par un officier attaché à l’état-major général.

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«avant trois jours, de 85,000 hommes, sans » compter le corps de Douay qui rejoindra dans » trois jours et qui est de 18,000 hommes. Ne « peut-on pas faire une puissante diversion sur « les corps prussiens déjà épuisés par plusieurs » combats? L’Impératrice partage mon opinion. »

Cependant, au quartier impérial, on résista. A Paris, on parut se résigner. Le 20 août, le maréchal faisait connaître au ministre de la guerre, par une dépêche datée de quatre heures du soir, qu’ « il partait le lendemain pour Reims. Si Ba- » zaine, — ajoutait-il, — perce par le nord, je « serai plus à même de lui venir en aide ; s’il perce » par le sud, ce sera à une telle distance que je » ne pourrai, dans aucun cas, lui être utile. Je » laisse ici une division de cavalerie pour enlever » tout ce qu’il est possible. Donnez des ordres » pour que la ligne de communication soit établie » par Soissons ou par Épernay. «

C’est dans ces dispositions que le maréchal Mac-Mahon arrive à Reims, le 21, avec l’Empereur et les troupes réunies au camp de Châlons. On prétend qu’à Reims, le conseil des ministres livra un nouveau combat au plan de retraite sur Paris, et que MM. Rouher et de Saint-Paul n’y vinrent que pour joindre leurs sollicitations à celles du cabinet de Paris. Cela importe peu;

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l’événement capital du moment fut l’arrivée au quartier impérial, dans la matinée du 22, d’une lettre du maréchal Bazaine , annonçant sa future tentative de retraite par Montmédy.

Cette lettre assura le triomphe des partisans de la marche en avant.

Voilà en quels termes le maréchal Mac-Mahon annonça au ministre de la guerre la nouvelle détermination qu’il prenait,

« Reims , 22 , 10 heures 45 matin.

» Le maréchal Bazaine a écrit le 19 qu’il compte » toujours opérer son mouvement de retraite par » Montmédy. Par suite, je vais prendre mes dis- » positions pour me porter sur l’Aisne. «

Et il donnait ses ordres de départ pour le lendemain, 23 août. Il écrivait en même temps au maréchal Bazaine :

« J’ai reçu votre dépêche du 19. Je suis à » Reims et me porte dans la direction de Mont- » médy. Je serai après-demain sur l’Aisne, d’où » j’agirai, suivant les circonstances, pour vous » venir en aide 1 . «

La dernière chance de salut pour l’armée de 1 Documents authentiques annotés.

armée française

AVEC L’EMPEREUli

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